Passer au contenu principal
Tangente
Histoire et cultureNotion · Glossaire

Méray Charles

Charles Méray a proposé une construction rigoureuse des nombres réels à partir de suites de Cauchy de nombres rationnels. Dans cette construction, une suite dont les termes se resserrent représente une valeur réelle, ce qui permet d'intégrer précisément les nombres irrationnels à l'analyse.
Approximations rationnelles de la racine carrée de 2 Une droite graduée de 1 à 1,5 montre cinq approximations rationnelles se rapprochant de √2. 11,11,21,31,41,5 11,41,411,4141,4142√2
Les approximations rationnelles 1, 1,4, 1,41, 1,414 et 1,4142 se resserrent vers √2.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Situer la contribution mathématique de Charles Méray.
  • Comprendre le rôle des suites de Cauchy de rationnels.
  • Distinguer une approximation décimale de la valeur réelle représentée.

En clair

Imaginez une suite de fractions ou de nombres décimaux qui se resserrent sans cesse autour d'une même valeur. Les termes finissent par être aussi proches les uns des autres que l'on veut, même si cette valeur n'est pas elle-même rationnelle. Charles Méray a proposé de reconnaître un nombre réel à partir d'une telle suite de Cauchy de nombres rationnels. Cette idée donne une place précise aux nombres irrationnels, comme ceux que les fractions ne peuvent pas atteindre exactement.

Définition

La contribution de Charles Méray est une construction des nombres réels à partir de suites de nombres rationnels. Une suite de Cauchy est une suite dont les termes deviennent mutuellement aussi proches que l'on veut lorsque leurs rangs augmentent. Dans la construction de Méray, une telle suite représente une valeur réelle ; deux suites qui décrivent la même valeur sont identifiées lorsqu'elles deviennent arbitrairement proches l'une de l'autre.
Le procédé s'applique à toutes les valeurs réelles : les rationnels sont représentés par des suites équivalentes à des suites constantes, tandis que les nombres irrationnels apparaissent comme des valeurs définies par le comportement d'approximations rationnelles. Les nombres réels réunissent ces valeurs avec les rationnels. La construction exige que les suites considérées soient de Cauchy ; une suite rationnelle qui ne resserre pas ses termes ne fournit pas ainsi un nombre réel.
Méray a été le premier à publier une théorie rigoureuse de ce type. Son approche est développée indépendamment et presque au même moment par Richard Dedekind et Georg Cantor. Elle appartient au mouvement d'arithmétisation de l'analyse, qui cherche à fonder l'analyse mathématique sur une construction précise des nombres.

Un exemple, pas à pas

Considérons les approximations décimales rationnelles de la racine carrée de 2 : 1 ; 1,4 ; 1,41 ; 1,414 ; 1,4142. Chaque terme est obtenu en ajoutant une décimale à l'approximation précédente.
Données : premier terme 1 ; deuxième terme 1,4 ; troisième terme 1,41 ; quatrième terme 1,414 ; cinquième terme 1,4142. Tous ces termes sont rationnels, car ils s'écrivent comme des fractions décimales.
1. Les écarts entre termes successifs valent 0,4, puis 0,01, puis 0,004, puis 0,0002.
2. Les approximations se resserrent : chaque nouvelle valeur conserve les chiffres déjà obtenus et ajoute une précision décimale.
3. Ces cinq nombres sont les premiers termes d'une suite infinie de troncatures décimales, poursuivie avec une précision tendant vers zéro. La suite est considérée dans son ensemble, et non comme une liste de fractions indépendantes ; son resserrement permet de la traiter comme une approximation rationnelle d'une valeur réelle.
4. La valeur visée est √2, qui n'est pas un nombre rationnel : aucune fraction ne lui est égale exactement.
Le contrôle est cohérent avec l'identité (2)2=2(\sqrt{2})^2=2 : les carrés des approximations se rapprochent de 2, tandis que les termes eux-mêmes se rapprochent de √2. L'exemple montre le rôle d'une suite rationnelle de Cauchy sans prétendre remplacer la construction complète des nombres réels.

En pratique

En analyse, on peut décrire une valeur irrationnelle par des approximations rationnelles de plus en plus fines. Le geste consiste à contrôler le resserrement des termes plutôt qu'à chercher une fraction égale à la valeur.
Pour une présentation élémentaire, l'écriture décimale est une alternative plus immédiate : elle rend visibles les chiffres ajoutés, tandis que la suite de Cauchy donne le cadre rigoureux de cette approximation. Le critère observable est la précision demandée.
Pour fonder l'analyse, la construction de Méray est préférable à une simple écriture décimale, car elle précise quelles suites rationnelles représentent une même valeur réelle.

À ne pas confondre

Une suite de Cauchy n'est pas un nombre irrationnel. La suite est un objet constitué de termes ; dans la construction de Méray, elle sert à représenter une valeur réelle. Le cas des approximations rationnelles de √2 tranche : les termes sont rationnels, mais la valeur représentée est irrationnelle.
Une approximation décimale n'est pas non plus une égalité avec la valeur visée. Écrire 1,4142 donne une approximation rationnelle de √2, pas √2 lui-même. Le critère décisif est l'exactitude : un nombre décimal fini est rationnel, alors que la valeur visée dans cet exemple ne l'est pas.

Limites et pièges

Une suite de nombres rationnels ne suffit pas à elle seule. Si ses termes ne se resserrent pas les uns vers les autres, elle ne satisfait pas la condition de Cauchy et ne représente pas un nombre réel par cette construction. Le symptôme est l'existence d'écarts qui restent séparés d'un seuil positif ; il faut alors changer de suite ou de construction.
Une suite peut aussi être de Cauchy sans que son premier terme soit proche de la valeur finale. Ce qui compte est le comportement à partir de rangs suffisamment grands, pas l'écart initial. Dans l'exemple de √2, les premiers écarts valent 0,4 puis 0,01 : la précision s'améliore, mais les premières valeurs ne sont pas des égalités exactes.
Enfin, la construction identifie des suites qui décrivent la même valeur, même si leurs termes ne coïncident pas terme à terme. La comparaison porte sur leur rapprochement mutuel ; confondre cette équivalence avec une égalité entre chaque terme serait une lecture trop forte.

Pour aller plus loin

La fiche suite de Cauchy approfondit le critère de resserrement utilisé pour représenter une valeur réelle. Elle aide à distinguer la propriété de la suite et le nombre qu'une construction peut lui associer.
Continuez avec Tangente

Explorez les mathématiques autrement

Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.

Découvrir les offres