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Tangente
GéométrieObjet géométrique · Glossaire

triangle polaire

En géométrie sphérique, les pôles d’un grand cercle sont les deux intersections de la sphère avec l’axe perpendiculaire à son plan passant par le centre. Pour un triangle sphérique non dégénéré ABC dont chaque côté est un arc de grand cercle strictement inférieur à un demi-grand cercle, son triangle polaire a pour sommets les pôles des grands cercles BC, CA et AB, choisis dans les hémisphères contenant respectivement A, B et C. Cette construction, involutive, échange côtés et angles : leurs mesures correspondantes sont supplémentaires.
Un triangle sphérique et son triangle polaire Le triangle initial noir mesure 60, 90 et 90 degrés. Son triangle polaire rouge mesure 120, 90 et 90 degrés. A = A₁ B C B₁ C₁ ABC : 60°–90°–90° A₁B₁C₁ 120°–90°–90° Arcs de grands cercles en projection orthographique
Dans ce cas, A₁ coïncide avec A ; l’angle de 60° en A donne le côté polaire B₁C₁ de 120°.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Construire les trois sommets polaires à partir des grands cercles opposés.
  • Relier chaque angle initial au côté polaire supplémentaire.
  • Vérifier l’involution sur un triangle sphérique chiffré.
  • Repérer les choix antipodaux et les configurations dégénées.

En clair

Imaginez trois trajets tracés sur un globe, chacun suivant un grand cercle. Pour obtenir un nouveau sommet, on regarde le grand cercle qui porte le côté opposé, puis on prend son pôle du même côté que le sommet initial. En répétant ce geste pour les trois côtés, on construit le triangle polaire. Cette transformation échange le rôle des côtés et des angles : un angle de 60° correspond ainsi à un côté polaire de 120°.

Définition

Soit un triangle sphérique non dégéné ABC, formé de trois arcs de grands cercles de longueurs strictement inférieures à π. Le grand cercle portant BC possède deux pôles antipodaux. Le sommet A₁ du triangle polaire est celui de ces pôles qui appartient à l’hémisphère contenant A. Les sommets B₁ et C₁ sont choisis de la même manière à partir des grands cercles portant respectivement AC et AB.
Notons a, b et c les longueurs angulaires des côtés opposés à A, B et C, et α, β et γ les mesures des angles en ces trois sommets. Notons a₁, b₁ et c₁ les côtés opposés à A₁, B₁ et C₁. La dualité donne a1=πα,b1=πβ,c1=πγa_1=\pi-\alpha,\quad b_1=\pi-\beta,\quad c_1=\pi-\gamma. Réciproquement, si α₁, β₁ et γ₁ désignent les angles du triangle polaire, alors α1=πa,β1=πb,γ1=πc\alpha_1=\pi-a,\quad \beta_1=\pi-b,\quad \gamma_1=\pi-c. Toutes ces grandeurs sont des mesures angulaires sur la sphère.
La transformation est une involution : prendre le triangle polaire de A₁B₁C₁ redonne ABC avec les mêmes choix d’hémisphères. Le rayon de la sphère ne change pas cette correspondance angulaire ; il faut seulement le connaître si l’on convertit un angle en longueur d’arc.

De quoi c'est fait

La construction mobilise quatre éléments. La sphère fournit le support et son centre O. Les trois grands cercles portent les côtés du triangle ABC. L’axe polaire de chaque grand cercle est la droite passant par O et perpendiculaire à son plan ; ses deux intersections avec la sphère sont des pôles antipodaux. Enfin, le choix de l’hémisphère sélectionne A₁, B₁ ou C₁ parmi ces deux pôles.
Chaque sommet polaire dépend donc du côté opposé et du sommet initial qui fixe le bon hémisphère. Une fois les trois pôles choisis, les arcs mineurs qui les relient déterminent le triangle polaire. La couleur, l’échelle du dessin et l’orientation du globe n’interviennent pas dans sa définition.

Un exemple, pas à pas

Sur une sphère, prenons A au pôle Nord. Plaçons B et C sur l’équateur, séparés par 60° de longitude.
Données : l’arc BC mesure 60° ; les arcs AB et AC mesurent 90° ; l’angle en A mesure 60° ; les angles en B et C mesurent 90°.
1. Le grand cercle de BC est l’équateur. Son pôle situé dans l’hémisphère contenant A est le pôle Nord lui-même : dans cet exemple, A₁ coïncide avec A.
2. Les pôles B₁ et C₁ sont obtenus à partir des grands cercles AC et AB, en gardant chaque fois le pôle placé dans l’hémisphère du sommet correspondant. La figure rend ces deux choix visibles.
3. Les côtés opposés à A₁, B₁ et C₁ mesurent respectivement 180° − 60° = 120°, 180° − 90° = 90° et 180° − 90° = 90°.
4. Le triangle polaire a donc des côtés de 120°, 90° et 90°. Ses angles mesurent à leur tour 120°, 90° et 90°, car ils sont les suppléments des côtés 60°, 90° et 90° du triangle initial.
Contrôle : une seconde polarisation remplace 120° par 180° − 120° = 60° et laisse 90° inchangé. On retrouve bien les mesures du triangle ABC.

En pratique

Pour construire le triangle polaire sur un modèle de sphère, on prolonge d’abord chaque côté en grand cercle. On repère ensuite l’axe perpendiculaire au plan de ce cercle et l’on conserve le pôle situé du côté du sommet opposé.
Pour contrôler un calcul, on compare chaque angle du triangle initial au côté opposé dans le triangle polaire. Leur somme doit valoir 180°, ou π radians. Si la somme diffère, il faut d’abord vérifier le choix du pôle antipodal.
Lorsqu’un problème sphérique formule une contrainte sur des angles, le passage au triangle polaire la transforme en une contrainte sur des longueurs angulaires de côtés. On préfère cette voie lorsque la relation supplémentaire rend la vérification plus directe.

À ne pas confondre

Triangle sphérique et triangle polaire. Un triangle sphérique quelconque est formé par trois arcs de grands cercles. Son triangle polaire est un second triangle, dont chaque sommet est le pôle du grand cercle portant le côté opposé. Dans l’exemple choisi, A et A₁ coïncident, mais les deux triangles n’ont pas pour autant tous leurs sommets communs.
Pôle d’un grand cercle et sommet opposé. Le pôle est défini par la perpendicularité au plan du grand cercle, non par sa distance au sommet initial. Le sommet opposé sert uniquement à choisir l’un des deux pôles antipodaux.

Limites et pièges

Deux pôles sont toujours possibles. Oublier la condition d’hémisphère peut remplacer un sommet polaire par son antipode et modifier les arcs retenus. Il faut tester de quel côté du grand cercle se trouve le sommet opposé avant de choisir le pôle.
Le cas dégéné rompt le choix. Si A appartient au grand cercle portant BC, il se trouve sur la frontière des deux hémisphères : la règle ne sélectionne plus un pôle unique. Il faut alors traiter la configuration comme dégénée, et non comme un triangle polaire ordinaire.
Un côté de 180° est exclu. Deux sommets antipodaux n’imposent pas un unique grand cercle, alors que la définition exige des arcs strictement plus courts qu’un demi-grand cercle. Le grand cercle porteur doit être déterminé avant toute polarisation.
Les côtés sont des angles. La relation « somme égale à π » concerne la longueur angulaire d’un arc, pas sa longueur dans une unité comme le mètre. Sur une sphère de rayon donné, la conversion en longueur d’arc vient seulement après cette relation.

Pour aller plus loin

Le triangle sphérique présente le support géométrique dont le triangle polaire organise la dualité entre côtés et angles.
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