GéométrieNotion · Glossaire
Courbure géodésique
La courbure géodésique d’une courbe tracée sur une surface est la composante de son vecteur courbure tangente à cette surface. Elle mesure le virage qui reste dans la surface et s’annule sur les géodésiques, qui généralisent les droites. Sur une sphère, ces géodésiques sont les grands cercles.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Décomposer le vecteur courbure dans le repère de Darboux.
- Calculer la courbure géodésique d’un cercle de latitude sur la sphère unité.
- Distinguer courbures géodésique, normale et euclidienne.
- Repérer les effets de l’orientation, du paramétrage et des points non réguliers.
En clair
Imaginez deux trajets dessinés sur un globe : l’équateur et un cercle de latitude. Tous deux paraissent courbes dans l’espace. Pourtant, l’équateur avance aussi droit que possible sur la sphère, tandis que le cercle de latitude tourne à l’intérieur de la surface.
La courbure géodésique mesure ce virage ressenti sans quitter la surface. Elle vaut zéro le long d’une géodésique. Elle peut donc être nulle pour une courbe qui, vue de l’extérieur, semble bel et bien courbée.
Définition
Considérons une courbe régulière tracée sur une surface régulière orientée, et parcourue à vitesse unitaire. La longueur d’arc est notée s. Le vecteur tangent unitaire T change selon le vecteur courbure dT/ds. Au point considéré, n désigne la normale unitaire choisie à la surface. Le vecteur g, défini par g = n × T, est tangent à la surface et perpendiculaire à la courbe.
Dans le repère de Darboux formé par T, g et n, le vecteur courbure se décompose ainsi :
Le coefficient κg est la courbure géodésique signée. Il mesure la composante du virage qui reste dans le plan tangent. Le coefficient κn est la courbure normale, dirigée hors de ce plan.
Une géodésique vérifie κg = 0 : son accélération normale à la trajectoire est alors entièrement normale à la surface. Le signe de κg dépend du choix de n et du sens de parcours ; sa valeur absolue n’en dépend pas. Sur une sphère, les grands cercles satisfont ce critère.
Un exemple, pas à pas
Prenons la sphère unité, munie de sa normale extérieure. La courbe est le cercle de latitude de colatitude θ = π/3, parcouru dans le sens des longitudes croissantes. Ses données sont : z = 1/2, rayon r = √3/2 et point de contrôle P = (√3/2, 0, 1/2). Le schéma compare ce parallèle à l’équateur.
1. Un cercle plan de rayon r a pour courbure euclidienne 1/r. Ici :
2. Sur la sphère unité, la normale extérieure n est le vecteur position, donc dn/ds = T. Comme T est tangent à la sphère, T · n = 0. En dérivant par rapport à s, on obtient dT/ds · n + T · T = 0 ; puisque la vitesse est unitaire, T · T = 1. Ainsi, la composante normale vaut κn = dT/ds · n = −1. Son signe indique qu’elle pointe vers le centre.
3. Les directions g et n étant perpendiculaires, les carrés des composantes s’additionnent. La valeur absolue cherchée est donc :
4. Avec l’orientation choisie, κg = 1/√3. Le contrôle est immédiat : à l’équateur, r = 1 et le même calcul donne |κg| = √(1 − 1) = 0, comme attendu pour un grand cercle.
En pratique
Tester un trajet sur une surface. On calcule la partie du vecteur courbure qui reste tangente à la surface. Si elle est nulle, le trajet est géodésique ; sinon, sa valeur indique le virage latéral imposé au trajet.
Comparer des routes sur une sphère. Un grand cercle est préféré lorsqu’on cherche une géodésique. Un parallèle autre que l’équateur a une courbure géodésique non nulle, visible par son virage dans la surface.
Lire Gauss-Bonnet. Le long du bord d’une région, on intègre la courbure géodésique avec l’orientation du bord. Pour un bord par morceaux, les angles aux sommets doivent être ajoutés au lieu d’être absorbés dans une courbure ordinaire.
À ne pas confondre
Courbure géodésique et courbure normale. La première est la composante tangente à la surface ; la seconde est portée par sa normale. Sur l’équateur de la sphère unité, la première vaut 0 alors que la seconde a pour valeur absolue 1.
Courbure géodésique et courbure euclidienne de la courbe. La courbure euclidienne mesure tout le virage dans l’espace ambiant. Un grand cercle de rayon 1 a une courbure euclidienne égale à 1, mais une courbure géodésique nulle.
Courbure géodésique et courbure de la surface. La première appartient à une courbe choisie sur la surface. La courbure de Gauss appartient à la surface au point considéré ; plusieurs courbes passant par ce point peuvent avoir des courbures géodésiques différentes.
Limites et pièges
Orientation inversée. Changer la normale de la surface ou le sens de parcours peut changer le signe de κg. Si deux calculs ont des signes opposés mais la même valeur absolue, il faut d’abord comparer leurs conventions d’orientation.
Paramètre quelconque. La dérivée dT/ds suppose la longueur d’arc s. Si le paramètre utilisé ne donne pas une vitesse unitaire, appliquer directement la formule produit un facteur erroné ; il faut normaliser la tangente et convertir la dérivation.
Coin ou point non régulier. À un angle, le vecteur tangent saute et la courbure ordinaire n’est pas définie comme une fonction finie. Il faut traiter séparément les arcs lisses et l’angle de rotation au sommet.
Seuil nul. Le critère κg = 0 est local : il affirme que la courbe est géodésique sur l’arc régulier considéré. Il ne suffit pas, à lui seul, à garantir que cet arc réalise la plus courte distance entre deux points éloignés.
Pour aller plus loin
La fiche Géodésique précise le type de courbe caractérisé ici par une courbure géodésique nulle.
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