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AnalyseObjet mathématique · Glossaire

équation de Verhulst

L'équation de Verhulst est une équation différentielle qui modélise l'évolution d'une population soumise à une capacité d'accueil limitée : sa croissance est proportionnelle à l'effectif présent et à la fraction de ressources encore disponible. Elle suppose un milieu homogène, une capacité maximale et un taux de croissance constants, sans migrations ni délais ; elle explique ainsi une croissance d'abord presque exponentielle, puis ralentie jusqu'à la saturation.
Courbe logistique de l'exemple Une population part de 100 individus, atteint 500 individus après environ 10,99 ans et se rapproche de la capacité 1 000. t (années) N(t) K = 1 000 t ≈ 10,99 ans : N = 500 0 10 20 30
Partie de 100 individus, la population atteint la moitié de la capacité vers 10,99 ans puis se rapproche de 1 000.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Interpréter le rôle de la population présente, du taux intrinsèque et de la capacité du milieu.
  • Calculer une solution continue à partir de 100 individus, avec une capacité de 1 000.
  • Vérifier le passage à 500 individus après environ 10,99 ans.
  • Distinguer la courbe logistique continue de la suite logistique discrète.
  • Reconnaître les équilibres, le départ au-dessus de la capacité et les hypothèses du modèle.

En clair

Un milieu peut accueillir 1 000 individus, mais la population n'en compte d'abord que 100. Elle augmente vite tant que l'espace et les ressources restent abondants. À mesure qu'elle approche de 1 000, son accroissement ralentit : la limite du milieu agit comme un frein progressif, et non comme un arrêt brutal.
L'équation de Verhulst traduit ce double mouvement. La population présente crée les naissances possibles, tandis que la place encore disponible réduit le rythme de croissance. La courbe obtenue monte alors en forme de S et se rapproche de la capacité maximale.

Définition

L'équation de Verhulst est une équation différentielle de croissance avec saturation. La taille de la population au temps t est notée N(t). Le taux de croissance intrinsèque, positif, est noté r, et la capacité maximale supposée constante du milieu est notée K, avec K > 0. Dans l'écriture continue standard :
dNdt=rN(1NK)\frac{dN}{dt}=rN\left(1-\frac{N}{K}\right)
Le facteur N représente l'effet reproductif de la population présente. Le facteur 1NK1-\frac{N}{K} mesure la marge avant saturation. Pour une population initiale N(0) = N0 strictement positive, la solution est N(t)=K1+(KN0N0)ertN(t)=\frac{K}{1+\left(\frac{K-N_0}{N_0}\right)e^{-rt}}. Si 0 < N0 < K, elle croît vers K ; si N0 > K, elle décroît vers K. Les valeurs 0 et K sont des équilibres. Cette forme résulte du choix de taux de natalité et de mortalité affines en N, respectivement décroissant et croissant. En temps discret, une convention courante normalise l'état en une proportion xn et écrit xn+1=μxn(1xn)x_{n+1}=\mu x_n(1-x_n). Selon le paramètre μ, cette suite logistique peut avoir un comportement chaotique.

De quoi c'est fait

Quatre éléments construisent le modèle continu. La variable N(t) donne l'effectif au temps t. Le nombre r fixe le rythme de croissance lorsque la population est petite. La capacité K fixe le niveau de saturation du milieu. Enfin, le facteur 1NK1-\frac{N}{K} transforme cette capacité en frein : il est positif sous K, nul en K et négatif au-dessus de K.
Le produit par N rend l'accroissement dépendant de la population déjà présente ; le produit par le facteur de freinage le fait aussi dépendre de la marge disponible. Avec une valeur initiale N0, les trois données N0, r et K suffisent à calculer la courbe. La couleur ou l'échelle choisie pour la tracer ne fait pas partie du modèle.

Un exemple, pas à pas

Une population compte initialement N0 = 100 individus. Le milieu peut en soutenir K = 1 000 et le taux intrinsèque vaut r = 0,2 par an. Son évolution est représentée pendant 30 ans.
1. Au départ, le facteur de freinage vaut 1 − 100/1 000 = 0,9. L'accroissement instantané initial vaut donc 0,2 × 100 × 0,9 = 18 individus par an.
2. Le rapport entre la place initialement libre et la population initiale vaut (1 000 − 100)/100 = 9. La solution devient N(t)=10001+9e0,2tN(t)=\frac{1000}{1+9e^{-0{,}2t}}.
3. Après cinq ans, N(5)=10001+9e1232N(5)=\frac{1000}{1+9e^{-1}}\approx232 individus. La courbe calculée montre simultanément le départ, le passage à mi-capacité et l'approche de la saturation.
4. Pour atteindre 500 individus, l'équation impose 9e−0,2t = 1. Ainsi, t = ln(9)/0,2 ≈ 10,99 ans.
5. Le contrôle est exact : à t = ln(9)/0,2, on a e−0,2t = 1/9, donc N(t) = 1 000/(1 + 1) = 500 individus.

En pratique

Pour décrire une population observée, on relève plusieurs effectifs au cours du temps et l'on cherche si leur accroissement ralentit à l'approche d'un niveau stable. Ce ralentissement rend le modèle de Verhulst pertinent. Si aucun frein n'est visible sur la période étudiée, le modèle exponentiel de Malthus peut suffire localement.
Pour comparer des scénarios, on fait varier séparément la population initiale, le taux r ou la capacité K. Le geste utile consiste à observer ce qui change : r règle surtout la vitesse, tandis que K déplace le niveau vers lequel la courbe tend.
Pour une évolution par générations ou par étapes, on emploie une relation de récurrence. Il faut alors étudier la suite elle-même : ses oscillations et son éventuel chaos ne se lisent pas sur la seule courbe continue.

À ne pas confondre

Modèle de Malthus. Son taux d'accroissement par individu reste constant, donc la croissance exponentielle ne possède pas de niveau de saturation. Dans l'exemple, une courbe qui continue d'accélérer au-delà de 1 000 relève de Malthus, pas du modèle de Verhulst fixé par K = 1 000.
Courbe logistique continue et suite logistique. La première est la solution d'une équation différentielle et évolue continûment avec t. La seconde calcule xn+1 à partir de xn par étapes. Des oscillations entre générations signalent la suite discrète ; elles ne sont pas des ondulations de la solution continue standard.

Limites et pièges

Deux valeurs charnières. Si N0 = 0, le modèle conserve une population nulle ; si N0 = K, il conserve exactement la capacité du milieu. La formule de solution qui divise par N0 ne s'emploie donc pas pour le premier cas : il faut revenir à l'équation.
Départ au-dessus de la capacité. Lorsque N0 > K, le facteur de freinage est négatif. La population décroît vers K au lieu de croître en S. Il faut lire le signe de la dérivée avant d'interpréter la courbe comme une croissance.
Capacité supposée fixe. Une valeur constante de K représente un milieu dont la capacité ne change pas pendant l'étude. Si cette limite évolue, une courbe logistique à K fixe peut attribuer au rythme de croissance un changement qui vient du milieu ; il faut alors réexaminer cette hypothèse.
Chaos non automatique. Le temps discret peut produire un comportement chaotique, mais pas pour toute valeur du paramètre. Une irrégularité observée ne suffit pas : il faut préciser la récurrence, son paramètre et l'état initial avant de conclure.

Pour aller plus loin

Logistique (fonction et suite) — Relier la forme en S de la solution continue à la récurrence discrète et à leurs paramètres respectifs.
chaos déterministe — Approfondir pourquoi une règle déterministe discrète peut engendrer une évolution très sensible aux conditions initiales.
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