Passer au contenu principal
Tangente
GéométrieNotion · Glossaire

analyse discriminante factorielle

L'analyse factorielle discriminante (AFD) est une méthode multivariée pour des individus répartis en groupes connus par une variable qualitative et décrits par des variables quantitatives. Elle cherche des combinaisons linéaires de ces variables qui séparent au mieux les groupes, en favorisant l'écart entre leurs centres tout en pénalisant la dispersion interne.
Groupes et scores discriminants Deux groupes de trois points, leurs centres et les six scores linéaires a transposé x, distincts de coordonnées de projection orthogonale. Données et direction x₁ x₂ 12345 1234 A B direction (2, 1/2) Scores s = aᵀx s 2471012 moyenne A = 4 moyenne B = 11 A : 2,5 · 4,5 · 5 B : 9,5 · 11,5 · 12 écart des moyennes : 7
La forme linéaire de coefficients (2, 1/2) donne à A des scores entre 2,5 et 5, et à B des scores entre 9,5 et 12 ; les moyennes 4 et 11 restent séparées de 7.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Distinguer le rôle des groupes connus de celui des variables quantitatives.
  • Relier les dispersions intergroupe et intragroupe au critère de Fisher.
  • Recalculer un axe discriminant sur deux groupes de trois individus.
  • Contrôler la séparation grâce aux scores projetés et à leurs moyennes.
  • Reconnaître les limites liées au nombre de groupes, à une matrice singulière et à la validation hors échantillon.

En clair

Imaginez six points décrits par deux mesures et déjà répartis en deux groupes, A et B. Sur le graphique, les points d'un même groupe restent proches, tandis que les deux groupes occupent des zones différentes. On cherche alors une direction sur laquelle leur projection les sépare nettement.
L'analyse discriminante factorielle construit précisément cette direction. Elle favorise l'écart entre les centres des groupes, mais pénalise l'étalement des points à l'intérieur de chaque groupe. Lorsque les mesures sont exprimées dans des unités comparables ou standardisées, les coefficients les plus grands en valeur absolue signalent celles qui contribuent le plus à cette direction.

Définition

L'analyse discriminante factorielle, aussi appelée analyse factorielle discriminante ou AFD, est une méthode multivariée introduite par Fisher en 1936. Chaque individu appartient à l'un de q groupes connus, définis par une variable qualitative, et possède p mesures quantitatives. L'AFD cherche des combinaisons linéaires de ces mesures qui reproduisent au mieux cette partition.
La matrice SW mesure la dispersion des individus autour du centre de leur propre groupe ; la matrice SB mesure la dispersion des centres de groupe autour du centre général. Pour un vecteur de coefficients a tel que aTSWa > 0, le critère de Fisher est : aTSBaaTSWa\frac{a^{\mathsf T}S_Ba}{a^{\mathsf T}S_Wa}. Un axe discriminant maximise ce rapport : deux centres éloignés sont favorisés, tandis qu'un fort étalement interne est pénalisé.
Lorsque SW est inversible, les axes s'obtiennent par un problème de valeurs propres généralisé reliant SB et SW. Il existe au plus min(p, q − 1) axes discriminants non triviaux. Géométriquement, le calcul revient à analyser les centres de gravité des groupes après pondération et transformation par la dispersion interne. L'analogie avec une ACP des centres ne vaut donc qu'après cette adaptation, et non comme une ACP ordinaire de leurs coordonnées initiales.

Un exemple, pas à pas

Deux mesures x1 et x2 décrivent six individus. Le groupe A contient (1, 1), (2, 2) et (2, 1). Le groupe B contient (4, 3), (5, 4) et (5, 3). Les deux groupes ont donc le même effectif : trois individus.
1. Les centres sont μA = (5/3, 4/3) et μB = (14/3, 10/3). Leur différence vaut μB − μA = (3, 2).
2. En additionnant, dans chaque groupe, les produits des écarts au centre, on obtient la dispersion intragroupe non normalisée (la somme des produits d'écarts, sans division par un effectif) :
SW=(4/32/32/34/3)S_W=\begin{pmatrix}4/3&2/3\\2/3&4/3\end{pmatrix}
3. Comme il n'y a que deux groupes, un seul axe discriminant suffit. Un vecteur directeur est :
a=SW1(μBμA)=(21/2)a=S_W^{-1}(\mu_B-\mu_A)=\begin{pmatrix}2\\1/2\end{pmatrix}
4. Le score linéaire d'un point (x1, x2), défini par aTx et distinct d'une coordonnée de projection orthogonale normalisée, vaut 2x1 + x2/2. Les scores de A sont 2,5 ; 5 ; 4,5, de moyenne 4. Ceux de B sont 9,5 ; 12 ; 11,5, de moyenne 11. Les deux séries ne se chevauchent pas. Le contrôle donne 11 − 4 = 7, égal au produit scalaire 2 × 3 + (1/2) × 2 entre (2, 1/2) et l'écart (3, 2) des centres.

En pratique

L'AFD convient lorsque les groupes sont connus avant l'analyse et que chaque individu est décrit par plusieurs variables quantitatives. Le premier geste consiste à comparer visuellement les centres et l'étalement interne : des centres distincts ne suffisent pas si les groupes sont très dispersés.
Pour interpréter un axe, on examine le signe et l'amplitude des coefficients associés aux variables, puis les scores des individus. Une variable contribue à la séparation observée ; elle ne devient pas pour autant une cause du groupe.
Si aucune partition préalable n'existe et que l'objectif est seulement de résumer la variabilité, l'ACP est l'alternative naturelle. Si les groupes existent, l'AFD doit encore être contrôlée sur des individus non utilisés pour construire les axes avant d'en faire une règle de classement.

À ne pas confondre

L'AFD ne doit pas être confondue avec l'analyse en composantes principales. L'ACP cherche des directions de forte variabilité sans utiliser d'étiquettes de groupe ; l'AFD utilise une partition connue et cherche des directions qui séparent ses groupes. Sur les six points de l'exemple, retirer les étiquettes A et B laisse encore une ACP possible, mais empêche de définir le critère discriminant.

Limites et pièges

Avec un seul groupe, donc q = 1, aucune séparation intergroupe n'existe. Avec q groupes, le nombre d'axes utiles ne peut pas dépasser q − 1 : demander davantage d'axes ne crée aucune information discriminante supplémentaire.
Si une variable est combinaison exacte d'autres variables, ou si les individus sont trop peu nombreux au regard des mesures, SW peut être singulière. L'inverse utilisée dans l'exemple n'existe alors pas ; il faut retirer les redondances, réduire la dimension ou régulariser le calcul.
Une séparation parfaite sur les données de construction, comme dans l'exemple, ne garantit pas la même séparation sur de nouveaux individus. Le symptôme est une performance qui chute hors de l'échantillon ; une validation sur des données tenues à l'écart est alors nécessaire.
Enfin, les axes décrivent l'association entre les étiquettes et les mesures observées. Une variable dotée d'un coefficient important aide à distinguer les groupes dans ces données, mais cette observation ne démontre ni influence causale ni stabilité dans une autre population.

Pour aller plus loin

Pour comparer le rôle des groupes avec une analyse sans étiquettes, consultez analyse en composantes principales. Cette fiche montre comment construire des axes de forte variabilité avant de les opposer aux axes de séparation de l'AFD.
Continuez avec Tangente

Explorez les mathématiques autrement

Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.

Découvrir les offres