GéométrieNotion · Glossaire
concept de temps
Le concept de temps conduit ici à quatre questions : comment ordonner un changement entre un avant et un après, comment en penser ou en mesurer la durée, pourquoi les coordonnées temporelles et la simultanéité dépendent du référentiel tandis que le temps propre est invariant, et comment, pour un système isolé, l’irréversibilité et la croissance de son entropie totale donnent une direction au processus. Les sections suivantes précisent les réponses d’Aristote, Bergson, Kant, Zénon, Newton et Einstein, puis le rôle thermodynamique de l’entropie.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Distinguer le temps-mesure d’Aristote, la forme de la sensibilité de Kant et le temps physique.
- Comparer le temps absolu newtonien au temps relativiste couplé à l’espace.
- Relier la flèche thermodynamique à l’irréversibilité et à la croissance de l’entropie.
En clair
Regardez un changement entre un état avant et un état après. Une horloge permet de repérer leur ordre et de mesurer une durée. Pourtant, ce geste familier ne suffit pas à donner une définition unique du temps.
Pour Aristote, le temps mesure ainsi le mouvement. Newton le suppose identique partout, tandis qu’Einstein le rend relatif à l’observateur et lié à l’espace. La thermodynamique ajoute une direction : lors d’un processus irréversible dans un système isolé, l’entropie totale croît. Le concept de temps rassemble donc plusieurs questions distinctes sur l’ordre, la durée et le changement.
Définition
Le concept de temps désigne plusieurs manières d’ordonner les changements et de penser leur durée. Chez Aristote, le temps est la mesure du mouvement selon l’avant et l’après. Bergson maintient le lien entre durée et mouvement. Zénon, au contraire, met en question le temps et le mouvement continu par ses paradoxes. Ces analyses ne donnent pas une seule chose mesurable : elles interrogent ce qui rend le changement pensable.
Kant déplace encore la question. Le temps est une forme a priori de la sensibilité, donc la condition subjective de toute intuition, et non une propriété des choses en soi. Dans cette perspective, tout change dans le temps, alors que le temps lui-même demeure immuable.
En physique, la mécanique newtonienne suppose un temps absolu, universel et uniforme. Les relativités restreinte et générale d’Einstein remplacent ce cadre par un espace-temps à quatre dimensions : les coordonnées temporelles et la simultanéité dépendent du référentiel, tandis que le temps propre mesuré le long d’une trajectoire est invariant. Enfin, la thermodynamique associe une flèche du temps aux processus irréversibles. Pour un système isolé, si SA et SB désignent son entropie totale avant et après un tel processus, sa croissance s’écrit .
Un exemple, pas à pas
On veut décrire un processus physique irréversible entre un état A et un état B. Les données sont les deux états observés, le changement qui les relie et la croissance de l’entropie entre A et B. Deux observateurs en mouvement relatif repèrent chacun la position spatiale et la coordonnée temporelle de A et de B. Ils décrivent ainsi le même processus depuis deux référentiels.
1. On place A avant B et l’on repère le mouvement ou le changement : c’est la lecture aristotélicienne du temps comme mesure selon l’avant et l’après.
2. Dans le cadre newtonien, on suppose un temps universel et uniforme pour situer A et B.
3. Dans le cadre relativiste, on compare les relevés des deux observateurs. Leurs coordonnées spatiales et temporelles de A et de B peuvent différer selon le référentiel : on ne conclut donc pas à une durée universelle. Le temps propre mesuré le long d’une même trajectoire reste, lui, invariant.
4. Pour orienter le processus, on suppose le système isolé et l’on compare ses entropies totales SA et SB. L’irréversibilité associée à leur croissance donne .
5. On conclut que la flèche thermodynamique va de A vers B.
2. Dans le cadre newtonien, on suppose un temps universel et uniforme pour situer A et B.
3. Dans le cadre relativiste, on compare les relevés des deux observateurs. Leurs coordonnées spatiales et temporelles de A et de B peuvent différer selon le référentiel : on ne conclut donc pas à une durée universelle. Le temps propre mesuré le long d’une même trajectoire reste, lui, invariant.
4. Pour orienter le processus, on suppose le système isolé et l’on compare ses entropies totales SA et SB. L’irréversibilité associée à leur croissance donne .
5. On conclut que la flèche thermodynamique va de A vers B.
Le contrôle consiste à séparer les réponses obtenues. L’ordre avant-après, la durée supposée universelle, la dépendance à l’observateur et la direction entropique ne sont pas quatre noms interchangeables. La figure rend visible le seul dernier point : l’entropie croît de l’état A vers l’état B.
En pratique
Pour ordonner un changement observable, on repère un état avant et un état après. Cette lecture convient lorsque la question porte sur la succession ; elle ne décide pas, à elle seule, si le temps est absolu ou relatif.
Dans un problème de mécanique classique, on emploie le temps newtonien si le cadre suppose une durée universelle et uniforme. Si les effets relativistes doivent être pris en compte, on précise le référentiel des mesures et l’on traite ensemble les coordonnées spatiales et temporelles dans l’espace-temps.
Pour interpréter la direction d’un processus irréversible, on suit la croissance de l’entropie. Ce critère répond à la question de la flèche du temps, non à celle de la nature philosophique du temps.
À ne pas confondre
Temps et mouvement. Aristote relie le temps à la mesure du mouvement selon l’avant et l’après, mais les deux mots ne désignent pas la même chose. Dans le cas conducteur, le passage de A à B est le changement ; son ordre et sa durée relèvent du temps.
Temps et espace-temps. Le temps newtonien est posé comme absolu, universel et uniforme. L’espace-temps relativiste couple au contraire le temps à l’espace et rend le temps relatif à l’observateur. Le fait de devoir préciser l’observateur tranche entre ces cadres.
Durée et flèche du temps. Une durée situe un écart entre A et B ; la flèche thermodynamique en indique une direction liée à l’irréversibilité et à la croissance de l’entropie. Mesurer un intervalle ne suffit donc pas à établir cette direction.
Limites et pièges
Une horloge ne tranche pas toute la question. Elle ordonne des événements et mesure des durées, mais ce résultat ne choisit pas entre le temps comme mesure du mouvement, forme de la sensibilité ou coordonnée de l’espace-temps. Il faut annoncer le cadre étudié.
« Le temps est relatif » demande de préciser ce que l’on compare. Pour comparer des coordonnées temporelles ou des simultanéités, il faut indiquer le référentiel ou l’observateur considéré et situer ensemble les données temporelles et spatiales dans l’espace-temps. Cela ne rend pas le temps propre relatif : il est invariant.
L’entropie n’est pas une horloge. Dans le cas conducteur, le système est isolé et le seuil charnière est la comparaison entre ses entropies totales SB et SA. Leur croissance oriente le processus irréversible ; ce critère ne s’applique pas automatiquement à l’entropie d’un sous-système.
Les paradoxes de Zénon ne sont pas une mesure défectueuse. Ils mettent en question la réalité même du temps et du mouvement continu. Il faut les lire comme une difficulté conceptuelle, et non comme une simple erreur de chronométrage.
Pour aller plus loin
Entropie — Approfondir la grandeur dont la croissance est associée à la flèche thermodynamique du temps.
Relativité restreinte : une paternité oubliée ? — Replacer la transformation relativiste du temps dans son histoire scientifique.
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