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Probabilités et statistiquesFormule · Glossaire

Loi du logarithme itéré

Imaginez une somme qui augmente ou diminue au fil de lancers indépendants. La loi du logarithme itéré indique jusqu’où ses pics peuvent monter ou descendre le long d’une très longue trajectoire, après retrait de la moyenne. Elle fixe leur échelle presque sûre à partir de l’écart type ; la formule détaillée, ses hypothèses et ses limites sont précisées dans la suite.
Marche aléatoire de seize pas et enveloppe du logarithme itéré Les sommes partielles observées des rangs 3 à 16 sont comparées aux courbes plus et moins racine de deux n logarithme de logarithme de n. n Sₙ 3 16 4 −4 enveloppes S₁₆ = 4
La marche observée finit à S₁₆ = 4, sous l'enveloppe 5,7125 ; ses franchissements précoces ne contredisent pas une loi asymptotique.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Interpréter les limites supérieure et inférieure presque sûres.
  • Vérifier les hypothèses d'indépendance, de loi commune et de variance finie non nulle.
  • Recalculer la normalisation sur une marche aléatoire symétrique de seize pas.
  • Distinguer la loi du logarithme itéré du théorème central limite et de la loi forte des grands nombres.

En clair

Imaginez une pièce équilibrée : chaque pile fait avancer un compteur de 1 et chaque face le fait reculer de 1. Après beaucoup de lancers, le compteur s'éloigne parfois de zéro, mais ses excursions extrêmes suivent une échelle très précise.
La loi du logarithme itéré décrit cette enveloppe ultime. Elle ne prédit pas la position du compteur à un instant donné. Elle affirme que, sur une trajectoire presque sûre, ses pics reviennent arbitrairement près de l'enveloppe, sans la dépasser durablement.

Définition

On considère une suite de variables aléatoires indépendantes et de même loi. Leur espérance commune est notée μ et leur variance commune, finie et strictement positive, est notée σ2. Pour chaque entier n, la somme partielle centrée Tn additionne les n premiers écarts Xk − μ.
La loi du logarithme itéré de Kolmogorov affirme que, presque sûrement, les deux limites extrêmes valent :
lim supnTnσ2nln(lnn)=1,lim infnTnσ2nln(lnn)=1\limsup_{n \to \infty} \frac{T_n}{\sigma\sqrt{2n\ln(\ln n)}}=1,\qquad \liminf_{n \to \infty} \frac{T_n}{\sigma\sqrt{2n\ln(\ln n)}}=-1
Autrement dit, la trajectoire normalisée approche 1 et −1 le long de certaines sous-suites. Pour tout ε > 0, elle ne dépasse 1 + ε et ne descend sous −1 − ε qu'un nombre fini de fois ; la seule conclusion sur les niveaux exacts 1 et −1 n'exclut pas des franchissements répétés.
Si l'on emploie la somme non centrée Sn = X1 + ⋯ + Xn, il faut donc remplacer Tn par Sn − nμ. Lorsque μ = 0, les deux sommes coïncident. Le premier logarithme est naturel, et la formule ne concerne que les entiers assez grands pour que ln(ln n) soit positif.

Le principe

Si les variables X1, X2, … sont indépendantes, identiquement distribuées, d'espérance μ et de variance σ2 finie avec σ > 0, alors leur somme centrée Tn vérifie presque sûrement :
lim supnTn2nln(lnn)=σ\limsup_{n \to \infty} \frac{T_n}{\sqrt{2n\ln(\ln n)}}=\sigma
La limite inférieure correspondante vaut −σ. Le dénominateur donne l'échelle des fluctuations extrêmes ; il ne donne ni une convergence ordinaire de la suite normalisée, ni sa valeur pour un n fixé.

Quand l'utiliser

La version présentée ici s'applique à des variables réelles indépendantes et identiquement distribuées. Leur moyenne doit exister, et leur variance doit être finie et non nulle. Il faut centrer les sommes lorsque la moyenne n'est pas nulle. La conclusion porte sur une probabilité égale à 1 et sur le comportement quand n tend vers l'infini.
Une suite de variables fortement dépendantes ne remplit pas ces hypothèses : la normalisation peut alors être différente, voire ne fournir aucune enveloppe de ce type. De même, une loi à variance infinie sort de cet énoncé. Dans ces cas, il faut rechercher un théorème adapté à la dépendance ou aux queues lourdes.

