Si l’ouvrage d’Alain Boureau tourne autour de la pensée scientifique de l’époque scolastique (1200-1360), concluant une série de cinq ouvrages consacrés à cette période, celui-ci intéressera particulièrement les lecteurs de Tangente pour ses parties consacrées aux mathématiques. On y trouve notamment la question des suites numériques infinies chez Richard de Mediavilla comme anticipation du principe de descente infinie, les réflexions de Nicole Oresme sur la justice mesurée soit par la moyenne arithmétique soit par la moyenne géométrique, ainsi que la préhistoire des probabilités avec les questions de mesure du risque, notamment sur les rentes foncières et viagères, chez Richard de Mediavilla, qui s’insère dans le sujet plus vaste de la réflexion théologique sur le hasard et la nécessité.
La réflexion religieuse ou philosophique est également motrice, comme lorsqu’Albert le Grand fait tout un raisonnement sur la fin des temps via le concept de « figure du nombre » qu’il explicite comme étant les puissances de 10, ce qui lui fait introduire bien avant l’heure l’idée de logarithme en base 10 ; ou encore, quand Guillaume d’Ockham se pose la question de savoir si le zéro a un sens à part entière ou bien s’il est un équivalent de ces mots-outils qui sont nécessairement reliées à quelque chose d’autres (« et », « ou », « si »). Il répond que, « posé en lui-même, [il] ne signifie rien », mais que « ajouté à une autre figure [un autre nombre] [il] la fait signifier », ce à quoi s’opposera Richard Brinkley un siècle plus tard, faisant du zéro un nombre ontologiquement à part entière. L’auteur analyse également le lien entre géométrie et physique avec, notamment, la règle de Merton (théorème sur la vitesse moyenne, dont le nom dérive des calculateurs d’Oxford appartenant au Merton College) montrant qu’un corps uniformément accéléré à partir du repos, c’est-à-dire, d’une vitesse initiale égale à zéro, parcourt la même distance qu’un corps se déplaçant à une vitesse uniforme dont la vitesse est la moitié de la vitesse finale du corps, résultat démontré par Nicole Oresme. Un ouvrage passionnant sur les origines médiévales souvent injustement ignorées des mathématiques modernes.
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