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AlgèbreObjet mathématique · Glossaire

Corps cyclotomique

Un corps cyclotomique se construit à partir des nombres rationnels ℚ en leur ajoutant une racine primitive n-ième de l’unité, c’est-à-dire un nombre dont les puissances reviennent à 1 pour la première fois à l’exposant n. On le note ℚ(ζₙ), et son degré sur ℚ vaut φ(n), l’indicatrice d’Euler.
Racines cinquièmes de l’unité Cinq points sur le cercle unité. Les quatre racines primitives sont rouges et la racine 1, non primitive, est noire. ordre 5 4 racines primitives 1 · non primitive
Pour l’ordre 5, les quatre sommets rouges sont primitifs ; le point 1 est une racine cinquième, mais son ordre vaut 1.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Construire ℚ(ζₙ) à partir d’une racine primitive de l’unité.
  • Relier le polynôme cyclotomique, l’indicatrice d’Euler et le degré de l’extension.
  • Vérifier le mécanisme sur l’exemple d’ordre 5.
  • Éviter de confondre racine de l’unité, racine primitive, polynôme et corps.

En clair

Sur le cercle unité, cinq points régulièrement espacés donnent les solutions de l’équation « un nombre élevé à la puissance 5 vaut 1 ». L’un d’eux est 1 ; les quatre autres font parcourir tout le pentagone quand on les multiplie plusieurs fois par eux-mêmes.
Les nombres rationnels ne contiennent pas ces quatre points. En ajoutant l’un d’eux et toutes les opérations de corps qui en découlent, on obtient un corps cyclotomique. Pour cinq points, l’espace ainsi créé a quatre dimensions lorsqu’on le regarde depuis les rationnels.

Définition

Soit n un entier positif. Une racine n-ième de l’unité est un nombre complexe dont la puissance n-ième vaut 1. Elle est dite primitive lorsque n est le plus petit exposant positif qui donne 1. Si ζn est une telle racine primitive, le corps cyclotomique d’indice n est le plus petit corps contenant à la fois les nombres rationnels, notés ℚ, et ζn. On le note ℚ(ζn).
Le polynôme cyclotomique d’indice n, noté Φn, a précisément pour racines les racines n-ièmes primitives de l’unité. Son degré est le nombre d’entiers compris entre 1 et n qui sont premiers avec n. Ce nombre est la valeur φ(n) de l’indicatrice d’Euler. Par conséquent : [Q(ζn):Q]=deg(Φn)=φ(n)[\mathbb{Q}(\zeta_n):\mathbb{Q}]=\deg(\Phi_n)=\varphi(n).
Choisir une autre racine primitive du même ordre ne change pas le corps obtenu : elle est une puissance de ζn d’exposant premier avec n. La construction dépend donc de l’ordre n, et non du point primitif particulier choisi sur le cercle.

De quoi c'est fait

La construction repose sur quatre éléments. L’entier positif n fixe l’ordre des racines étudiées. Le corps ℚ fournit les coefficients rationnels de départ. Une racine primitive ζn apporte le nouveau nombre, et le polynôme Φn décrit exactement toutes les racines primitives de cet ordre.
L’ordre n détermine à la fois Φn et le nombre φ(n) de racines primitives. Le polynôme relie ensuite ζn aux rationnels, tandis que son degré donne la dimension de ℚ(ζn) comme espace vectoriel sur ℚ. Ces données suffisent à construire chaque élément sous forme de combinaison rationnelle de 1, ζn, puis de puissances successives jusqu’à l’exposant φ(n) − 1. La position dessinée d’une racine sur le cercle aide à voir la construction, mais ne constitue pas une donnée supplémentaire du corps.

