GéométrieNotion · Glossaire
flexaèdre
Un flexaèdre est un polyèdre dont les faces restent rigides tandis que sa forme se modifie continûment grâce à des articulations le long des arêtes, sans recoupement des faces. Les angles entre les faces peuvent ainsi varier sans qu'elles se déforment, tandis que le volume enfermé demeure constant pendant tout le mouvement.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier le rôle distinct des faces rigides et des arêtes articulées.
- Comprendre pourquoi l'octaèdre de Bricard n'est pas un polyèdre au sens strict.
- Relier la déformation du flexaèdre à la constance de son volume.
- Repérer les cas à six ou sept sommets et la question ouverte à huit sommets.
En clair
Imaginez un assemblage fermé de plaques rigides reliées bord à bord. Les plaques ne se plient pas, mais certaines arêtes jouent le rôle de charnières : l'ensemble change alors de forme sans que ses faces se déforment. Un flexaèdre est précisément un polyèdre capable d'un tel mouvement continu.
Ce mouvement ne gonfle ni ne dégonfle l'objet. Malgré les changements visibles de sa silhouette, le volume enfermé reste constant pendant toute la déformation.
Définition
Un flexaèdre est un polyèdre dont chaque face demeure rigide tandis que les arêtes autorisent une déformation continue de l'ensemble. La flexibilité concerne donc les angles entre les faces, et non la forme des faces elles-mêmes. Le polyèdre reste fermé au cours du mouvement.
Cette possibilité distingue les flexaèdres des polyèdres convexes, dont Cauchy a établi la rigidité en 1813, confirmant une conjecture formulée par Euler en 1766. L'octaèdre articulé étudié par Bricard en 1897 est flexible, mais ses faces se recoupent : il ne constitue donc pas un polyèdre au sens strict. En 1977, Robert Connelly a établi l'existence d'un polyèdre flexible à 18 faces sans cette auto-intersection. Klaus Steffen a ensuite construit un polyèdre flexible à 9 sommets.
La déformation conserve le volume enfermé. Cette propriété, appelée conjecture du soufflet avant sa démonstration, a été établie en 1997 par Connelly, Walz et Sabitov.
Un exemple, pas à pas
Suivons le passage de l'octaèdre articulé de Bricard au premier exemple de Connelly. Les données sont les suivantes : Bricard publie son étude en 1897 ; son octaèdre est formé de deux pyramides à base carrée ; ses faces se recoupent ; Connelly obtient en 1977 un polyèdre flexible à 18 faces sans ce défaut.
1. On vérifie d'abord le mouvement : l'octaèdre de Bricard change de forme grâce à ses arêtes articulées, sans plier ses faces. Il fournit donc bien un mécanisme de flexibilité.
2. On contrôle ensuite la réalisation géométrique : les faces de cet octaèdre se recoupent. Ce défaut empêche de le retenir comme polyèdre au sens strict.
3. Connelly reprend les méthodes de Bricard et construit un objet flexible à 18 faces sans recoupement. Le contrôle final porte donc sur deux critères simultanés : une déformation continue avec faces rigides, et l'absence du défaut d'auto-intersection signalé chez Bricard.
Le résultat de 1977 établit ainsi l'existence d'un flexaèdre réalisable comme polyèdre au sens strict.
En pratique
Pour reconnaître un flexaèdre, observez ce qui change pendant le mouvement. Si les faces gardent leur forme tandis que leurs angles mutuels varient continûment autour des arêtes, la flexibilité porte bien sur l'assemblage. Si une face se courbe, ce critère n'est plus satisfait.
Pour examiner un exemple historique, contrôlez aussi si des faces se traversent. L'octaèdre articulé de Bricard montre le mécanisme, mais ses recoupements empêchent de le considérer comme un polyèdre au sens strict. L'exemple de Connelly est à préférer lorsqu'on exige l'absence de ce défaut.
Enfin, ne déduisez pas une variation de volume d'un changement de silhouette. Pour un polyèdre flexible, la conjecture du soufflet démontrée en 1997 garantit que le volume reste constant tout au long de la déformation.
À ne pas confondre
Flexaèdre et polyèdre convexe. Un flexaèdre admet une déformation continue par ses arêtes, avec des faces rigides. Un polyèdre convexe est rigide d'après le théorème établi par Cauchy : un mouvement articulé qui change sa forme ne peut donc pas fournir un flexaèdre convexe.
Flexaèdre et octaèdre articulé de Bricard. Tous deux présentent un mécanisme flexible, mais le modèle de Bricard possède des faces qui se recoupent. Le test décisif est l'auto-intersection : sa présence exclut ce modèle des polyèdres au sens strict, contrairement à la construction de Connelly.
Limites et pièges
Une articulation ne suffit pas. Voir des arêtes jouer comme des charnières ne garantit pas à lui seul un flexaèdre au sens strict. Si des faces se recoupent, comme dans l'octaèdre de Bricard, il faut signaler l'auto-intersection au lieu de présenter l'objet comme une réalisation ordinaire.
Le nombre de sommets impose une borne. Aucun polyèdre flexible à six ou sept sommets n'existe. Il faut donc écarter toute construction revendiquant un flexaèdre avec l'un de ces deux nombres de sommets.
Le cas de huit sommets n'est pas tranché. Son existence reste une question ouverte dans la source. Une construction annoncée avec huit sommets ne doit donc être présentée ni comme impossible ni comme établie sans preuve supplémentaire.
Forme variable ne signifie pas volume variable. La silhouette peut changer fortement, mais le volume demeure constant pendant la déformation. Il faut suivre séparément la forme extérieure et le volume enfermé.
Pour aller plus loin
polyèdre — Revoir les faces, arêtes et sommets qui constituent le support géométrique d'un flexaèdre.
théorème de rigidité de Cauchy — Situer la rigidité des polyèdres convexes face à l'existence des flexaèdres.
Souffler les polyèdres — Prolonger l'étude de la flexibilité et du volume constant des polyèdres articulés.
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