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Ars Conjectandi

L'Ars Conjectandi est un ouvrage majeur de Jacques Bernoulli (1654-1705), publié en 1713, après sa mort, par son neveu Nicolas Bernoulli. Ce traité est considéré comme l'un des textes fondateurs du calcul des probabilités : Bernoulli y expose les principes généraux de cette discipline, y démontre la loi des grands nombres (théorème de Bernoulli) et y aborde les combinaisons et permutations en lien avec le calcul des chances.
Fréquence de face sur cent lancers Une barre partage cent lancers en cinquante-deux faces et quarante-huit piles. Les repères cinquante et cinquante-deux montrent un écart de fréquence de zéro virgule zéro deux. 100 lancers d’une pièce équilibrée 52 faces 48 piles repère théorique : 50 observation : 52 probabilité théorique = 0,50 • fréquence observée = 0,52 écart = 0,02
Sur 100 lancers, le repère théorique est à 50 faces et l'observation à 52 : l'écart de fréquence vaut 0,02.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Situer l'Ars Conjectandi, Jacques Bernoulli et sa publication posthume en 1713.
  • Relier calcul des chances, combinaisons, permutations et loi des grands nombres.
  • Calculer la fréquence de 52 faces sur 100 lancers et son écart de 0,02 à la probabilité théorique.
  • Distinguer une probabilité de modèle d'une fréquence observée sur un échantillon fini.
  • Identifier les hypothèses d'indépendance, de probabilité constante et d'équiprobabilité.

En clair

En 1713, Nicolas Bernoulli publie après la mort de son oncle Jacques Bernoulli un traité consacré au calcul des chances. L'ouvrage rassemble une question concrète : comment raisonner sur ce qui peut arriver sans savoir à l'avance ce qui arrivera ?
Pour un grand nombre de lancers d'une pièce équilibrée, la proportion de faces tend à se rapprocher de 1/2. L'Ars Conjectandi donne une assise mathématique à cette régularité. Il relie aussi le dénombrement des arrangements possibles au calcul de leurs chances.

Définition

L'Ars Conjectandi est un traité de Jacques Bernoulli, publié en 1713 après sa mort par son neveu Nicolas Bernoulli. Il fait partie des textes fondateurs du calcul des probabilités. Son projet associe des principes généraux du calcul des chances, des méthodes de dénombrement et un résultat sur la stabilisation des fréquences. Une permutation distingue les ordres possibles ; une combinaison retient seulement les objets choisis.
Dans une formulation moderne du théorème de Bernoulli, on répète des épreuves indépendantes ayant toutes la même probabilité de succès. La lettre p désigne cette probabilité, n le nombre d'épreuves et Fn la fréquence des succès observés. Pour toute marge positive ε, la probabilité que Fn s'écarte de p de moins de ε tend vers 1 quand n grandit. Le résultat encadre une fréquence sur une longue répétition ; il ne prédit pas chaque épreuve.
limnPr(Fnp<ε)=1\lim_{n \to \infty} \Pr\left(\left|F_n-p\right|<\varepsilon\right)=1

Un exemple, pas à pas

Illustrons le théorème avec 100 lancers indépendants d'une pièce équilibrée. Les données sont : le succès « obtenir face », la probabilité théorique p = 1/2, le nombre de lancers n = 100 et le nombre observé de faces k = 52.
1. La fréquence observée est le nombre de succès divisé par le nombre d'épreuves : F100 = 52/100 = 0,52.
2. L'écart à la probabilité théorique vaut |0,52 − 0,50| = 0,02, soit 2 points de pourcentage. Une barre partagée en 52 faces et 48 piles permet de comparer exactement le résultat observé au repère théorique de 50 faces.
3. Le contrôle du décompte donne 52 + 48 = 100 lancers. La fréquence des piles vaut 48/100 = 0,48 et les deux fréquences totalisent 1.
4. Ce résultat est compatible avec p = 1/2, mais il ne prouve pas à lui seul la loi des grands nombres. Le théorème porte sur la probabilité d'un petit écart lorsque le nombre d'épreuves augmente, pas sur l'égalité obligatoire Fn = p dans tout échantillon fini.

En pratique

Pour lire l'Ars Conjectandi, séparez les trois fils du traité : dénombrer les cas, calculer leurs chances et étudier les fréquences après répétition. Cette lecture évite de prendre la loi des grands nombres pour une simple technique de comptage.
Pour calculer une chance dans un ensemble fini d'issues équiprobables, comptez les cas favorables et les cas possibles. Choisissez les permutations si tous les objets sont rangés et si l'ordre change l'issue ; pour une sélection ordonnée d'une partie des objets, utilisez les arrangements ; choisissez les combinaisons si seul le groupe sélectionné compte.
Pour interpréter une série d'essais, comparez une fréquence observée à la probabilité du modèle et notez le nombre d'épreuves. Si les essais ne sont pas indépendants ou n'ont pas tous la même probabilité de succès, la forme simple du théorème de Bernoulli n'est pas le bon outil.

À ne pas confondre

L'Ars Conjectandi et la loi des grands nombres. Le premier est un ouvrage publié en 1713 ; la seconde est l'un des résultats qu'il démontre. Une demande portant sur le contenu du traité ne se réduit donc pas au seul comportement des fréquences.
Probabilité et fréquence observée. La probabilité p appartient au modèle avant l'expérience ; la fréquence Fn se calcule après n essais. Dans l'exemple, p = 0,50 et F100 = 0,52 : leur proximité ne les rend pas identiques.
Combinaison et permutation. Dans une permutation, échanger deux positions produit un arrangement différent. Dans une combinaison, le même ensemble d'objets reste le même choix quel que soit l'ordre dans lequel ses éléments sont cités.

Limites et pièges

Échantillon fini. Même après 100 lancers, la fréquence n'est pas forcée d'être 0,50. Un écart de 0,02 dans l'exemple n'est ni une preuve du modèle ni une réfutation du théorème. Il faut raisonner sur la probabilité des écarts quand n augmente.
Hypothèses oubliées. La formulation donnée suppose des épreuves indépendantes et une même probabilité p à chaque essai. Si la pièce ou le protocole change en cours de série, le symptôme est une probabilité de succès variable ; il faut alors modéliser cette variation au lieu d'appliquer directement cette formule.
Prochain résultat. Une fréquence proche de 1/2 ne permet pas d'annoncer le prochain lancer. Après 52 faces en 100 essais indépendants d'une pièce équilibrée, la probabilité de face au lancer suivant reste 1/2 ; la loi concerne l'ensemble des fréquences, pas une compensation obligatoire à court terme.
Cas non équiprobables. Le quotient « cas favorables sur cas possibles » ne convient directement que si les issues comptées ont le même poids. Sinon, un simple dénombrement masque le problème ; il faut attribuer et additionner les probabilités correspondant aux issues favorables.

Pour aller plus loin

La première loi des grands nombres — Approfondir le résultat de Bernoulli qui relie répétition d'épreuves et stabilisation probabiliste des fréquences.
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