AnalyseNotion · Glossaire
Drapeau
Un drapeau dans un espace vectoriel de dimension n est une suite croissante de sous-espaces vectoriels emboîtés 0 = V0 ⊂ V1 ⊂ ... ⊂ Vk = E où chaque inclusion est stricte. Un drapeau complet est un drapeau dans lequel dim(Vi) = i pour tout i, formant une chaîne maximale de sous-espaces. L'ensemble de tous les drapeaux complets d'un espace vectoriel forme la variété de drapeaux, un espace homogène fondamental en géométrie algébrique et en théorie des représentations.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Reconnaître une chaîne stricte de sous-espaces vectoriels.
- Distinguer un drapeau complet d’un drapeau comportant un saut de dimension.
- Construire et contrôler un drapeau complet de ℝ³ à partir d’une base ordonnée.
- Relier une base adaptée à la forme triangulaire des automorphismes qui conservent le drapeau.
En clair
Dans l’espace ordinaire, partez du seul vecteur nul. Placez-le sur une droite passant par l’origine, puis placez cette droite dans un plan, et enfin ce plan dans tout l’espace. Chaque objet contient le précédent et lui ajoute au moins une direction.
Cette chaîne emboîtée est un drapeau. Il est complet lorsqu’elle gagne exactement une dimension à chaque étape : point de dimension 0, droite de dimension 1, plan de dimension 2, puis espace de dimension 3.
Définition
Soit E un espace vectoriel de dimension finie n. Un drapeau de E est une chaîne finie de sous-espaces Vi, dont le premier est réduit au vecteur nul et le dernier est E :
Le symbole ⊊ signifie que chaque inclusion est stricte : Vi contient réellement plus de vecteurs que Vi−1. Les dimensions forment donc une suite strictement croissante d’entiers, de 0 à n. Elles peuvent augmenter de plusieurs unités ; le nombre k d’étapes n’est alors pas nécessairement égal à n.
Le drapeau est complet lorsque la dimension de Vi vaut i pour chaque indice i. Dans ce cas, k vaut n et aucune dimension intermédiaire ne manque : la chaîne est maximale. Une base ordonnée de E produit un tel drapeau en prenant, à l’étape i, le sous-espace engendré par ses i premiers vecteurs. Réciproquement, tout drapeau complet admet des bases adaptées de cette forme, mais cette base n’est pas unique. L’ensemble de tous les drapeaux complets constitue la variété de drapeaux, un espace homogène utilisé en géométrie algébrique et en théorie des représentations.
Un exemple, pas à pas
Dans l’espace réel ℝ3, on utilise les trois vecteurs de coordonnées e1 = (1, 0, 0), e2 = (0, 1, 0) et e3 = (0, 0, 1). Les données sont la base ordonnée (e1, e2, e3) et l’espace E = ℝ3.
1. On pose V0 = {0}. Sa dimension vaut 0.
2. On prend V1, la droite engendrée par e1. Sa dimension vaut 1.
3. On prend V2, le plan engendré par e1 et e2. Sa dimension vaut 2.
4. On termine par V3, engendré par les trois vecteurs, donc égal à ℝ3 et de dimension 3.
Le résultat est un drapeau complet : V0 ⊊ V1 ⊊ V2 ⊊ V3. Le contrôle se refait en observant que e1 ajoute la première direction, e2 n’appartient pas à V1 et e3 n’appartient pas à V2. Chaque inclusion est donc stricte et chaque dimension augmente exactement de 1.
En pratique
Pour décrire un drapeau concret, on cherche une base adaptée. Les i premiers vecteurs de cette base doivent engendrer Vi. Si certaines dimensions sont absentes, on garde un drapeau partiel plutôt que de le déclarer complet.
Lorsqu’un automorphisme conserve chaque sous-espace d’un drapeau complet, sa matrice dans une base adaptée est triangulaire supérieure. Le critère observable est la stabilité de chaque Vi ; sans cette stabilité, cette forme de matrice n’est pas imposée.
En géométrie algébrique et en théorie des représentations, on étudie simultanément tous les drapeaux complets de E. Si une seule chaîne est nécessaire, ses sous-espaces suffisent ; si les chaînes doivent varier, la variété de drapeaux devient l’objet pertinent.
À ne pas confondre
Une base ordonnée. Une base est une liste de vecteurs indépendants qui engendre E ; un drapeau est une liste de sous-espaces emboîtés. La base (e1, e2, e3) construit le drapeau de l’exemple, mais remplacer e2 par e1 + e2 conserve les mêmes sous-espaces : le drapeau ne détermine donc pas une base unique.
Une décomposition en somme directe. Dans une somme directe, on assemble des sous-espaces dont les vecteurs se décomposent de manière unique. Dans un drapeau, les sous-espaces sont au contraire inclus les uns dans les autres. Ainsi, la droite V1 de l’exemple est contenue dans le plan V2 : ces deux sous-espaces ne forment pas une somme directe.
Limites et pièges
Une inclusion répétée ne compte pas. Si deux termes successifs sont égaux, le symbole ⊊ n’est plus justifié et la suite écrite n’est pas un drapeau au sens retenu ici. Il faut supprimer le doublon ou choisir un sous-espace réellement plus grand.
Un saut de dimension est permis. Dans ℝ3, la chaîne {0} ⊊ P ⊊ ℝ3, où P désigne un plan vectoriel, est bien un drapeau. Elle n’est pas complète, car le sous-espace de dimension 1 manque.
Les dimensions ne suffisent pas à identifier la chaîne. Deux drapeaux complets de ℝ3 ont tous deux les dimensions 0, 1, 2 et 3, sans nécessairement contenir la même droite ni le même plan. Il faut comparer les sous-espaces eux-mêmes, pas seulement leur dimension.
Pour aller plus loin
Le glossaire espace vectoriel permet de revoir les sous-espaces, les familles génératrices et la dimension qui structurent chaque étage d’un drapeau.
L’article Au service des courbes ouvre sur la géométrie algébrique, domaine où la variété de drapeaux joue un rôle fondamental.
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