Un exemple, pas à pas

Prenons l’ordre n = 5. Les données sont l’entier 5, le corps de départ ℚ et une racine primitive ζ telle que ζ5 = 1, avec ζ ≠ 1. La figure matérialise les cinq puissances successives de ζ sur le cercle unité.
1. Parmi les entiers 1, 2, 3 et 4, tous sont premiers avec 5. L’indicatrice d’Euler vaut donc φ(5) = 4.
2. Les quatre racines primitives sont ζ, ζ2, ζ3 et ζ4. Le point 1 = ζ5 est bien une racine cinquième, mais il n’est pas primitif.
3. Leur polynôme commun est : Φ5(X)=X4+X3+X2+X+1\Phi_5(X)=X^4+X^3+X^2+X+1. En effet, multiplier ce polynôme par X − 1 redonne X5 − 1.
4. Le corps ℚ(ζ) a donc le degré 4 sur ℚ. Chaque élément s’écrit de manière unique sous la forme a+bζ+cζ2+dζ3a+b\zeta+c\zeta^2+d\zeta^3, où a, b, c et d sont rationnels.
Le contrôle est double : le polynôme Φ5 a bien quatre racines, et le décompte des entiers premiers avec 5 donne aussi quatre. Les deux calculs confirment le degré annoncé.

En pratique

En théorie algébrique des nombres, on introduit un corps cyclotomique lorsqu’une question fait intervenir des racines de l’unité. Au lieu de rester dans ℚ, où ces racines manquent, on travaille dans ℚ(ζn), qui les contient avec leurs opérations algébriques.
Pour suivre les symétries des racines, on observe les remplacements de ζn par ses puissances primitives. Cette organisation est celle qu’exploite la théorie de Galois ; un simple calcul dans ℚ suffit seulement lorsque aucune racine non rationnelle n’intervient.
Les corps cyclotomiques servent aussi de cadre aux lois de réciprocité, aux liens avec les formes quadratiques et à l’étude du problème de Fermat. Le geste commun consiste à transformer une question arithmétique sur les entiers en une question de factorisation dans un corps de nombres adapté.

À ne pas confondre

Racine n-ième et racine primitive. Une racine n-ième vérifie zn = 1 ; elle est primitive seulement si aucun exposant positif plus petit ne donne 1. Pour n = 5, le nombre 1 est une racine cinquième, mais son ordre vaut 1 : il n’engendre pas le pentagone.
Polynôme et corps cyclotomiques. Φn est un polynôme à coefficients entiers dont les zéros sont les racines primitives. ℚ(ζn) est un corps de nombres obtenu en adjoignant l’un de ces zéros. Pour n = 5, le premier est donné par une expression de degré 4 ; le second contient toutes les combinaisons rationnelles des puissances de ζ.

Limites et pièges

Le degré n’est généralement pas n. Le symptôme du piège est de compter toutes les racines n-ièmes au lieu des seules racines primitives. Il faut calculer φ(n). Pour n = 5, cinq points apparaissent sur le cercle, mais le corps a le degré 4.
Les petits ordres peuvent ne rien ajouter. Pour n = 1, la racine primitive est 1 ; pour n = 2, elle est −1. Ces deux nombres appartiennent déjà à ℚ, et φ(1) = φ(2) = 1. Il faut donc vérifier le degré avant de conclure que l’extension agrandit le corps de départ.
Le choix d’une racine primitive n’est pas un choix de corps. Deux dessins peuvent marquer des sommets différents et sembler produire deux objets. Pour un même n, les racines primitives sont des puissances les unes des autres et engendrent le même corps ; il faut comparer leur ordre, pas leur position graphique.

Pour aller plus loin

La fiche Racine n-ième de l'unité détaille les points du cercle dont les puissances reviennent à 1, avant de distinguer ceux qui sont primitifs.
La fiche Cyclotomique (polynôme) approfondit le polynôme minimal qui relie une racine primitive aux coefficients rationnels.
La fiche théorème de Fermat prolonge le lien arithmétique signalé par la définition source et situe le problème auquel les corps cyclotomiques sont liés.
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