GéométrieNotion · Glossaire
Division des polygones (problème d'Euler de la)
La division des polygones est une technique géométrique consistant à décomposer un polygone en un nombre fini de parties plus simples, généralement des triangles. La triangulation d'un polygone est le procédé standard qui permet de calculer son aire, de construire des algorithmes de rendu graphique, et d'étudier ses propriétés combinatoires. Tout polygone simple peut être triangulé, et le nombre de triangles d'une triangulation d'un polygone à n sommets est toujours n-2.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Construire une triangulation en éventail d'un hexagone convexe.
- Retrouver les n − 2 triangles et les n − 3 diagonales d'une triangulation.
- Calculer les 14 triangulations possibles de l'hexagone avec le nombre de Catalan C₄.
- Distinguer le nombre de triangles, le nombre total de diagonales et le nombre de triangulations.
- Repérer pourquoi la formule de Catalan ne compte pas les triangulations d'un polygone non convexe.
En clair
Prenez un hexagone convexe dont les sommets sont nommés A, B, C, D, E et F dans l'ordre. Depuis A, tracez les diagonales AC, AD et AE sans qu'elles se croisent. L'hexagone se partage alors en quatre triangles : ABC, ACD, ADE et AEF.
Ce découpage est une triangulation. D'autres choix de diagonales produisent d'autres triangulations, mais chacune contient toujours quatre triangles. La forme change ; le nombre de morceaux triangulaires ne change pas.
Définition
Une triangulation d'un polygone simple est un ensemble de diagonales intérieures qui ne se coupent pas, sauf à un sommet commun. Les triangles obtenus ont des intérieurs disjoints et recouvrent exactement le polygone. Si la lettre n désigne le nombre de sommets, avec n ≥ 3, toute triangulation contient n − 2 triangles et utilise n − 3 diagonales. Cette propriété vaut aussi pour un polygone simple non convexe, à condition de ne retenir que des diagonales situées à l'intérieur.
Le problème combinatoire consiste à compter les triangulations possibles. Pour un polygone convexe à n sommets, ce nombre est le nombre de Catalan d'indice n − 2, noté Cn−2 : . Un hexagone convexe possède donc C4 = 14 triangulations, chacune formée de quatre triangles.
Dans un polygone non convexe, certaines diagonales sortent de la figure et sont interdites : la formule de Catalan ne donne alors plus le nombre de triangulations. La triangulation reste toutefois un outil pour additionner les aires des triangles, organiser un rendu graphique et étudier les choix de diagonales.
Un exemple, pas à pas
Considérons l'hexagone convexe ABCDEF. Les données sont ses six sommets rangés dans cet ordre sur le contour et le sommet A choisi comme origine de l'éventail. Nous allons construire une triangulation, puis contrôler ses nombres.
1. Traçons depuis A les trois diagonales AC, AD et AE. Elles restent à l'intérieur de l'hexagone et ne se croisent qu'en A.
2. Lisons les quatre régions obtenues : ABC, ACD, ADE et AEF. La figure matérialise cette triangulation en éventail.
3. Avec n = 6 sommets, les formules donnent n − 3 = 3 diagonales et n − 2 = 4 triangles. Les valeurs observées concordent.
4. Comptons maintenant tous les découpages possibles de l'hexagone convexe : . La figure n'en montre qu'un. Pour un second contrôle de la triangulation dessinée, les quatre triangles totalisent 12 côtés comptés avec multiplicité : les 6 côtés du contour comptent une fois et les 3 diagonales deux fois, soit 6 + 2 × 3 = 12.
En pratique
Calculer une aire. On choisit des diagonales intérieures, on calcule l'aire de chaque triangle, puis on additionne. Si le polygone est non convexe, une diagonale qui sort de la figure doit être remplacée par une diagonale admissible.
Préparer un rendu graphique. Un polygone complexe est décomposé en triangles, unités simples à traiter par les algorithmes de rendu. Si la surface est déjà triangulaire, aucune diagonale n'est nécessaire.
Compter des configurations. Pour un polygone convexe, les nombres de Catalan donnent directement le total des triangulations. Pour un polygone non convexe, il faut énumérer seulement les choix composés de diagonales intérieures compatibles.
À ne pas confondre
Nombre de triangles et nombre de triangulations. Le premier est fixé par n − 2 ; le second compte les découpages distincts. Pour l'hexagone convexe, chaque triangulation a 4 triangles, mais il existe 14 triangulations.
Toutes les diagonales et diagonales d'une triangulation. Un polygone convexe à n sommets possède n(n − 3)/2 diagonales au total, mais une triangulation n'en retient que n − 3 sans croisement. L'hexagone a 9 diagonales au total ; l'éventail depuis A en utilise 3.
Triangulation et découpage quelconque. Une coupe qui produit un quadrilatère et deux triangles divise bien l'hexagone, mais ce n'est pas encore une triangulation. Le critère est que toutes les régions finales soient des triangles.
Limites et pièges
Le triangle est le cas charnière. Pour n = 3, les formules donnent un triangle et aucune diagonale. Il existe une seule triangulation, comptée par C1 = 1 ; ajouter une diagonale serait impossible.
La convexité est indispensable au comptage par Catalan. Dans un polygone concave, une partie de certaines diagonales se trouve à l'extérieur. Le symptôme est visible dans la représentation : ces segments ne peuvent appartenir à une triangulation. Il faut compter seulement les diagonales intérieures compatibles.
Le polygone doit être simple. Si deux côtés non consécutifs se croisent, l'intérieur n'est plus celui d'un polygone simple et la règle des n − 2 triangles ne s'applique pas directement. Il faut d'abord traiter les intersections et définir les régions à décomposer.
Une diagonale admissible ne suffit pas à elle seule. Deux diagonales intérieures peuvent se croiser. Si un croisement apparaît ailleurs qu'à un sommet commun, il faut changer l'un des choix : une triangulation exige un ensemble entier de diagonales compatibles.
Pour aller plus loin
Le nombre de Catalan replace le comptage des triangulations convexes dans une famille qui apparaît dans plusieurs problèmes combinatoires.
La fiche Diagonale précise la nature des segments joignant deux sommets non consécutifs, qui servent à construire une triangulation.
Explorez les mathématiques autrement
Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.
Découvrir les offres
