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Histoire et cultureNotion · Glossaire

Buée Adrien-Quentin

L'abbé Adrien-Quentin Buée, mathématicien français actif à la fin du XVIIIe siècle. En 1806, il publie dans les Philosophical Transactions of the Royal Society un mémoire proposant une interprétation géométrique de l'unité imaginaire i comme rotation d'un quart de tour dans le plan. Cette idée, développée indépendamment par Argand et Gauss, constitue l'un des jalons précoces de la représentation géométrique des nombres complexes.
Re Im z = 2 + i iz = −1 + 2i
Multiplier 2 + i par i conserve la longueur et transforme (2 ; 1) en (−1 ; 2) par un quart de tour.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Situer le mémoire de Buée en 1806 selon la définition source.
  • Comprendre pourquoi multiplier par i correspond à un quart de tour.
  • Refaire le calcul i(2 + i) = −1 + 2i et contrôler les coordonnées obtenues.
  • Distinguer la convention du repère, le cas nul et la portée historique des attributions.
  • Relier cette interprétation au plan complexe et au diagramme d'Argand.

En clair

Imaginez le plan complexe comme une carte : l'axe horizontal porte la partie réelle et l'axe vertical le coefficient de i. Dans cette carte, multiplier un nombre par i ne change pas sa distance à l'origine, mais fait tourner le point d'un quart de tour dans le sens direct.
Cette lecture donne un rôle géométrique à l'unité imaginaire. La relation i² = −1 s'explique alors par deux quarts de tour successifs, qui forment un demi-tour et envoient chaque point sur son opposé.

Définition

Un nombre complexe s'écrit a + bi, où a et b sont réels. On le représente par le point de coordonnées (a ; b) dans le plan complexe, dont l'axe horizontal est l'axe réel et l'axe vertical l'axe imaginaire. La multiplication par i transforme (a ; b) en (−b ; a), ce qui est exactement une rotation de 90° autour de l'origine dans le sens direct.
La règle algébrique repose sur i² = −1. Pour z = a + bi, on obtient iz=i(a+bi)=ai+bi2=b+aiiz=i(a+bi)=ai+bi^2=-b+ai. Les coordonnées du résultat sont donc (−b ; a), tandis que sa distance à l'origine reste la même : la rotation ne change pas le module du nombre.
L'intérêt historique du mémoire de Buée est d'associer cette opération algébrique à une image géométrique. D'après la définition source, cette interprétation publiée en 1806 est un jalon précoce ; Argand et Gauss développent ensuite cette idée indépendamment.

Un exemple, pas à pas

Prenons le nombre complexe z = 2 + i. Sa partie réelle vaut 2 et son coefficient de i vaut 1 ; il correspond donc au point (2 ; 1). Nous allons multiplier z par i et interpréter le résultat dans le plan complexe.
1. Distribuons i dans la somme : iz=i(2+i)=2i+i2iz=i(2+i)=2i+i^2.
2. Remplaçons i² par −1 : 2i+i2=2i1=1+2i2i+i^2=2i-1=-1+2i. Le point obtenu a pour coordonnées (−1 ; 2).
3. Le vecteur qui va de l'origine à (2 ; 1) devient celui qui va à (−1 ; 2). Le produit scalaire vaut 2 × (−1) + 1 × 2 = 0, et les deux vecteurs ont la même longueur √5 : ces contrôles confirment le quart de tour. La figure rend cette rotation visible.
4. Une seconde multiplication vérifie le sens du mouvement : i(1+2i)=i+2i2=2i=zi(-1+2i)=-i+2i^2=-2-i=-z. Deux quarts de tour forment bien un demi-tour.

En pratique

Pour interpréter une multiplication par i, écrivez d'abord le nombre sous la forme a + bi. Le point (a ; b) devient alors (−b ; a) : cette permutation accompagnée d'un changement de signe décrit la rotation de 90° dans le sens direct.
Pour contrôler un calcul, comparez les deux distances à l'origine et vérifiez que le produit scalaire des anciens et nouveaux vecteurs est nul. Dans l'exemple z = 2 + i, les coordonnées (2 ; 1) et (−1 ; 2) ont toutes deux une longueur √5.
Cette représentation sert à comprendre une opération précise ; elle ne transforme pas i en nombre réel. Le plan complexe fournit deux coordonnées réelles pour représenter un nombre complexe, sans supprimer sa partie imaginaire.

À ne pas confondre

Une rotation de 90° n'est pas une multiplication par un nombre réel. Multiplier par un réel positif conserve la direction et change éventuellement la longueur ; multiplier par i conserve la longueur et change la direction. Le résultat dépend aussi de la convention d'orientation : avec l'axe imaginaire vers le haut, la rotation est dans le sens direct.
Le plan complexe n'est pas une nouvelle droite graduée. Le point (a ; b) représente a + bi, mais b n'est pas une seconde partie réelle : c'est le coefficient de l'unité imaginaire. Ainsi (−1 ; 2) représente −1 + 2i, et non un nombre réel situé à l'abscisse −1.
Enfin, l'interprétation géométrique de Buée ne doit pas être attribuée exclusivement à un seul auteur. La source indique que l'idée a été développée indépendamment par Argand et Gauss ; il s'agit donc d'une histoire de jalons convergents, pas d'une attribution unique.

Limites et pièges

La description par rotation suppose le repère usuel : axe réel horizontal orienté vers la droite, axe imaginaire vertical orienté vers le haut, et rotation positive dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Si l'orientation ou l'ordre des axes change, la formule en coordonnées doit être adaptée, même si la relation i² = −1 reste la même.
Le nombre nul constitue un cas limite utile. Le point (0 ; 0) reste à l'origine après multiplication par i ; parler de direction ou d'angle pour le vecteur nul n'a toutefois pas de sens. Pour tout nombre non nul, le module est conservé et l'argument augmente de 90° modulo 360°.
Il faut également distinguer une interprétation géométrique d'une preuve historique de priorité. Le fait qu'un mémoire de 1806 propose cette lecture, puis qu'Argand et Gauss la développent indépendamment, établit les jalons mentionnés par la source ; il ne permet pas de préciser ici leurs influences réciproques ni une chronologie plus fine.

Pour aller plus loin

Le plan complexe approfondit la représentation des nombres a + bi par des points, des vecteurs et des transformations. Il permet de relier multiplication, module et direction dans un même dessin.
Le diagramme d'Argand prolonge cette lecture géométrique en donnant un cadre consacré à la représentation des nombres complexes dans le plan.
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