Passer au contenu principal
Tangente
AlgèbreObjet mathématique · Glossaire

P-groupe

Un p-groupe est un groupe fini dont l'ordre est une puissance d'un nombre premier p. Pour le reconnaître, comptez ses éléments puis factorisez ce nombre : un seul facteur premier doit apparaître. Ainsi, un groupe de 8 éléments est un 2-groupe car 8 vaut 23.
Chaîne de sous-groupes du groupe cyclique d'ordre 8 Quatre sous-groupes emboîtés d'ordres 8, 4, 2 et 1, reliés par des flèches d'inclusion. C8 — ordre 8 {0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7} Engendré par 2 — ordre 4 {0, 2, 4, 6} Engendré par 4 — ordre 2 {0, 4} Sous-groupe trivial — ordre 1 {0}
Dans le groupe cyclique d'ordre 8, les sous-groupes engendrés par 2 et par 4 forment une chaîne de tailles 8, 4, 2 et 1.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Reconnaître un p-groupe en factorisant son ordre.
  • Distinguer p-groupe, p-sous-groupe et sous-groupe de Sylow.
  • Relier centre non trivial, nilpotence et cas d'ordre p au carré.
  • Vérifier le critère sur le groupe cyclique à huit éléments.

En clair

Prenons huit positions numérotées de 0 à 7 et additionnons leurs numéros en revenant à 0 après 7. Ces huit positions forment un groupe : chaque addition reste dans l'ensemble, 0 ne change rien et chaque position possède une position qui la ramène à 0.
Comme 8 vaut 23, ce groupe est un 2-groupe. La lettre p signale qu'un seul nombre premier, ici 2, suffit à construire le nombre total d'éléments.

Définition

Un p-groupe est un groupe fini dont l'ordre, c'est-à-dire le nombre d'éléments, est une puissance d'un nombre premier. Pour un groupe non trivial, si la lettre p désigne ce nombre premier, il existe un entier strictement positif n tel que G=pn|G|=p^n, où G désigne le groupe. Selon la convention qui autorise l'exposant nul, le groupe trivial d'ordre 1 est aussi regardé comme un p-groupe pour tout nombre premier p.
Dans un groupe fini plus grand, un p-sous-groupe est un sous-groupe qui est lui-même un p-groupe. Un sous-groupe de Sylow est maximal parmi ces p-sous-groupes. Le nombre premier doit rester fixé pendant toute la comparaison.
Tout p-groupe non trivial possède un centre non trivial : au moins un élément autre que l'identité commute avec tous les autres. Sa série centrale descendante finit par atteindre le sous-groupe trivial ; on dit donc que le groupe est nilpotent. Enfin, tout groupe d'ordre p2 est abélien, mais les puissances supérieures peuvent porter plusieurs structures et leur classification devient difficile.

De quoi c'est fait

Quatre données structurent la notion. Le groupe G fournit un ensemble fini et une loi de composition. Son ordre compte les éléments. Le nombre premier p choisit l'unique facteur premier autorisé. L'exposant n indique combien de fois ce facteur intervient dans l'ordre. La loi, et pas seulement le nombre d'éléments, détermine ensuite les sous-groupes, le centre et le caractère abélien.
Dans le groupe cyclique à huit éléments, l'addition modulo 8 relie ces données. Les sous-groupes engendrés par 2 puis par 4 comptent respectivement 4 puis 2 éléments. Ils forment une chaîne emboîtée jusqu'au seul élément 0. Cette chaîne rend visible la diminution par puissances de 2 ; elle ne suffit toutefois pas à classer tous les groupes de même ordre.

Un exemple, pas à pas

Considérons l'ensemble des huit classes de restes 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7, muni de l'addition modulo 8. Les données sont donc un ensemble de 8 éléments, l'addition comme loi et le retour à 0 après 7.
1. La loi est bien interne : par exemple, 5 + 6 donne le reste 3 modulo 8. L'élément neutre est 0 et l'opposé de 3 est 5.
2. L'ordre du groupe est 8. Sa décomposition n'utilise qu'un nombre premier : 8=238=2^3.
3. Le groupe est donc un 2-groupe. Comme l'addition est commutative, son centre contient ses huit éléments.
Le contrôle est refaisable sans connaître la table entière : comptez les huit restes, factorisez 8, puis constatez que l'unique facteur premier obtenu est 2.

En pratique

Pour reconnaître un p-groupe fini, on compte ses éléments puis on factorise cet ordre. Si un seul facteur premier apparaît, la notion s'applique ; si plusieurs apparaissent, il faut chercher plutôt ses p-sous-groupes.
Dans un groupe fini qui n'est pas un p-groupe, on examine les sous-groupes de Sylow pour étudier sa structure p-primaire à travers un p-sous-groupe de cardinal maximal, pour un nombre premier fixé. Le critère est la maximalité : aucun p-sous-groupe strictement plus grand ne doit le contenir.
Pour contrôler une description de groupe, le centre fournit un test rapide. Un p-groupe non trivial annoncé avec un centre réduit à l'identité signale une erreur dans l'ordre, la loi ou le calcul du centre.

À ne pas confondre

Un p-groupe est le groupe entier ; un p-sous-groupe est un sous-groupe d'un groupe ambiant. Dans un groupe d'ordre 6, un sous-groupe d'ordre 2 peut être un 2-sous-groupe sans que le groupe d'ordre 6 soit un 2-groupe.
Un p-sous-groupe n'est pas automatiquement un sous-groupe de Sylow. Le second doit être maximal parmi les p-sous-groupes : s'il est contenu strictement dans un p-sous-groupe plus grand, il n'est pas de Sylow.
Avoir un ordre divisible par p ne suffit pas à faire un p-groupe. L'ordre 12 est divisible par 2, mais il contient aussi le facteur premier 3 ; un groupe d'ordre 12 n'est donc pas un 2-groupe.

Limites et pièges

Le cas d'ordre 1 dépend de la convention sur les puissances. Si l'on autorise p0, le groupe trivial est un p-groupe pour tout nombre premier p. Il faut donc annoncer cette convention lorsqu'elle change le domaine étudié.
Le nombre premier p ne varie pas à l'intérieur d'un même raisonnement. Passer de 2 à 3 change la famille de sous-groupes examinée ; il faut recommencer le test d'ordre avec le nouveau nombre premier.
Un centre non trivial ne signifie pas que tout le groupe est abélien. Le bon test de commutativité consiste à vérifier que le centre coïncide avec le groupe entier, et non qu'il contient seulement un élément autre que l'identité.
L'ordre p2 force le groupe à être abélien, mais cette propriété ne fournit pas une classification générale. Pour des puissances supérieures, il faut étudier la loi, le centre et les sous-groupes au lieu de conclure à partir du seul ordre.

Pour aller plus loin

Le glossaire P-sylow prolonge l'étude vers les p-sous-groupes maximaux d'un groupe fini.
La fiche Centre d'un groupe précise l'ensemble des éléments qui commutent avec tout le groupe et le test associé.
Continuez avec Tangente

Explorez les mathématiques autrement

Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.

Découvrir les offres