AlgèbreObjet mathématique · Glossaire
corps pythagoricien
Un corps commutatif K est dit pythagoricien si, pour tous x et y de K, il existe z de K tel que z² = x² + y². Cette propriété exprime la clôture du corps par rapport à la relation d’hypoténuse du théorème de Pythagore : la somme de deux carrés dans K admet encore une racine carrée dans K.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Définir la condition z² = x² + y² dans un corps commutatif.
- Vérifier la propriété sur l’exemple 3–4–5.
- Distinguer un corps pythagoricien d’un corps ordonné euclidien et repérer les limites d’existence et d’unicité.
En clair
Imaginez un triangle rectangle dont les deux côtés perpendiculaires mesurent 3 et 4. Son hypoténuse mesure 5, car 5² = 3² + 4². Un corps pythagoricien est un ensemble de nombres où cette recherche d’une hypoténuse reste toujours possible, lorsque les deux longueurs choisies appartiennent à cet ensemble.
La notion ne parle donc pas seulement d’un triangle dessiné. Elle affirme qu’après avoir additionné les carrés de deux éléments du corps, on trouve encore dans ce corps une racine carrée de cette somme. Les nombres constructibles à la règle et au compas fournissent un exemple naturel.
Définition
Un corps pythagoricien est un corps commutatif K dans lequel, pour deux éléments quelconques x et y, la somme de leurs carrés possède une racine carrée dans K. Autrement dit, il existe z appartenant à K tel que
Les éléments x et y peuvent être vus comme les longueurs des deux côtés perpendiculaires d’un triangle rectangle défini sur K, tandis que z en représente une longueur d’hypoténuse. La propriété est une clôture : l’opération qui forme cette longueur ne fait pas sortir de K. Les nombres constructibles à la règle et au compas constituent le plus petit corps euclidien contenu dans ℝ, et ils sont stables par extraction de racine carrée pour les éléments positifs ou nuls. Un corps ordonné euclidien, où tout élément positif admet une racine carrée, est pythagoricien. La réciproque est fausse : le plus petit corps pythagoricien ordonné n’est pas euclidien.
De quoi c'est fait
La structure repose d’abord sur un corps commutatif K : ses éléments peuvent être additionnés, multipliés et divisés par un élément non nul, avec les règles usuelles de calcul. Deux éléments x et y jouent le rôle des côtés perpendiculaires. Leurs carrés x² et y² sont additionnés, puis un élément z de K doit satisfaire z² = x² + y². Cette dernière relation définit la longueur d’hypoténuse recherchée.
Les trois rôles sont liés : le choix de x et y détermine la somme des carrés, et cette somme détermine la condition que z doit remplir. La propriété porte sur l’existence d’au moins un z, pas sur son unicité, car z et −z ont le même carré. Le dessin d’un triangle ou son orientation n’appartient pas à la définition ; seules les opérations et l’appartenance à K comptent. Ces données suffisent à vérifier la clôture pythagoricienne d’un corps.
Un exemple, pas à pas
Considérons dans un corps contenant les entiers les deux éléments x = 3 et y = 4. Ils peuvent représenter les côtés perpendiculaires d’un triangle rectangle. On cherche un élément z dont le carré soit la somme des carrés de ces deux valeurs.
Les données sont x = 3, y = 4, x² = 9 et y² = 16.
La somme des carrés vaut 9 + 16 = 25.
La valeur z = 5 vérifie 5² = 25.
La relation devient donc 5² = 3² + 4², et le contrôle est exact.
La somme des carrés vaut 9 + 16 = 25.
La valeur z = 5 vérifie 5² = 25.
La relation devient donc 5² = 3² + 4², et le contrôle est exact.
Le résultat z = 5 appartient au même corps que 3 et 4 dans cet exemple. Ce calcul illustre le mécanisme demandé : pour les deux éléments choisis, une racine carrée de la somme reste disponible. Le signe −5 fournit aussi une solution, puisque (−5)² = 25.
En pratique
Pour tester un cas concret, choisissez deux éléments x et y du corps, calculez leurs carrés puis leur somme, et vérifiez qu’une racine carrée de cette somme appartient encore au corps. Le critère porte sur l’existence, non sur une méthode particulière pour trouver cette racine.
En géométrie constructive, cette propriété accompagne le calcul d’une hypoténuse à partir de deux longueurs perpendiculaires. Les nombres constructibles sont alors le cadre adapté lorsque les longueurs doivent rester réalisables à la règle et au compas.
En algèbre, il faut conserver le corps comme cadre de calcul. Si une racine carrée sort du sous-ensemble étudié, le bon réflexe est de vérifier un corps plus grand contenant cette racine, plutôt que de déclarer le corps initial pythagoricien.
À ne pas confondre
Un corps pythagoricien ne se confond pas avec un corps ordonné euclidien. Le second exige une racine carrée dans le corps pour tout élément positif, alors que le premier ne demande cette existence que pour les sommes de deux carrés. Tout corps ordonné euclidien est donc pythagoricien, mais la réciproque est fausse.
Il ne faut pas non plus confondre la propriété du corps avec l’existence d’un triangle particulier. Le triangle de côtés 3, 4 et 5 illustre une vérification, tandis que la définition exige le même type d’existence pour chaque paire d’éléments du corps.
Limites et pièges
Le cas x = y = 0 est dégénéré, mais il est bien couvert : z = 0 vérifie z² = x² + y². Il ne faut pas exclure ce cas, car la définition porte sur tous les éléments du corps.
La propriété ne garantit pas une racine carrée pour chaque élément positif. Elle garantit seulement une racine carrée pour chaque somme de deux carrés. C’est précisément le piège qui rend fausse la réciproque entre corps pythagoricien et corps ordonné euclidien.
Enfin, l’élément z n’est pas nécessairement unique : si z convient, −z convient également. Le critère correct est donc l’existence d’au moins une solution dans K, sans imposer un choix positif qui supposerait déjà un ordre sur le corps.
Pour aller plus loin
Le lien avec les nombres constructibles ouvre vers une lecture géométrique de l’algèbre : construire des longueurs à la règle et au compas revient notamment à adjoindre des racines carrées. Le plus petit corps euclidien contenu dans ℝ rassemble ainsi un cadre algébrique et les longueurs issues de ces constructions ; il est en particulier pythagoricien.
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