AnalyseNotion · Glossaire
Convergence géométrique
La convergence géométrique décrit une suite qui tend vers une limite ℓ et dont, à partir d'un certain rang, la valeur absolue de l'erreur en = xn − ℓ est au plus multipliée par un facteur constant q strictement compris entre 0 et 1. Autrement dit, l'erreur suivante vaut au plus q fois l'erreur courante. En analyse numérique, on parle aussi de convergence linéaire, selon les conventions.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Relier la réduction d'une erreur à un facteur strictement inférieur à 1.
- Calculer cinq itérations vers 10 et vérifier que les erreurs 8, 4, 2, 1, 0,5 et 0,25 sont divisées par deux.
- Distinguer vitesse géométrique, suite géométrique et série géométrique.
- Comparer la décroissance géométrique aux convergences en 1/n et quadratique.
- Repérer les pièges du facteur égal à 1, des observations seulement initiales et de l'erreur nulle.
En clair
Une estimation vise 10, mais commence à 2. Il lui manque 8. Si chaque nouvelle étape divise ce manque par deux, les valeurs deviennent 6, puis 8, puis 9 : les erreurs valent successivement 4, 2 et 1. La cible n'est pas atteinte d'un coup, mais la distance qui en sépare diminue toujours dans la même proportion.
Cette réduction régulière de l'erreur est l'idée de la convergence géométrique. Ici, chaque étape conserve la moitié de l'erreur précédente : le facteur vaut 1/2.
Définition
Soit une suite d'approximations xn qui tend vers une limite ℓ. L'erreur à l'étape n est le nombre en = xn − ℓ. On parle de convergence géométrique lorsqu'il existe un facteur q strictement compris entre 0 et 1 tel que, au moins à partir d'un certain rang, . En répétant cette inégalité, l'erreur est majorée par pour tout indice n supérieur ou égal au rang N choisi.
Si la limite visée est 0, on peut prendre en = an. Le critère devient alors |an+1| ≤ q|an|. Une suite géométrique de raison r, avec |r| < 1, en fournit le modèle exact : la valeur absolue de chaque terme est multipliée par |r|. Le signe peut alterner lorsque r est négatif, sans changer la décroissance de l'erreur absolue.
En analyse numérique, on rencontre aussi le nom de convergence linéaire. Les conventions varient : certaines réservent ce nom au cas où le quotient |en+1|/|en| tend vers une constante comprise entre 0 et 1, et parlent de majoration géométrique pour la seule inégalité. Dans les deux lectures, qn décroît plus vite que 1/n. Une convergence quadratique, où l'erreur suivante est contrôlée par le carré de l'erreur courante, devient encore plus rapide lorsque l'erreur est assez petite.
Un exemple, pas à pas
Approchons la cible ℓ = 10 par la règle xn+1 = (xn + 10)/2. Les données sont la valeur initiale x0 = 2, la cible 10 et l'erreur en = xn − 10. Nous calculerons cinq nouvelles valeurs.
1. La première étape donne x1 = (2 + 10)/2 = 6. L'erreur absolue passe de |2 − 10| = 8 à |6 − 10| = 4.
2. Les étapes suivantes donnent x2 = 8, x3 = 9, x4 = 9,5 et x5 = 9,75. Les erreurs absolues correspondantes sont 2, 1, 0,5 et 0,25. La figure montre cette réduction régulière.
3. Pour tout indice n, la règle de calcul donne . Le facteur q vaut donc exactement 1/2.
4. Après cinq étapes, la formule |e5| = 8 × (1/2)5 donne 8/32 = 0,25. La valeur calculée, 9,75, se trouve bien à 0,25 de la cible 10.
Le contrôle est refaisable à chaque ligne : 4/8 = 2/4 = 1/2, puis 0,5/1 = 0,25/0,5 = 1/2. Le même quotient confirme la convergence géométrique.
En pratique
Dans une itération de point fixe, on compare les valeurs absolues de deux erreurs successives lorsqu'une valeur de référence est connue. Si le quotient |en+1|/|en| reste nettement inférieur à 1, un modèle géométrique aide à estimer le nombre d'étapes encore nécessaire. Si ce quotient se rapproche de 1, cette estimation devient trop optimiste.
Pour fixer un arrêt de calcul, une majoration |en| ≤ Cqn transforme une tolérance en nombre d'itérations. Dans l'exemple, chaque étape gagne un facteur 2 sur l'erreur : passer de 8 à moins de 0,5 demande cinq étapes, car l'erreur vaut alors 0,25.
Pour comparer deux algorithmes, le facteur asymptotique le plus petit indique généralement la réduction la plus forte par étape. Ce critère ne suffit pas si les étapes n'ont pas le même coût ; il faut alors confronter aussi le temps de calcul ou le nombre d'opérations.
À ne pas confondre
Suite géométrique. Ses termes vérifient an+1 = ran. Une convergence géométrique décrit plutôt la vitesse à laquelle une erreur décroît. Dans l'exemple, la suite xn n'est pas géométrique, mais ses erreurs en le sont.
Série géométrique convergente. Elle concerne la limite des sommes 1 + r + ⋯ + rn, pas la vitesse d'une approximation. Avec r = 1/2, la série converge vers 2, tandis que les restes ou les erreurs peuvent décroître géométriquement.
Convergence quadratique. Une relation du type |en+1| ≤ C|en|2 dépend du carré de l'erreur, et non d'un facteur fixe. Pour une petite erreur, 0,01 devient de l'ordre de 0,0001, au lieu de 0,005 avec un facteur 1/2.
Limites et pièges
Facteur égal ou supérieur à 1. La borne |en+1| ≤ q|en| n'impose plus de diminution géométrique lorsque q = 1, et autorise même une croissance lorsque q > 1. Il faut établir un facteur strictement inférieur à 1.
Inégalité vérifiée seulement au début. Quelques quotients égaux à 1/2 ne prouvent pas une propriété valable pour toute la suite. Il faut justifier l'inégalité à partir d'un rang, comme le fait l'identité en+1 = en/2 dans l'exemple.
Erreur nulle. Si une étape atteint exactement la limite, les quotients suivants peuvent devenir 0/0 et ne sont plus définis. La convergence est pourtant acquise si les valeurs restent ensuite égales à la limite ; on utilise l'inégalité plutôt qu'un quotient.
Oscillations de signe. Un facteur négatif peut faire passer les valeurs de part et d'autre de la limite. Le contrôle porte sur |en| : si cette valeur absolue est multipliée par un nombre inférieur à 1, l'oscillation n'empêche pas la convergence.
Pour aller plus loin
La fiche Vitesse de convergence situe le facteur géométrique parmi les critères qui comparent le comportement asymptotique des suites.
Le théorème du point fixe montre pourquoi une application contractante produit une erreur dominée par une progression géométrique.
La fiche suite géométrique détaille le modèle exact dans lequel chaque terme s'obtient en multipliant le précédent par une raison constante.
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