La numérisation des anciens journaux ces dernières années rend plus facile la recherche de nouveaux éléments concernant la vie d’Évariste Galois. Deux lettres rédigées depuis la prison Sainte-Pélagie et publiées dans la presse de l’époque ont ainsi été exhumées. La première, signée de plusieurs prisonniers, Galois en tête, est une plainte concernant les conditions de détention. On peut la lire dans La Tribune des départements du 3 juin 1831. La seconde, parue le 5 décembre 1831 dans le journal saint-simonien Le Globe alors dirigé par Michel Chevalier, le frère d’Auguste, répond à une note publiée la veille par le même journal, faisant état de la condamnation définitive de Galois pour port illégal d’uniforme. « Je vous remercie, monsieur, des louanges que vous m’y prodiguez ; mais je dois vous rappeler en même temps que rien ne nuit plus qu’un éloge non mérité. Je relèverai surtout cette expression : “Celui qui si jeune a enrichi le domaine de la science.” Vous plus que tout autre, M. le rédacteur, vous devez savoir que ce n’est pas dans l’organisation actuelle qu’il est permis à la science de s’enrichir des travaux des hommes de vingt ans. Et j’aurais dépassé le cercle actuel de la science (ce que je n’ai pas le ridicule de croire), que ni les savants ni les sciences n’en sauraient rien. Peut-être, monsieur, les mois de captivité que je vais subir me seront-ils une occasion de publier sur la science à laquelle j’ai voué mes veilles des travaux jusqu’ici volontairement ignorés. Puissé-je ainsi faire profiter à un progrès, quoique imperceptible, les persécutions de ceux qui semblent appelés à enrayer toute espèce de progrès. La même note contient aussi une assertion que je relèverai, quoique l’autorité y soit accusée ; car justice est due à tout le monde, même à ceux qui ne le font pas. Vous vous êtes trompé en supposant que l’on jette les détenus politiques au milieu de misérables remplis pour la plupart de vices et de corruptions. Non, monsieur, l’autorité n’a pas encore eu l’immoralité de le faire. Elle a pris soin, du reste, de réunir à Sainte-Pélagie une fort bonne société. Et, n’était la réunion des carlistes, les patriotes pourraient avec raison, et suivant l’expression pittoresque d’un de mes compagnons d’infortune, M. Thouret, comparer ce séjour à un véritable Champ d’Asile. »