ArithmétiqueNotion · Glossaire
Bellaso Giovan Battista
Giovan Battista Bellaso est un cryptographe italien, le premier à avoir introduit l’usage d’une clé littérale : un mot mémorisable servant à chiffrer un message au moyen de plusieurs alphabets de substitution. Les correspondants doivent partager ce mot et le procédé de chiffrement ; la clé peut ainsi rester en mémoire plutôt que circuler sous forme écrite.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier les trois ouvrages attribués à Bellaso et les dates fournies pour les deux premiers.
- Expliquer le rôle mémorisable d'une clé littérale dans un chiffrement polyalphabétique.
- Distinguer le mot-clé des cinq alphabets réversibles.
- Corriger l'attribution erronée du procédé à Giovanni Battista Della Porta.
En clair
En 1553, à Venise, Giovan Battista Bellaso publie un ouvrage sur l'écriture chiffrée. Cet homme n'est pas un théoricien éloigné des messages : secrétaire d'un cardinal, il pratique les correspondances secrètes.
Son idée décisive tient dans un mot que l'expéditeur et le destinataire peuvent retenir. Ce mot-clé guide plusieurs alphabets de substitution au lieu de laisser une même lettre toujours transformée de la même manière. La clé n'a donc pas besoin d'être notée à côté du message.
Définition
Giovan Battista Bellaso est un cryptographe italien du XVIe siècle, né en 1505 à Brescia et mort à une date incertaine, située vers 1570–1580. Son activité de secrétaire d'un cardinal le met au contact de correspondances secrètes. Il expose ses techniques dans trois ouvrages. Les deux premiers sont La cifra del Sig. Giovan Battista Belaso, publié à Venise en 1553, puis Novi et singolari modi di cifrare, publié à Brescia en 1555. Le troisième est Il vero modo di scrivere in Cifra con facilità, prestezza, et securezza.
Son apport distinctif est l'introduction de mots-clés, aussi appelés clés littérales. Une clé littérale est un mot de quelques lettres que les correspondants peuvent mémoriser. Dans le système décrit par la source, un mot-clef initial sert à construire cinq alphabets réversibles. Le chiffrement est dit polyalphabétique parce qu'il ne repose pas sur un unique alphabet de substitution. Le caractère réversible des alphabets permet au destinataire qui connaît le procédé et la clé d'effectuer l'opération inverse.
Cette combinaison répond à un besoin pratique : la clé peut rester en mémoire plutôt que circuler sous forme écrite. L'attribution historique demande toutefois de la précision : Giovanni Battista Della Porta s'inspira du système du vivant de Bellaso, mais il n'en est pas l'auteur initial.
Un exemple, pas à pas
Considérons un échange fictif qui illustre le rôle d'une clé littérale, sans prétendre reconstituer les tables historiques de Bellaso. Les données sont le message SALUT, le mot-clé CLE et un jeu convenu de cinq alphabets réversibles.
Pour rendre l'essai calculable, convenons d'un alphabet usuel ABCDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZ et de cinq alphabets fictifs obtenus par décalage : A1 = BCDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZA, A2 = CDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZAB, A3 = DEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZABC, A4 = EFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZABCD et A5 = FGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZABCDE. Chaque lettre de CLECL sélectionne un alphabet par son rang dans l'alphabet usuel, réduit modulo 5 ; un reste nul désigne A5. On obtient donc C → A3, L → A2, E → A5, C → A3 et L → A2. Pour chiffrer, on repère chaque lettre de SALUT dans l'alphabet usuel et on lit, au même rang, la lettre de l'alphabet sélectionné.
Le calcul donne S avec A3 → V, A avec A2 → C, L avec A5 → Q, U avec A3 → X et T avec A2 → V : la suite transmise est donc VCQXV. Pour déchiffrer, le destinataire reprend A3, A2, A5, A3 et A2, retrouve dans chacun la lettre reçue et lit au même rang dans l'alphabet usuel : V → S, C → A, Q → L, X → U et V → T. Il restitue ainsi SALUT. Ce contrôle est directement refaisable, mais il illustre seulement une règle fictive : sans les tables exactes d'un ouvrage, on ne peut pas produire honnêtement une suite chiffrée historique précise.
En pratique
Dans une correspondance secrète, les deux correspondants conviennent d'un mot-clé et le retiennent. Sa forme littérale offre alors l'avantage signalé par la source : la clé n'a pas besoin d'être écrite.
Pour lire un texte chiffré selon ce système, le destinataire doit connaître à la fois le mot-clé et les alphabets convenus. La seule connaissance du mot ne remplace pas la règle qui construit et sélectionne les cinq alphabets.
Pour attribuer le procédé, on revient aux ouvrages et à leur chronologie. Une ressemblance avec la méthode publiée ensuite par Della Porta ne suffit pas à faire de ce dernier son inventeur.
À ne pas confondre
Bellaso et Giovanni Battista Della Porta. Le critère qui les sépare est l'antériorité de l'apport : Bellaso introduit l'usage des mots-clés, tandis que Della Porta s'en inspire du vivant de Bellaso. Lorsqu'un texte attribue ce chiffrement à Della Porta, cette attribution contredit la chronologie donnée par la source.
Limites et pièges
Une date de mort incertaine. La source situe la mort de Bellaso vers 1570–1580. Donner une année unique ferait disparaître cette incertitude ; il faut conserver l'intervalle et le mot « vers ».
Cinq alphabets ne signifient pas cinq lettres de clé. Le nombre cinq porte sur les alphabets réversibles du système. La clé est seulement décrite comme un mot de quelques lettres ; lui imposer une longueur de cinq lettres ajouterait une condition absente de la source.
Une illustration n'est pas une table historique. L'alignement SALUT/CLECL montre le rôle de la clé, mais la source fournie ne donne pas les tables de substitution. Sans elles, toute suite chiffrée présentée comme celle de Bellaso serait invérifiable.
Pour aller plus loin
Le glossaire cryptographie replace les correspondances secrètes de Bellaso dans l'ensemble des méthodes qui protègent l'information.
La fiche chiffrement approfondit l'opération qui transforme un message lisible à l'aide d'une clé.
Explorez les mathématiques autrement
Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.
Découvrir les offres
