Logique et ensemblesThéorème · Glossaire
paradoxe des jumeaux
Dans le modèle idéal de relativité restreinte, deux jumeaux se séparent puis se retrouvent : l’un reste dans un même référentiel inertiel, l’autre effectue un aller-retour à une vitesse inférieure à celle de la lumière. Le voyageur vieillit moins, car les deux trajectoires dans l’espace-temps accumulent des temps propres différents ; son changement de référentiel au demi-tour rompt la symétrie apparente.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Relier l’écart d’âge aux temps propres accumulés sur deux trajectoires différentes.
- Calculer un aller-retour de 16 années-lumière à la vitesse de 0,8c.
- Vérifier les durées de 20 ans sur Terre et de 12 ans pour le voyageur.
- Distinguer le rôle de l’accélération de celui du temps propre cumulé.
- Éviter la confusion entre masse invariante et masse relativiste.
En clair
Deux jumeaux règlent leurs montres ensemble. L’un reste sur Terre ; l’autre effectue un aller-retour spatial à une vitesse proche de celle de la lumière. Lorsqu’ils se retrouvent, leurs montres n’indiquent pas la même durée : le voyageur a moins vieilli.
L’étonnement vient de l’apparente symétrie du mouvement. Pourtant, le voyageur fait demi-tour et change de référentiel inertiel, tandis que le jumeau terrestre suit une autre trajectoire dans l’espace-temps. Les deux parcours ne sont donc pas interchangeables.
Définition
Le paradoxe des jumeaux est une expérience de pensée de relativité restreinte. Deux personnes partent du même événement, suivent des trajectoires différentes dans l’espace-temps, puis se rejoignent. La durée mesurée par l’horloge qui accompagne chacune d’elles s’appelle son temps propre. Entre le départ et les retrouvailles, ces deux temps propres peuvent être différents.
Sur chaque portion où le voyageur avance à vitesse constante, le jumeau terrestre lui attribue une horloge ralentie par le facteur de Lorentz. Dans ce même référentiel terrestre, les distances dans la direction du mouvement sont contractées pour le voyageur. La comparaison n’est cependant pas symétrique sur l’ensemble du trajet : le voyageur doit accélérer au départ, inverser sa vitesse au demi-tour et ralentir au retour. Il change ainsi de référentiel inertiel, contrairement au jumeau supposé immobile dans le modèle idéal.
L’accélération signale donc la dissymétrie, mais le vieillissement se calcule en additionnant le temps propre le long de chaque trajectoire complète. À vitesse constante de valeur v, inférieure à la vitesse de la lumière c, la durée propre du voyageur est plus courte que la durée coordonnée mesurée sur Terre.
Le principe
Si une horloge se déplace à vitesse constante de valeur v par rapport à un référentiel inertiel pendant une durée coordonnée Δt, alors elle mesure une durée propre Δτ. La vitesse de la lumière est notée c et l’on suppose 0 ≤ v < c.
Le facteur de Lorentz γ est supérieur ou égal à 1. Pour un aller-retour composé de plusieurs portions, on calcule la durée propre de chaque portion, puis on les additionne.
Quand l'utiliser
Le calcul élémentaire s’applique dans le cadre de la relativité restreinte : le jumeau terrestre est assimilé à un observateur inertiel, la vitesse de chaque portion du voyage est connue dans son référentiel et elle reste strictement inférieure à c. Le départ et le retour doivent être des événements communs, car deux âges ne se comparent directement que lorsque les horloges sont réunies.
Il faut aussi décrire le demi-tour. Le modèle le traite souvent comme instantané, ou néglige sa durée devant celle des trajets à vitesse constante. Si l’accélération dure assez longtemps pour compter, la formule d’une seule vitesse constante ne suffit plus : il faut additionner les temps propres sur toutes les phases.
Contre-cas : si les deux jumeaux restent ensemble et ont à chaque instant la même trajectoire, aucune dissymétrie de parcours n’existe. Leurs horloges idéales accumulent alors le même temps propre.
Un exemple, pas à pas
Un jumeau voyage vers une destination située à 8 années-lumière de la Terre dans le référentiel terrestre, puis revient. Sur chaque trajet, sa vitesse vaut 0,8c. Le demi-tour est supposé instantané. Les données sont donc : une distance aller de 8 années-lumière, une vitesse de 0,8c et deux trajets identiques.
1. Dans le référentiel terrestre, l’aller dure 8 / 0,8 = 10 ans. L’aller-retour dure donc Δt = 2 × 10 = 20 ans.
2. Le facteur de Lorentz vaut .
3. Le voyageur mesure Δτ = 20 / (5/3) = 12 ans. Le diagramme d’espace-temps représente les mêmes événements : départ, demi-tour après 10 ans terrestres, puis retrouvailles après 20 ans terrestres.
4. Le jumeau resté sur Terre a vieilli de 20 ans et le voyageur de 12 ans, soit un écart de 8 ans. Contrôle refaisable : chaque branche dure 10 ans sur Terre et 10 × 0,6 = 6 ans pour le voyageur ; deux branches donnent bien 12 ans.
En pratique
Dans un exercice d’aller-retour relativiste, on commence par choisir un référentiel unique pour les distances et les vitesses. On calcule ensuite la durée coordonnée de chaque branche, puis le temps propre du voyageur.
Lorsque la vitesse change, on découpe le voyage en portions. Une formule à vitesse constante convient à chaque portion uniforme ; si l’accélération occupe une phase non négligeable, il faut employer un calcul de temps propre qui suit la vitesse variable.
Pour vérifier le résultat, on contrôle trois points observables : les deux horloges partent ensemble, se retrouvent au même événement final et chaque durée est attachée à une trajectoire complète. Comparer des lectures faites à distance ne remplace pas cette réunion.
À ne pas confondre
Avec l’effet Doppler relativiste. L’effet Doppler concerne la fréquence des signaux reçus pendant l’éloignement ou le rapprochement. Le paradoxe des jumeaux compare les temps propres lus lorsque les deux horloges se retrouvent ; le cas décisif est donc la réunion, pas la cadence apparente des signaux.
Avec une contradiction logique. Le mot « paradoxe » désigne ici un résultat contraire à l’intuition, non deux conclusions incompatibles de la théorie. Dès que l’on compare les trajectoires complètes, le voyageur change de référentiel inertiel au demi-tour et la symétrie supposée disparaît.
Limites et pièges
Demi-tour instantané. Cette idéalisation impose un changement de vitesse immédiat. Si la phase d’accélération dure, son temps propre doit être ajouté ; on ne conserve pas mécaniquement le résultat du modèle instantané.
Accélération prise pour la cause unique. Le symptôme est un calcul qui ne considère que l’instant du demi-tour. L’accélération révèle le changement de trajectoire, mais l’écart final dépend du temps propre cumulé sur tout le voyage.
Vitesse égale à celle de la lumière. À v = c, le facteur γ de l’énoncé n’est plus fini : le modèle d’un jumeau matériel voyageant à cette vitesse ne s’applique pas. Il faut conserver v strictement inférieure à c.
« La masse croît ». Cette formulation historique parle de masse relativiste. Dans l’usage moderne, la masse invariante du voyageur ne change pas avec sa vitesse ; ce sont son énergie et sa quantité de mouvement qui augmentent dans le référentiel terrestre.
Pour aller plus loin
Le rôle de la constante c devient plus net en étudiant la vitesse de la lumière. Cette fiche précise pourquoi elle constitue la vitesse limite qui intervient dans le facteur de Lorentz.
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