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AnalyseNotion · Glossaire

portillon de Dürer

Le portillon de Dürer est un perspectographe : un cadre muni d’une vitre quadrillée et d’un œilleton, placé entre un œil maintenu fixe et la scène à représenter. En conservant cette visée monoculaire, le dessinateur reporte sur une feuille au quadrillage correspondant ce qu’il voit dans chaque carreau afin de construire la perspective. En géométrie idéale, cette construction est une projection centrale exacte ; dans le dispositif réel, le positionnement de l’œil, le quadrillage et le report manuel peuvent en limiter la précision.
portillon de Dürer
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier le cadre, la vitre quadrillée et l'œilleton.
  • Suivre le report d'un motif carreau par carreau.
  • Reconnaître la limite liée à la vision monoculaire.

En clair

Imaginez une vitre quadrillée placée entre votre œil et un objet à dessiner. En regardant par un petit œilleton avec un seul œil, vous voyez la scène découpée en carreaux. Vous pouvez alors reproduire chaque fragment dans le carreau correspondant d'une feuille elle aussi quadrillée.
Ce cadre de visée est le portillon de Dürer, ou fenêtre de Dürer. Il aide le peintre à conserver les positions et les proportions apparentes du motif pendant le report en perspective.

Définition

Le portillon de Dürer est un perspectographe : un instrument qui aide à représenter une scène en perspective. Il est aussi nommé fenêtre de Dürer. Albrecht Dürer le décrit dans son traité Instruction sur la manière de mesurer à l'aide du compas et de l'équerre.
Le dispositif associe un cadre en bois, une vitre quadrillée fixée dans ce cadre et un œilleton. Cet œilleton est une petite tige terminée par un anneau de bois. Le cadre se place devant le motif ; l'observateur ferme un œil et regarde à travers l'anneau. La vitre fournit alors une grille visuelle, tandis qu'une feuille quadrillée reçoit le dessin. Le contenu de chaque carreau visible est reporté dans le carreau correspondant de la feuille.
La position de l'œil est donc une donnée du procédé, et la visée reste monoculaire. En géométrie idéale, un œil fixe et la vitre plane définissent une projection centrale exacte. En pratique, le positionnement de l'œil, le quadrillage et le report manuel peuvent introduire des écarts. Deux siècles après Dürer, Christopher Wren améliore ce perspectographe.

Un exemple, pas à pas

Un peintre veut reporter un motif visible derrière le portillon. Il dispose du cadre muni de sa vitre quadrillée, de l'œilleton et d'une feuille portant un quadrillage correspondant.
1. Il place le cadre entre le motif et son visage.
2. Il ferme un œil et vise à travers l'anneau de bois afin de garder une observation monoculaire.
3. Il choisit un carreau de la vitre et observe la portion du motif qui s'y inscrit.
4. Il reproduit cette portion dans le carreau correspondant de la feuille.
5. Il poursuit carreau par carreau jusqu'à avoir reporté toute la scène visible.
Le contrôle consiste à reprendre la même visée puis à comparer chaque carreau de la vitre avec celui de la feuille. Un fragment placé dans un autre carreau révèle immédiatement une erreur de report.

En pratique

Pour préparer un dessin en perspective, le peintre installe le cadre devant le motif et place la feuille quadrillée à portée de main. Le portillon est utile lorsque la difficulté principale est de reporter fidèlement les positions apparentes.
Pendant le tracé, il garde l'œil devant l'œilleton et avance carreau par carreau. Si des lignes semblent changer de place sur la vitre, il reprend la même position de visée avant de continuer.
Pour contrôler le résultat, il compare localement la vitre et la feuille plutôt que l'ensemble du dessin d'un seul regard. Avec un œil fixe, une vitre plane et un report exact, la construction est une projection centrale exacte. Dans l'usage réel, sa précision dépend du positionnement de l'œil, de la régularité du quadrillage et du soin apporté au report manuel.

À ne pas confondre

La fenêtre de Dürer. Ce n'est pas un second instrument : ce nom est un synonyme de portillon de Dürer. Si le dispositif réunit le cadre, la vitre quadrillée et l'œilleton, les deux appellations désignent le même perspectographe.
Le dessin en perspective. Le dessin est le résultat porté sur la feuille ; le portillon est l'instrument employé pour l'obtenir. Une feuille déjà dessinée ne constitue donc pas, à elle seule, un portillon.

Limites et pièges

Précision du dispositif réel. Avec un œil fixe et un report exact sur un plan, la visée monoculaire produit une perspective centrale exacte. Des écarts peuvent toutefois venir du positionnement de l'œil, de la régularité du quadrillage ou du report manuel.
Œil déplacé pendant le report. Si les fragments du motif semblent glisser d'un carreau à l'autre, la position de visée a changé. L'observateur doit replacer son œil devant l'œilleton avant de poursuivre.
Quadrillage pris pour le dessin. La grille découpe visuellement la scène, mais elle ne reproduit aucun contour par elle-même. Chaque portion observée doit être tracée dans le carreau correspondant de la feuille.

Pour aller plus loin

La fiche perspective conique approfondit la géométrie d'une représentation construite depuis un point de vue.
La notice Dürer Albrecht replace l'inventeur du portillon dans son parcours.
L'article Albrecht Dürer et le dessin technique prolonge l'étude de ses instruments et de sa pratique du dessin.
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