Un exemple, pas à pas

Une pièce équilibrée fournit les variables Xk : +1 pour pile et −1 pour face. Elles ont pour moyenne 0, variance 1 et écart type 1. Les seize résultats observés sont : +1, −1, +1, +1, −1, +1, −1, +1, +1, −1, +1, −1, +1, +1, −1, +1.
1. Additionnez successivement les valeurs. Les sommes partielles sont 1, 0, 1, 2, 1, 2, 1, 2, 3, 2, 3, 2, 3, 4, 3 et 4 ; ainsi S16 = 4.
2. Calculez l'enveloppe positive au rang 16 :
2×16×ln(ln16)5,7125\sqrt{2\times16\times\ln(\ln 16)}\approx5{,}7125
3. Normalisez la somme observée : 4 / 5,7125 ≈ 0,7002. Cette valeur finie n'a pas à être égale à 1.
4. Contrôlez le calcul en comptant dix valeurs +1 et six valeurs −1 : 10 − 6 = 4. Le tracé des sommes jusqu'au rang 16 montre seulement une trajectoire courte ; la loi concerne ses excursions sur une durée illimitée.

En pratique

Pour simuler une marche aléatoire, on trace la somme cumulée et les deux enveloppes. Si l'objectif est d'observer les excursions extrêmes d'une trajectoire très longue, cette comparaison est plus informative qu'un histogramme pris à un seul instant.
Pour estimer la distribution de Sn à un rang fixé sur de nombreuses répétitions, le théorème central limite est l'outil naturel. La loi du logarithme itéré devient pertinente quand on suit les records successifs d'une même trajectoire.
Avant d'appliquer la formule à des données, on examine l'indépendance, la stabilité de la loi et la variance. Si ces propriétés sont douteuses, un modèle tenant compte de la dépendance ou des queues lourdes doit remplacer l'énoncé i.i.d.

À ne pas confondre

Théorème central limite. Il décrit la loi de la somme centrée et normalisée (Sn − nμ)/(σ√n) à un grand rang fixé. La loi du logarithme itéré suit presque sûrement les pics d'une trajectoire entière, avec le facteur supplémentaire √(2 ln(ln n)). Une question sur une distribution à l'instant n appelle le premier ; une question sur les excursions récurrentes appelle la seconde.
Loi forte des grands nombres. Elle affirme que Sn/n tend presque sûrement vers la moyenne. Elle donne une tendance moyenne, tandis que la loi du logarithme itéré quantifie les fluctuations restantes autour de nμ. Constater que Sn/n est proche de μ ne renseigne donc pas encore sur la taille optimale de ces écarts.
Convergence presque sûre ordinaire. La suite Tn/[σ√(2n ln(ln n))] ne converge pas vers 1 : sa limite supérieure vaut 1 et sa limite inférieure vaut −1. Deux sous-suites qui approchent des valeurs opposées suffisent à trancher.

Limites et pièges

Petits rangs. Pour n ≤ e, ln(ln n) n'est pas positif, donc la racine réelle de la normalisation n'est pas utilisable. La loi est asymptotique : on ne commence les calculs qu'à un entier n ≥ 3, sans attendre une bonne approximation si tôt.
Moyenne oubliée. Si μ ≠ 0, la somme Sn contient une dérive nμ, bien plus grande que l'enveloppe. Le symptôme est un rapport qui part dans une direction au lieu d'osciller ; il faut étudier Sn − nμ.
Variance nulle ou infinie. Si σ = 0, les variables sont presque sûrement constantes et la normalisation par σ est impossible. Si la variance est infinie, l'échelle indiquée n'est plus garantie. Dans les deux cas, cet énoncé ne doit pas être appliqué.
Lecture de la borne. Une trajectoire peut franchir l'enveloppe pour certains rangs finis. Le théorème exclut seulement, presque sûrement, des dépassements d'un facteur 1 + ε à une infinité de rangs, pour tout ε > 0 ; il ne fournit pas une barrière absolue valable dès le premier calcul.

Pour aller plus loin

Le théorème central limite permet de comparer la distribution à un rang fixé avec le comportement presque sûr d'une trajectoire entière.
La convergence presque sûre précise le sens probabiliste de l'affirmation trajectoire par trajectoire employée dans l'énoncé.
L'écart-type explique le facteur σ qui adapte l'enveloppe à l'amplitude des variables additionnées.
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