GéométrieNotion · Glossaire
anaglyphe
Un anaglyphe est une image conçue pour être perçue en relief avec des lunettes munies de deux filtres de couleurs différentes, un pour chaque œil. Il superpose, dans des couleurs adaptées aux filtres, deux vues distinctes de la même scène présentant une disparité stéréoscopique : chaque œil reçoit ainsi une vue distincte, dont le cerveau exploite la parallaxe pour reconstituer la profondeur.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier les deux vues, leur décalage et leur superposition colorée.
- Expliquer le rôle distinct des filtres, de la parallaxe et du cerveau.
- Reconnaître une image colorée qui ne constitue pas un anaglyphe.
- Situer les usages cités au cinéma, à la télévision, dans les revues scientifiques et à la NASA.
En clair
Imaginez deux photographies du même objet, prises depuis des positions très légèrement différentes. Superposées, elles semblent former une image aux contours colorés décalés.
Avec des lunettes à deux filtres colorés, chaque œil reçoit surtout la photographie qui lui est destinée. Le cerveau rapproche ces deux points de vue, interprète leur décalage comme une profondeur et donne l'impression que l'objet se détache du plan. Cette image superposée est un anaglyphe.
Définition
Un anaglyphe est une image stéréoscopique qui encode deux vues d'une même scène dans deux composantes colorées superposées. Les deux vues, obtenues par prise de vue, dessin ou rendu synthétique, doivent présenter une disparité adaptée : chacune représente donc le point de vue destiné à un œil. Cette disparité constitue la parallaxe dont le cerveau tire une information de profondeur.
La restitution exige des lunettes adaptées. Le filtre placé devant chaque œil sélectionne l'une des deux composantes et atténue l'autre. Les deux yeux ne reçoivent ainsi pas la même vue, même si celles-ci occupent le même support. Le cerveau fusionne ces perceptions et produit l'impression de relief. Les couleurs servent ici à séparer les vues ; elles ne créent pas, à elles seules, la profondeur.
Le principe est décrit dès 1853. Il a ensuite été adapté à plusieurs supports : cinéma, télévision, revues scientifiques et images de recherche spatiale. Le cinéma l'a employé de façon marginale.
Un exemple, pas à pas
Prenons un petit objet posé devant un fond uni. On veut produire deux vues cohérentes, puis vérifier que les lunettes les distribuent bien aux deux yeux.
Données :
une scène immobile ;
deux prises de vue selon des axes légèrement décalés ;
deux composantes de couleurs complémentaires ;
des lunettes portant les deux filtres correspondants.
une scène immobile ;
deux prises de vue selon des axes légèrement décalés ;
deux composantes de couleurs complémentaires ;
des lunettes portant les deux filtres correspondants.
1. Prendre la première vue depuis le premier axe.
2. Décaler légèrement l'axe de prise de vue, sans déplacer la scène, puis prendre la seconde vue.
3. Attribuer une composante colorée à chaque vue et superposer les deux composantes.
4. Observer l'image avec les lunettes adaptées : chaque filtre transmet la vue prévue pour l'œil correspondant.
2. Décaler légèrement l'axe de prise de vue, sans déplacer la scène, puis prendre la seconde vue.
3. Attribuer une composante colorée à chaque vue et superposer les deux composantes.
4. Observer l'image avec les lunettes adaptées : chaque filtre transmet la vue prévue pour l'œil correspondant.
Le résultat attendu est une impression de profondeur. Pour contrôler le montage, on masque successivement un œil puis l'autre : la composante dominante doit changer. Sans cette séparation entre les deux yeux, les contours restent décalés, mais le mécanisme stéréoscopique n'est pas correctement restitué.
En pratique
Dans une revue scientifique, une figure anaglyphique permet de présenter un relief sur une page imprimée. Le lecteur met les lunettes jointes à la publication pour que chaque œil isole sa vue.
Dans la recherche spatiale, la NASA emploie le mode anaglyphique pour produire des anaglyphes à partir de deux vues décalées de la surface de Mars. Les filtres permettent alors d'examiner la profondeur suggérée par les deux points de vue.
À la télévision, des émissions des années 1980 ont diffusé des anaglyphes à regarder avec des lunettes adaptées. Le même procédé a été transposé au cinéma, où son usage est toutefois resté marginal.
À ne pas confondre
Anaglyphe et simple image colorée. Une image n'est pas un anaglyphe parce qu'elle présente deux couleurs ou des contours dédoublés. Le critère décisif est la présence de deux vues décalées, encodées pour que les filtres en transmettent une différente à chaque œil. Si les deux yeux reçoivent la même vue, la couleur ne fournit pas la parallaxe nécessaire au relief stéréoscopique.
Anaglyphe et couple stéréoscopique. Un couple stéréoscopique conserve les deux vues séparées. Dans un anaglyphe, elles sont superposées sur le même support et séparées à la réception par des filtres colorés. Une paire d'images côte à côte n'est donc pas, à elle seule, un anaglyphe.
Limites et pièges
Filtres absents ou inadaptés. Le symptôme est un dédoublement coloré visible au lieu d'une séparation nette des vues. Il faut utiliser les lunettes correspondant aux deux composantes de l'image ; sans cette sélection, chaque œil continue de recevoir des informations mêlées.
Décalage sans changement de point de vue. Déplacer artificiellement une seule image crée deux contours, mais pas deux observations de la scène. Il faut disposer de deux vues distinctes présentant une disparité stéréoscopique adaptée pour fournir une parallaxe liée à la profondeur.
Portée du procédé. Une impression de relief ne transforme pas le support en objet tridimensionnel : l'information reste codée dans deux images planes. L'adaptation au cinéma existe, mais la source précise qu'elle y est restée marginale ; il ne faut donc pas assimiler tout cinéma en relief à l'anaglyphe.
Pour aller plus loin
La parallaxe relie la géométrie de la prise de vue à la perception : un même point de la scène n'occupe pas exactement la même position dans les deux images. L'anaglyphe encode cette différence par des composantes colorées, puis confie aux filtres la séparation des vues et au cerveau leur fusion. Cette chaîne distingue trois opérations : observer depuis deux axes, coder les deux observations sur un support unique, puis les redistribuer aux deux yeux.
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