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AnalyseReprésentation graphique · Glossaire

courbe de Laffer

La courbe de Laffer est une représentation graphique théorique illustrant la relation entre le taux de prélèvement fiscal et le montant total des recettes fiscales perçues par l'État. Proposée en 1974 par l'économiste américain Arthur Laffer, elle postule qu'il existe un taux d'imposition optimal au-delà duquel une augmentation du taux entraîne une diminution des recettes fiscales, parce que les agents économiques réduisent leur activité ou cherchent à échapper à l'impôt. Elle est souvent résumée par la formule « trop d'impôts tue l'impôt ». Mathématiquement, la courbe est représentée par une fonction f : [0, 100] → [0, +∞[ vérifiant f(0) = 0 et f(100) = 0, avec un maximum en un taux intermédiaire. La forme précise de cette courbe, ainsi que la localisation du taux optimal, font l'objet de débats économiques importants.
Modèle parabolique fictif de courbe de Laffer La recette part de zéro, atteint 250 millions d’euros pour un taux de 50 %, puis revient à zéro. Les taux de 40 % et 60 % donnent 240 millions d’euros. 0 % 40 % 50 % 60 % 100 % 0 240 250 Taux d’imposition Recettes fiscales (M€) maximum : 50 %, 250 M€ modèle fictif
Dans ce modèle fictif, le sommet vaut 250 M€ à 50 %, et les taux de 40 % et 60 % donnent chacun 240 M€.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Lire le taux sur l’axe horizontal et la recette fiscale sur l’axe vertical.
  • Calculer trois recettes dans un modèle fictif et contrôler sa symétrie.
  • Distinguer le maximum théorique d’une estimation empirique et d’un objectif de bien-être.

En clair

Imaginez un curseur qui règle le taux d’imposition. À 0 %, l’État ne prélève rien et ne reçoit donc aucune recette fiscale. À 100 %, le modèle théorique suppose encore une recette nulle, car toute activité imposable disparaîtrait ou échapperait à l’impôt. Entre les deux, les recettes commencent par augmenter, atteignent un sommet, puis diminuent. Cette forme en bosse est la courbe de Laffer. Elle illustre l’idée résumée par « trop d’impôts tue l’impôt », sans indiquer à elle seule où se trouve le sommet dans une économie réelle.

Définition

La courbe de Laffer est la représentation d’une fonction qui associe à chaque taux de prélèvement fiscal le total des recettes fiscales perçues par l’État. Elle a été proposée en 1974 par l’économiste américain Arthur Laffer. Son domaine est l’intervalle des taux compris entre 0 % et 100 %, et ses valeurs sont des montants positifs ou nuls.
Ici, le taux, noté p, est sa valeur en pourcentage comprise entre 0 et 100. Si les recettes sont notées F(p), les deux extrémités postulées sont F(0)=0etF(100)=0F(0)=0 \quad \text{et} \quad F(100)=0. Dans la représentation usuelle, on suppose en outre que la fonction atteint un maximum unique pour un taux intermédiaire, souvent appelé taux optimal parce qu’il maximise les recettes dans le modèle. On suppose aussi qu’avant ce maximum, une hausse du taux accroît les recettes et qu’au-delà, elle les réduit. La baisse supposée vient d’une diminution de l’activité déclarée ou de comportements visant à échapper à l’impôt.
Ces propriétés ne déterminent ni la forme exacte de la courbe ni la valeur du taux optimal. Ces deux points sont débattus et doivent être estimés à partir d’hypothèses et de données économiques ; le dessin en cloche reste une représentation théorique.

Où on le rencontre

On rencontre la courbe de Laffer dans un graphique de fiscalité ou dans une discussion de politique économique. L’axe horizontal porte un taux de prélèvement allant de 0 % à 100 %. L’axe vertical porte un montant de recettes fiscales. La courbe part de zéro, monte vers un sommet situé entre les deux extrémités, puis revient à zéro. Une verticale passant par le sommet indique parfois le taux qui maximise les recettes dans le modèle. Le graphique encode donc une relation supposée entre un taux et un total perçu, et non l’évolution de l’impôt au fil du temps.

Le mode d'emploi

La grandeur à lire est la recette fiscale associée à un taux donné. Le taux se lit horizontalement, de 0 % à 100 %, tandis que la recette totale se lit verticalement dans l’unité annoncée.
1. Choisissez un taux sur l’axe horizontal. 2. Montez jusqu’à la courbe. 3. Reportez ce point sur l’axe vertical pour lire la recette. 4. Comparez sa position au sommet pour savoir si le modèle se trouve sur sa branche montante ou descendante.
Dans le modèle fictif utilisé ici, le sommet est fixé à 50 % et 250 millions d’euros. Des taux de 40 % et 60 % donnent tous deux 240 millions d’euros : une même recette peut donc correspondre à deux taux. La figure matérialise cette symétrie propre au modèle choisi.
Une courbe dessinée en cloche peut faire croire que son sommet est connu avec précision. Le tracé ne constitue pourtant pas une mesure empirique : il faut vérifier la fonction retenue, les unités et les données avant d’interpréter le taux du sommet.

