Passer au contenu principal
Histoire et cultureNotion · Glossaire

Dedekind Richard

Julius Wilhelm Richard Dedekind (1831-1916) est un mathématicien allemand. Élève de Gauss à Göttingen, il enseigne longtemps à Brunswick. Il contribue à une construction rigoureuse des nombres réels par les coupures de Dedekind, développe la théorie des idéaux en théorie algébrique des nombres et travaille sur les fondements des nombres naturels. Ce portrait scientifique présente son parcours et distingue sa biographie de la construction mathématique appelée coupure de Dedekind.
Coupure des rationnels autour de racine de deux Une droite ordonnée place les rationnels négatifs à gauche de racine de deux ; pour les rationnels non négatifs, ceux dont le carré est inférieur à deux sont à gauche et ceux dont le carré est supérieur à deux sont à droite. A B √2 0 1 7/5 3/2 2 ordre croissant
Les rationnels sont placés à gauche ou à droite de racine de 2 selon que leur carré est inférieur ou supérieur à 2.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier Richard Dedekind et situer sa formation.
  • Comprendre le rôle d’une coupure dans la construction des nombres réels.
  • Distinguer la biographie de la coupure et reconnaître les apports liés aux idéaux.

En clair

Imaginez une droite graduée où l’on voudrait placer √2, alors que l’écriture décimale ne s’arrête jamais. Dedekind a proposé de repérer ce nombre en séparant les rationnels situés à gauche de cette position de ceux situés à droite. Cette idée de coupure rend les nombres réels constructibles à partir des rationnels. Son travail ne s’arrête pas là : il a aussi organisé l’étude des idéaux, des objets qui décrivent les divisibilités dans certains anneaux, et réfléchi à la construction des nombres naturels.

Définition

Richard Dedekind est un mathématicien allemand dont les travaux ont donné une forme rigoureuse à plusieurs idées centrales de l’arithmétique et de l’analyse. Formé à Göttingen auprès de Gauss, puis enseignant notamment à Brunswick, il a étudié les nombres, les fonctions algébriques et les fondements de l’arithmétique.
Une coupure de Dedekind est une séparation des nombres rationnels en deux parties non vides, telle que tout rationnel de la première partie soit inférieur à tout rationnel de la seconde, la première partie étant fermée vers le bas. Une telle séparation représente un réel : elle peut correspondre à un rationnel, ou à un réel comme √2 qui n’est pas rationnel. La construction fournit ainsi la complétude de la droite réelle, c’est-à-dire l’absence de trou dans cette droite.
En théorie algébrique des nombres, Dedekind a développé la notion d’idéal pour rendre la divisibilité exploitable dans des anneaux où la factorisation en nombres premiers peut se comporter autrement que dans les entiers. Ses recherches sur les fondements des nombres naturels relèvent d’une autre question : comment caractériser précisément cette suite et les opérations qui la structurent. Ces contributions ne se réduisent donc pas à la seule coupure de Dedekind.

Un exemple, pas à pas

Pour visualiser une coupure associée à √2, on considère uniquement des nombres rationnels et l’on place chaque rationnel selon son ordre par rapport à √2. Pour les rationnels non négatifs, le carré permet de comparer à 2. Les données sont les suivantes : 0, 1 et 7/5 appartiennent au côté gauche ; 3/2 et 2 appartiennent au côté droit ; √2 est la frontière représentée, mais √2 n’appartient pas aux rationnels.
Le rationnel 7/5 vérifie (7/5)² = 49/25 = 1,96, donc 7/5 est inférieur à √2.
Le rationnel 3/2 vérifie (3/2)² = 9/4 = 2,25, donc 3/2 est supérieur à √2.
Tous les rationnels négatifs sont du côté gauche ; pour les rationnels non négatifs, ceux dont le carré est inférieur à 2 sont à gauche et ceux dont le carré est supérieur à 2 sont à droite.
Les deux côtés déterminent la même position limite, même si aucun rationnel n’y est égal à √2.
La coupure représente donc le réel √2, et non une décimale tronquée.
Le contrôle est direct : 1,4² = 1,96 < 2 et 1,5² = 2,25 > 2. La frontière est donc comprise entre 1,4 et 1,5 ; elle vaut environ 1,414, sans que cet arrondi remplace la définition par coupure.

En pratique

En analyse, la coupure sert à donner une construction des nombres réels à partir des rationnels. Elle est utile lorsque l’on veut justifier qu’une position limite existe, au lieu de la supposer déjà donnée par une écriture décimale.
En théorie algébrique des nombres, les idéaux servent à suivre les divisibilités et les facteurs dans des anneaux plus riches que les entiers. On les préfère à une simple liste de diviseurs lorsque la factorisation usuelle ne suffit plus à organiser le calcul.
En histoire des mathématiques, le nom de Dedekind désigne donc un parcours scientifique : la coupure est une contribution majeure de ce parcours, mais elle n’en constitue pas la biographie entière.

À ne pas confondre

La fiche « Dedekind Richard » est une biographie scientifique. La « coupure de Dedekind » est une construction précise des nombres réels. Le critère qui les sépare est le sujet de la phrase : si elle raconte le mathématicien, ses domaines et son parcours, elle relève de la biographie ; si elle décrit une partition des rationnels, elle relève de la coupure.
Une coupure ne doit pas non plus être confondue avec un nombre décimal approché. L’écriture 1,414 est une approximation numérique de √2 ; la coupure décrit exactement la frontière entre rationnels selon leur carré.

Limites et pièges

Une coupure ne peut pas être une séparation arbitraire. Les deux parties doivent être non vides, tous les éléments du côté gauche doivent être inférieurs à ceux du côté droit, et le côté gauche doit être fermé vers le bas. Si l’une de ces conditions manque, la séparation ne représente pas une coupure de Dedekind ; il faut d’abord préciser les parties et leur ordre.
Le cas rationnel est parfois masqué par l’exemple de √2. Une coupure peut aussi représenter un rationnel : la frontière est alors atteinte par un rationnel selon la convention retenue pour les deux parties. Il ne faut donc pas identifier coupure et nombre irrationnel.
Enfin, une valeur décimale tronquée ne donne qu’une précision finie. Dans l’exemple, 1,4 < √2 < 1,5, tandis que √2 ≈ 1,414. L’approximation situe la frontière ; elle ne remplace pas la séparation exacte des rationnels.

Pour aller plus loin

La fiche Coupure de Dedekind détaille la construction qui associe une séparation ordonnée des rationnels à un nombre réel ; elle permet de passer du portrait de Dedekind au mécanisme mathématique précis.
La fiche Gauss Carl éclaire la formation de Dedekind à Göttingen et le rôle de son maître dans son parcours scientifique.
Continuez avec Tangente

Explorez les mathématiques autrement

Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.

Découvrir les offres