AlgèbreNotion · Glossaire
endomorphisme nilpotent
Un endomorphisme f d’un espace vectoriel E est nilpotent s’il existe un entier positif n tel que la composée de n copies de f soit l’endomorphisme nul. Autrement dit, après un nombre fini d’itérations identique pour tous les vecteurs, son action s’éteint entièrement.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Définir la nilpotence avec un exposant commun à tous les vecteurs.
- Calculer l’indice de nilpotence d’un endomorphisme de ℝ³.
- Relier les itérations, une matrice triangulaire stricte et une chaîne de vecteurs.
- Éviter de confondre nilpotence, endomorphisme nul et simple présence de la valeur propre 0.
En clair
Imaginez une machine qui décale chaque coordonnée d’un vecteur d’une place, en faisant disparaître la première. Un passage raccourcit l’information utile, puis les passages suivants finissent par tout effacer. Un endomorphisme est dit nilpotent lorsque ce phénomène se produit pour tous les vecteurs après un même nombre fini d’applications. Le premier nombre de passages qui envoie nécessairement tout sur le vecteur nul est son indice de nilpotence.
Définition
Soit un espace vectoriel E et un endomorphisme f, c’est-à-dire une application linéaire de E dans lui-même. Pour tout entier positif n, la notation fn désigne la composition de f avec elle-même n fois, et l’on pose f0 = IdE. L’endomorphisme f est nilpotent lorsqu’un même entier positif n annule tous les vecteurs : , où 0E désigne l’endomorphisme nul de E.
Le plus petit entier positif qui vérifie cette égalité est l’indice de nilpotence. Si E n’est pas l’espace nul et si cet indice vaut p, alors . Le premier fait garantit l’annulation ; le second garantit que p est bien minimal. Sur l’espace nul, l’indice vaut 1 et IdE = 0E.
Toute valeur propre d’un endomorphisme nilpotent est égale à 0. En dimension finie, une base adaptée donne une matrice triangulaire stricte, donc à diagonale nulle. Cette forme fait apparaître des chaînes de vecteurs successivement envoyés les uns sur les autres puis sur 0. Ces chaînes constituent les blocs nilpotents qui interviennent dans la décomposition de Jordan.
Un exemple, pas à pas
Dans l’espace vectoriel ℝ3, on utilise la base canonique formée des vecteurs e1, e2 et e3. L’endomorphisme f décale les coordonnées selon la règle . Sa matrice dans cette base est :
1. Après une application, la première coordonnée disparaît : . L’endomorphisme f n’est pas nul, puisque f(e2) = e1.
2. Après deux applications, il ne reste que la troisième coordonnée : . L’endomorphisme f2 n’est pas nul, puisque f2(e3) = e1.
3. Une troisième application annule chaque vecteur : . Ainsi, f3 est l’endomorphisme nul.
Le résultat est donc un indice de nilpotence égal à 3. Le contrôle consiste à suivre e3 : . La chaîne comporte trois applications avant 0, tandis que le calcul précédent montre que trois applications suffisent pour tous les vecteurs.
En pratique
Pour tester une matrice carrée, on calcule ses puissances successives jusqu’à obtenir la matrice nulle. Dans l’exemple, A2 n’est pas nulle mais A3 l’est : ce double constat donne directement l’indice 3. Si aucune puissance ne s’annule, il faut abandonner le critère de nilpotence.
Pour comprendre l’action sans multiplier toutes les matrices, on suit des vecteurs bien choisis. La chaîne e3 vers e2, puis e1, puis 0 montre à la fois le mécanisme et la longueur minimale. Si une chaîne plus longue apparaît, elle impose un indice plus grand.
Dans l’étude d’un endomorphisme en dimension finie, la partie nilpotente devient visible dans une base adaptée sous forme de blocs triangulaires stricts. Lorsque la matrice n’est pas déjà sous cette forme, les chaînes de vecteurs fournissent une lecture plus informative que la seule diagonale.
À ne pas confondre
Endomorphisme nilpotent et endomorphisme nul. L’endomorphisme nul annule tous les vecteurs dès la première application ; son indice vaut 1 sur un espace non nul. Dans l’exemple, f(e2) = e1, donc f n’est pas nul, bien que f3 le soit.
Nilpotence et présence de la valeur propre 0. Avoir 0 parmi ses valeurs propres signifie seulement qu’un vecteur propre non nul est envoyé sur 0. La nilpotence exige qu’une même puissance annule tous les vecteurs. Une matrice diagonale ayant pour diagonale 0 et 1 possède la valeur propre 0, mais aucune de ses puissances n’est nulle.
Nilpotence et inversibilité. Sur un espace non nul, un endomorphisme nilpotent n’est jamais inversible. En effet, si fn = 0, la puissance fn ne peut pas avoir d’inverse. Le cas de l’espace réduit au seul vecteur nul doit être isolé, car son unique endomorphisme est à la fois nul et identité.
Limites et pièges
Un exposant commun est indispensable. En dimension infinie, le fait que chaque vecteur finisse par être annulé ne suffit pas si le nombre d’applications dépend du vecteur. Sur les suites à support fini, le décalage vers la gauche annule chaque suite, mais aucune puissance unique n’annule toutes les suites. Il faut donc chercher un entier valable sur tout l’espace.
L’indice est le premier exposant qui convient. De l’égalité f3 = 0, on déduit aussi f4 = 0, mais pas un indice égal à 4. Dans l’exemple, f2(e3) = e1 prouve que f2 n’est pas nul ; le cas charnière est donc bien 3.
La diagonale nulle ne suffit pas dans une base quelconque. Une matrice de diagonale nulle peut avoir une puissance non nulle à tout ordre. La forme triangulaire stricte est le critère pertinent ici. La présentation par matrice triangulaire adaptée et la décomposition de Jordan se placent dans le cadre de la dimension finie.
Pour aller plus loin
espace vectoriel — Pour situer le domaine sur lequel agit un endomorphisme et les règles de linéarité qu’il respecte.
valeur propre — Pour approfondir pourquoi toute valeur propre d’un endomorphisme nilpotent doit être nulle.
Vecteur propre — Pour distinguer un vecteur propre des vecteurs qui forment une chaîne nilpotente.
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