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Logique et ensemblesNotion · Glossaire

Bicontinue

Une application bicontinue, aussi appelée homéomorphisme, est une bijection continue dont la réciproque est également continue.
Un homéomorphisme de l’intervalle ouvert vers les réels positifs Les points un quart, un demi et trois quarts sont envoyés respectivement sur un tiers, un et trois. f(x) = x / (1 − x) ]0, 1[ 0 1 ]0, +∞[ 0 1/4 ↦ 1/3 1/2 ↦ 1 3/4 ↦ 3
La transformation étire ]0, 1[ vers les réels positifs : 1/4 devient 1/3, 1/2 devient 1 et 3/4 devient 3.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Reconnaître les trois conditions d’une application bicontinue.
  • Vérifier un homéomorphisme explicite entre ]0, 1[ et les réels strictement positifs.
  • Distinguer bicontinuité, bijection continue, isométrie et difféomorphisme.
  • Utiliser la connexité, la compacité et le théorème de Banach à bon escient.

En clair

Imaginez une boucle élastique que l’on déforme en contour presque carré, sans la couper ni recoller deux points. Chaque point de départ garde une unique destination, et le trajet peut être parcouru en sens inverse sans saut.
Une application bicontinue formalise cette déformation réversible. Elle préserve la structure topologique : les formes peuvent changer d’allure, mais pas les propriétés telles que la connexité ou la compacité.

Définition

Soient deux espaces topologiques, notés X et Y. Une application f:XYf:X\to Y est bicontinue lorsqu’elle est bijective, continue, et que son application réciproque f1:YXf^{-1}:Y\to X est continue. Le mot homéomorphisme désigne la même notion. S’il existe une telle application, X et Y sont dits homéomorphes.
La bijectivité signifie qu’à chaque point de X correspond exactement un point de Y et que chaque point de Y possède exactement un antécédent dans X. La continuité de f interdit les ruptures dans le sens de X vers Y. La continuité de la réciproque impose la même exigence dans l’autre sens. Une bijection continue ne suffit donc pas, à elle seule, dans tous les espaces topologiques.
La connexité et la compacité font partie des propriétés invariantes par homéomorphisme. Dans le cadre particulier des espaces de Banach, toute application linéaire bijective et continue est automatiquement bicontinue : le théorème de Banach sur les applications ouvertes garantit alors la continuité de la réciproque.

Un exemple, pas à pas

On considère l’intervalle ouvert X = ]0, 1[, l’ensemble Y des réels strictement positifs, et une variable réelle x appartenant à X. Le schéma associé suit trois points repères et leur image exacte.
L’application f et sa réciproque candidate sont données par :
f(x)=x1x,f1(y)=y1+yf(x)=\frac{x}{1-x},\qquad f^{-1}(y)=\frac{y}{1+y}
1. Pour tout x entre 0 et 1, le dénominateur 1 − x est positif. La valeur f(x) appartient donc à Y.
2. Les points x = 1/4, x = 1/2 et x = 3/4 donnent respectivement f(x) = 1/3, f(x) = 1 et f(x) = 3.
3. Pour tout réel positif y, le nombre y/(1 + y) appartient à ]0, 1[. En composant les deux expressions, on retrouve exactement x dans un sens et y dans l’autre.
4. Les deux expressions rationnelles sont continues sur leurs domaines, car leurs dénominateurs n’y sont jamais nuls. Ainsi, f est une bijection continue de réciproque continue : c’est un homéomorphisme de ]0, 1[ vers Y.

En pratique

Pour comparer deux formes, on cherche un homéomorphisme lorsqu’on veut préserver leur organisation topologique. Si les longueurs doivent aussi rester identiques, une isométrie est le critère plus adapté ; dans un cadre euclidien, elle préserve aussi les angles.
Pour écarter une équivalence, on repère une propriété topologique différente. Un espace compact ne peut pas être homéomorphe à un espace non compact ; ce constat évite de chercher inutilement une formule bijective dans les deux sens.
Entre espaces de Banach, une application linéaire bijective déjà connue comme continue n’exige pas un nouveau calcul de continuité pour son inverse. Le théorème sur les applications ouvertes fournit cette conclusion ; hors de ce cadre, il faut vérifier l’inverse séparément.

À ne pas confondre

Bijection continue. Elle ne devient un homéomorphisme que si sa réciproque est continue. Une application peut donc être continue et bijective sans être bicontinue lorsque le retour ne préserve pas les ouverts.
Isométrie. Une isométrie préserve les distances, tandis qu’un homéomorphisme préserve seulement la structure topologique. La fonction de l’exemple déforme les écarts : 1/4 et 1/2 sont distants de 1/4, mais leurs images 1/3 et 1 sont distantes de 2/3.
Difféomorphisme. Cette notion demande, en plus, un cadre différentiable et des dérivées suffisamment régulières dans les deux sens. Pour une simple question de topologie, la bicontinuité est l’exigence pertinente.

Limites et pièges

La topologie fait partie des données. Une même formule peut être continue pour un choix d’ouverts et ne plus l’être pour un autre. Il faut donc préciser les topologies de départ et d’arrivée avant de conclure.
Une ressemblance visuelle ne prouve rien. L’intervalle fermé [0, 1] est compact, alors que l’intervalle ouvert ]0, 1[ ne l’est pas. Puisque la compacité est invariante par homéomorphisme, ces deux espaces ne sont pas homéomorphes.
La bijectivité se vérifie en entier. L’application qui envoie un réel x sur x2 atteint tous les réels positifs ou nuls, mais x et −x ont la même image. Cette surjection n’est donc pas un homéomorphisme.
Le résultat de Banach a des hypothèses. L’automaticité de la continuité de l’inverse concerne une application linéaire, bijective et continue entre espaces de Banach. Sans complétude des deux espaces, il faut établir cette continuité autrement.

Pour aller plus loin

La fiche Homéomorphisme approfondit le nom donné à une application bicontinue et aide à replacer cette équivalence au cœur de la topologie.
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