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Histoire et cultureNotion · Glossaire

Noether Emmy

Emmy Noether (1882-1935) est une mathématicienne allemande majeure de l’algèbre abstraite et de la physique théorique. Son théorème relie les invariances des lois physiques aux lois de conservation, tandis que ses travaux sur les anneaux et les idéaux ont donné naissance à la notion d’anneau noethérien.
Invariance et loi de conservation Une flèche relie l’invariance sous transformation à la loi de conservation dans le sens établi par le théorème. Invariance sous transformation Loi de conservation
Dans son cadre d’application, le théorème de Noether associe à une invariance une loi de conservation.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Distinguer le théorème de Noether de la notion d’anneau noethérien.
  • Relier les dates 1907, 1918, 1921, 1922, 1932, 1933 et 1935 à des étapes précises.
  • Suivre le mécanisme général qui associe invariance et conservation dans le cadre du théorème.
  • Situer les obstacles universitaires et la reconnaissance tardive d’Emmy Noether.

En clair

En 1918, Emmy Noether établit un pont entre deux observations : une loi physique peut rester inchangée sous certaines transformations, et une grandeur peut se conserver. Son théorème affirme le lien entre ces invariances et les lois de conservation.
Son autre héritage majeur se trouve en algèbre abstraite. À partir de 1920, elle étudie les anneaux et les idéaux en privilégiant les structures générales plutôt que les calculs particuliers. Son article de 1921 introduit le cadre qui conduira à parler d’anneaux noethériens.

Définition

Amalie Emmy Noether (1882-1935) est une mathématicienne allemande, souvent tenue pour l’une des figures majeures des mathématiques du XXe siècle. D’abord destinée à enseigner le français et l’anglais, elle choisit les mathématiques à 18 ans. En 1907, elle soutient sous la direction de Paul Gordan une thèse sur les invariants algébriques. L’accès à la carrière universitaire lui étant fermé, elle enseigne occasionnellement et bénévolement, parfois à la place de son père, Max Noether. David Hilbert et Felix Klein la remarquent, mais ne parviennent pas à la faire recruter officiellement à Göttingen.
En 1918, le théorème de Noether établit que toute symétrie continue de l’action, ou du lagrangien, conduit à une loi de conservation lorsque les hypothèses de régularité et les conditions sur les termes de bord sont satisfaites. Einstein qualifie ce résultat de « monument de la pensée mathématique ». Cette implication ne fournit pas à elle seule une réciproque générale : retrouver une symétrie à partir d’une loi de conservation exige des hypothèses supplémentaires. Après la Première Guerre mondiale, Noether obtient son habilitation en 1922, d’abord sans rémunération.
À partir de 1920, elle se consacre à l’algèbre abstraite, notamment aux anneaux et aux idéaux. Son article de 1921, Idealtheorie in Ringbereichen, fait naître le concept d’anneau noethérien. Elle partage généreusement ses idées avec de jeunes chercheurs. En 1932, elle reçoit le prix commémoratif Alfred Ackermann-Teubner et prononce une conférence plénière au Congrès international des mathématiciens de Zurich. Privée de son poste par les lois nazies en 1933, elle enseigne ensuite à Princeton et meurt en 1935 après une opération. Son approche conceptuelle influence notamment Saunders Mac Lane, Bartel van der Waerden et Claude Chevalley.

Un exemple, pas à pas

Prenons un système physique isolé dont le lagrangien ne dépend pas explicitement du temps. On décale continûment l’origine des temps sans modifier la description du système : cette translation du temps est la transformation à étudier, et l’énergie est la grandeur dont on veut établir la conservation.
1. On décrit le système par une action et un lagrangien sans dépendance explicite au temps.
2. On translate continûment l’origine des temps : la même durée est ajoutée à chaque instant.
3. On vérifie que cette translation laisse l’action inchangée et que les hypothèses de régularité et de termes de bord sont satisfaites.
4. Le théorème de Noether associe alors à cette invariance la conservation de l’énergie.
5. On conclut que l’énergie reste constante au cours de l’évolution tant que le système et ces conditions ne changent pas.
Dans ce cas précis, l’invariance par translation du temps conduit donc à la conservation de l’énergie. Le raisonnement n’affirme pas que l’énergie se conserve dans toute situation : il dépend de l’invariance vérifiée et du cadre d’application du théorème.

En pratique

En histoire des mathématiques, on suit son parcours par des jalons précis : la thèse de 1907, le théorème de 1918, l’article d’algèbre de 1921 et l’habilitation de 1922. Cette chronologie évite de réunir sous une même date des travaux distincts.
En physique théorique, le bon repère est le théorème de Noether lorsqu’une question met en regard invariance et conservation. Pour une question sur les anneaux ou les idéaux, il faut plutôt se tourner vers ses recherches d’algèbre abstraite et la publication de 1921.
Pour étudier la place des femmes dans l’université, son parcours rend visibles plusieurs obstacles : enseignement bénévole, recrutement officiel refusé, habilitation tardive et d’abord non rémunérée, puis exclusion en 1933. La reconnaissance de 1932 constitue un autre jalon, sans effacer ces contraintes.

À ne pas confondre

Emmy Noether et Max Noether. Emmy Noether est l’autrice des travaux ici présentés ; Max Noether est son père, qu’elle remplace parfois pour enseigner. Le prénom associé au résultat permet de trancher.
Théorème de Noether et anneau noethérien. Le premier concerne le lien entre invariances et lois de conservation en physique théorique. Le second vient de ses recherches sur les anneaux et les idéaux en algèbre abstraite. La présence d’une conservation ou d’un anneau distingue immédiatement les deux héritages.

Limites et pièges

Une implication dans un cadre précis. L’exemple de la translation du temps donne un premier repère : l’action doit rester inchangée sous cette transformation continue avant que l’on puisse conclure à la conservation de l’énergie. Dans le cadre plus général du théorème, il faut aussi satisfaire des hypothèses de régularité et des conditions sur les termes de bord. Le raccourci « invariance égale conservation » est donc trompeur, et la réciproque n’est pas automatique sans hypothèses supplémentaires.
Deux jalons à ne pas fusionner. La chronologie établit sa reconnaissance internationale en 1932, puis la perte de son poste sous les lois nazies en 1933 et son enseignement ultérieur à Princeton. Elle ne date pas son départ pour les États-Unis : aucune précision supplémentaire ne doit en être déduite.
Une appréciation, pas un classement mesurable. La formule qui la présente comme la plus grande mathématicienne du XXe siècle exprime une reconnaissance historique. Elle ne constitue ni un résultat mathématique ni un palmarès calculable ; ses contributions précises donnent un repère plus vérifiable.
Reconnaissance et statut ne coïncident pas. Le prix et la conférence plénière de 1932 signalent une reconnaissance officielle, mais ne prouvent pas que sa carrière ait été régulière. Son enseignement bénévole puis son habilitation initialement non rémunérée montrent le contraire.

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