AnalyseObjet mathématique · Glossaire
série dodécaphonique
En musique, une série dodécaphonique est un ordre des douze sons de la gamme chromatique tempérée, chacun apparaissant exactement une fois. Elle sert de matériau générateur à une œuvre en donnant une importance égale aux douze demi-tons plutôt qu’en privilégiant un centre tonal.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Définir la règle d’unicité des douze sons chromatiques.
- Distinguer série, gamme chromatique et technique des douze sons.
- Construire et vérifier les versions originale, rétrograde, inversée et rétrograde-inversée sur un même exemple.
En clair
Imaginez douze cartes, une pour chacun des douze sons chromatiques. On les aligne en décidant qu’aucune carte ne peut revenir avant que les onze autres aient été placées. L’ordre obtenu est une série dodécaphonique.
Cette ligne de douze sons devient un matériau de composition. Le compositeur peut la lire telle quelle, de la fin vers le début, ou en renverser les intervalles. Les douze demi-tons reçoivent ainsi la même place dans le principe de départ.
Définition
Une série dodécaphonique est une suite ordonnée qui contient exactement une fois chacun des douze sons de la gamme chromatique tempérée. Pour représenter ces sons sans choisir de registre, on peut les numéroter de 0 à 11. La condition décisive porte sur les douze positions de la série : les douze numéros doivent tous être différents.
La version originale conserve l’ordre choisi. La version rétrograde le lit en sens inverse. Une version inversée renverse le sens de chaque intervalle. Dans la convention numérique prise autour de 0, le numéro x d’un son devient . La version rétrograde-inversée lit ensuite cette inversion en sens inverse.
Formalisée par Arnold Schoenberg dans les années 1920 sous le nom de technique des douze sons, la série fournit une matrice générative pour l’œuvre. Elle organise les hauteurs sans donner à l’une d’elles le rôle central d’une tonalité et accorde une égale importance aux douze demi-tons.
De quoi c'est fait
La série comporte trois éléments nécessaires. Le réservoir chromatique fournit les douze sons. Les douze positions fixent leur ordre. La règle d’unicité impose que chaque son occupe une seule de ces positions. Pour obtenir une forme dérivée, une transformation indique comment produire une nouvelle lecture de la série originale.
Le réservoir et la règle d’unicité déterminent quels sons doivent apparaître ; les positions déterminent dans quel ordre ils apparaissent. Le rétrograde dépend uniquement de cet ordre, tandis que l’inversion dépend des intervalles entre les sons. Ces données suffisent à construire la version originale, puis ses versions rétrograde, inversée et rétrograde-inversée. Le registre, le rythme ou la couleur instrumentale ne font pas partie de la définition de la série.
Un exemple, pas à pas
Numérotons les douze sons chromatiques de 0 à 11. Prenons comme série originale la suite suivante : 0, 2, 7, 3, 9, 1, 11, 4, 8, 10, 5, 6. Les données sont donc douze positions et les douze numéros, chacun employé une fois.
1. Pour obtenir le rétrograde, lisons la suite de droite à gauche : 6, 5, 10, 8, 4, 11, 1, 9, 3, 7, 2, 0.
2. Pour l’inversion autour de 0, remplaçons chaque nombre x par −x modulo 12. On obtient : 0, 10, 5, 9, 3, 11, 1, 8, 4, 2, 7, 6.
3. Pour le rétrograde-inversé, lisons l’inversion de droite à gauche : 6, 7, 2, 4, 8, 1, 11, 3, 9, 5, 10, 0.
Le contrôle est refaisable sur chaque ligne : les nombres de 0 à 11 apparaissent tous une fois. Le schéma associé aligne les quatre versions et fait ressortir leur sens de lecture.
En pratique
Pour vérifier une série candidate, on numérote ses sons de 0 à 11, puis on compte les occurrences. Elle satisfait la définition si chaque numéro apparaît exactement une fois dans les douze positions. Si un numéro manque ou se répète, il faut corriger l’ordre proposé.
Pour construire un rétrograde, on conserve les mêmes douze sons et on retourne seulement l’ordre. Si l’on veut renverser les intervalles plutôt que le sens de lecture, on choisit l’inversion.
Dans l’analyse d’une œuvre fondée sur la technique des douze sons, on compare une succession observée avec la série originale et ses trois transformations. Le critère utile est l’ordre des sons, non leur rythme ou leur registre.
À ne pas confondre
Série dodécaphonique et technique des douze sons. La série est l’objet ordonné de douze sons ; la technique est le procédé compositionnel qui l’emploie comme matrice générative. Une liste de douze sons relève de la première, tandis que son utilisation à l’échelle d’une œuvre relève de la seconde.
Série et gamme chromatique. La gamme chromatique tempérée fournit les douze sons disponibles ; la série fixe un ordre particulier dans lequel chacun apparaît une fois. Le critère qui tranche est donc la présence d’un ordre choisi, et pas seulement celle des douze sons.
Limites et pièges
La règle vaut à l’intérieur de la série. Elle exige douze positions, avec chacun des douze sons exactement une fois. Elle ne signifie pas qu’un son ne pourra jamais revenir dans l’ensemble de l’œuvre ; il faut contrôler la ligne de douze sons examinée.
Rétrograder n’est pas inverser. Le rétrograde retourne les positions, alors que l’inversion renverse les intervalles. Dans l’exemple, le rétrograde commence par 6, 5, 10, tandis que l’inversion commence par 0, 10, 5 : comparer les suites évite de confondre les opérations.
L’axe de l’inversion doit être annoncé. L’exemple choisit 0 comme référence et applique −x modulo 12. Sans cette convention, l’expression « version inversée » ne suffit pas à reproduire les nombres ; il faut fixer la référence avant le calcul.
L’ordre ne décrit pas toute la musique. Une même série peut être entendue dans des registres, des rythmes ou des couleurs instrumentales différents. Pour reconnaître la structure dodécaphonique, il faut isoler l’ordre des hauteurs au lieu de s’arrêter à leur apparence sonore.
Pour aller plus loin
Une prolongation naturelle consiste à comparer systématiquement les quatre formes d’une même série : originale, rétrograde, inversée et rétrograde-inversée. Leur écriture avec les nombres de 0 à 11 transforme une opération musicale en manipulation d’une permutation : retourner l’ordre, renverser les intervalles, puis combiner ces deux gestes. Cette lecture permet d’étudier précisément ce qui reste identique — les douze sons employés une fois — et ce qui change — leur ordre ou le sens des intervalles.
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