Un exemple, pas à pas

Considérons un modèle fictif, choisi uniquement pour effectuer les calculs. Il s’agit d’un reparamétrage décimal de la fonction précédente : le taux d’imposition t est écrit entre 0 et 1, après division du pourcentage p par 100. La recette R(t) est mesurée en millions d’euros. Le coefficient du modèle vaut 1 000 millions d’euros. La fonction retenue est R(t)=1000t(1t)R(t)=1000t(1-t).
1. Pour un taux de 40 %, on remplace t par 0,4 : R(0,4)=1000×0,4×0,6=240R(0{,}4)=1000 \times 0{,}4 \times 0{,}6=240. La recette vaut 240 millions d’euros.
2. Pour un taux de 50 %, R(0,5)=1000×0,5×0,5=250R(0{,}5)=1000 \times 0{,}5 \times 0{,}5=250. Le sommet du modèle donne donc 250 millions d’euros.
3. Pour un taux de 60 %, R(0,6)=1000×0,6×0,4=240R(0{,}6)=1000 \times 0{,}6 \times 0{,}4=240. Le contrôle consiste à comparer 40 % et 60 % : les facteurs 0,4 et 0,6 sont simplement inversés, donc leur produit reste 0,24. Ce résultat vérifie la symétrie du modèle, mais ne prouve pas qu’une économie réelle possède la même courbe.

En pratique

Dans un débat fiscal, la courbe sert à séparer deux questions : le taux augmente-t-il, et la recette totale augmente-t-elle aussi ? Il faut regarder les deux grandeurs au lieu de déduire automatiquement la seconde de la première.
Pour comparer deux scénarios d’un même modèle, on calcule la recette à chaque taux et on situe les résultats de part et d’autre du maximum. Si la forme de la fonction n’est pas donnée, un simple dessin ne suffit pas ; des données observées ou un modèle explicite sont nécessaires.
Face à l’affirmation « une baisse d’impôt augmentera les recettes », le geste utile consiste à demander sur quelle branche se trouve la situation initiale. Sans estimation de cette position, la courbe de Laffer indique deux effets possibles, mais ne permet pas de choisir entre eux.

À ne pas confondre

Taux d’imposition et recettes fiscales. Le taux est une proportion appliquée à une assiette ; la recette est un montant total. Dans le modèle fictif, 50 % est un taux, tandis que 250 millions d’euros est la recette correspondante.
Maximum des recettes et niveau de bien-être. Le sommet de la courbe maximise uniquement la recette fiscale représentée. Il ne désigne pas automatiquement le taux qui maximise l’activité, le revenu disponible ou un objectif social : ces grandeurs exigent d’autres critères.
Courbe théorique et série chronologique. La courbe de Laffer relie des taux à des recettes supposées, alors qu’une série chronologique suit une grandeur au fil des dates. Un axe horizontal gradué en années indique donc un autre type de graphique.

Limites et pièges

Sommet lu comme une donnée universelle. Dans l’exemple fictif, le seuil charnière vaut 50 %. Cette valeur vient de la fonction choisie, pas de la théorie générale. Pour une situation réelle, il faut estimer la forme de la relation et l’incertitude sur son maximum.
Extrémités prises pour des observations. Les égalités R(0) = 0 et R(100) = 0 sont des postulats de la représentation décrite. Elles encadrent le raisonnement théorique ; elles ne dispensent pas de préciser l’assiette, les comportements et le périmètre des recettes étudiées.
Baisse des recettes attribuée à une seule cause. La source mentionne une réduction de l’activité ou la recherche d’un moyen d’échapper à l’impôt. Un recul observé ne permet pas, à lui seul, de départager ces mécanismes ; il faut des données complémentaires.
Forme en cloche tenue pour certaine. Les deux valeurs nulles aux extrémités et l’existence d’un maximum intermédiaire ne fixent pas une parabole symétrique. Le bon réflexe est d’identifier les hypothèses du modèle avant de reprendre son tracé ou son taux optimal.

Pour aller plus loin

Pourcentage. Cette fiche aide à convertir un taux fiscal entre écriture en pourcentage et écriture décimale avant d’appliquer un modèle chiffré.
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