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AlgèbreNotion · Glossaire

Idempotent

Un élément a d'un anneau unitaire (ou d'une algèbre unitaire) est dit idempotent si a² = a. Dans l'algèbre des endomorphismes d'un module ou d'un espace vectoriel, les idempotents sont exactement les projections algébriques : une matrice de projection P vérifie ainsi P² = P. Dans un anneau unitaire, un idempotent permet aussi de décomposer le module régulier à droite en somme directe de sous-modules. Un idempotent non trivial est différent de 0 et de 1. Les idempotents jouent un rôle central dans la classification des modules et dans la théorie des anneaux.
Projection idempotente du vecteur (3, 2) Le vecteur (3, 2) est projeté verticalement sur (3, 0), puis une seconde projection laisse ce point fixe. v = (3, 2) Pv = (3, 0) P P encore
La première projection envoie (3, 2) sur (3, 0) ; la seconde laisse (3, 0) au même endroit.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Définir un idempotent par l’égalité a² = a.
  • Vérifier l’idempotence d’une matrice de projection par un calcul complet.
  • Distinguer les idempotents triviaux, les idempotents non triviaux et les nilpotents.
  • Comprendre la décomposition en sous-modules et la condition supplémentaire de centralité.

En clair

Imaginez une machine qui efface la hauteur d’un point et le pose sur l’axe horizontal. Après ce premier passage, le point est déjà sur l’axe. Un second passage ne change donc plus rien.
Ce comportement est celui d’un idempotent : appliquer deux fois l’opération produit exactement le même résultat que l’appliquer une fois. Une projection fournit l’image typique de cette stabilisation immédiate.

Définition

Dans un anneau unitaire ou une algèbre unitaire, un élément, noté a, est idempotent lorsque son produit par lui-même est égal à lui-même : a2=aa^2=a. Cette égalité exprime une stabilisation après une seule application. Les éléments 0 et 1 la satisfont toujours ; on les appelle les idempotents triviaux. Un idempotent non trivial est donc distinct de 0 et de 1.
Dans une algèbre de matrices, une matrice P est idempotente si P2=PP^2=P. Elle agit alors comme une projection : après le premier passage, le vecteur obtenu appartient déjà à la partie conservée, si bien qu’un second passage le laisse inchangé.
Dans un anneau unitaire A, un idempotent a décompose le module régulier à droite en somme directe A = aA ⊕ (1 − a)A : la multiplication à gauche par a fixe la première partie et annule la seconde. Cette décomposition explique l’importance des idempotents dans l’étude et la classification des modules. Une décomposition de l’anneau comme produit d’anneaux exige en plus que l’idempotent soit central.

Un exemple, pas à pas

Considérons la projection du plan sur l’axe horizontal. Sa matrice est P, avec première ligne 1, 0 et seconde ligne 0, 0. Le vecteur de départ v a pour coordonnées (3, 2). La figure associée représente le premier passage vers l’axe puis l’absence de déplacement au second passage.
Données :
P = [[1, 0], [0, 0]]
v = (3, 2)
1. Multiplions P par v. La première coordonnée vaut 1 × 3 + 0 × 2 = 3, et la seconde vaut 0 × 3 + 0 × 2 = 0. Ainsi, Pv = (3, 0).
2. Appliquons encore P. Le calcul donne P(3, 0) = (3, 0). Le second passage ne modifie donc pas le vecteur projeté.
3. Calculons aussi le carré de la matrice :
P2=(1000)(1000)=(1000)=PP^2=\begin{pmatrix}1&0\\0&0\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1&0\\0&0\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}1&0\\0&0\end{pmatrix}=P
Le résultat est bien P2 = P. Le contrôle se refait sur un vecteur quelconque (x, y) : le premier passage donne (x, 0), et le second donne encore (x, 0).

En pratique

Pour tester une matrice candidate, on calcule son carré et on le compare à la matrice de départ. L’égalité exacte P2 = P confirme l’idempotence ; une simple stabilisation sur un seul vecteur ne suffit pas.
Pour reconnaître une projection, on observe ce qui est conservé et ce qui est annulé. Dans l’exemple, les vecteurs de l’axe horizontal restent fixes, tandis que les vecteurs verticaux sont envoyés sur le vecteur nul.
Dans l’étude d’un module, un idempotent sert à isoler deux composantes complémentaires. Si l’on veut en déduire un produit d’anneaux, il faut toutefois contrôler que cet idempotent commute avec tous les éléments de l’anneau.

À ne pas confondre

Idempotent et nilpotent. Un idempotent vérifie a2 = a, tandis qu’un élément est nilpotent s’il existe un entier n ≥ 1 tel que an = 0. Pour un idempotent, toutes les puissances positives restent égales à a ; il ne peut donc être aussi nilpotent que s’il vaut 0.
Élément idempotent et projection. L’idempotence est l’égalité algébrique a2 = a. Une projection est l’action associée qui conserve une composante et annule l’autre. La matrice P de l’exemple est l’élément idempotent ; l’envoi de (x, y) sur (x, 0) est la projection.

Limites et pièges

Les cas 0 et 1 comptent. Ils vérifient tous deux l’équation d’idempotence, mais sont dits triviaux. Chercher un idempotent non trivial impose donc de les écarter explicitement.
Un essai isolé ne prouve rien. Une matrice peut laisser un vecteur particulier inchangé sans être idempotente. Il faut calculer son carré entier, ou prouver que la seconde application coïncide avec la première pour tout vecteur.
La somme directe n’est pas automatiquement un produit d’anneaux. Tout idempotent décompose le module régulier en parties conservée et annulée. Pour transformer cette séparation en décomposition de l’anneau comme produit d’anneaux, il faut vérifier que l’idempotent est central.

Pour aller plus loin

projection — Prolongez l’exemple matriciel en étudiant l’opération géométrique dont la seconde application ne modifie plus le résultat.
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