Probabilités et statistiquesFormule · Glossaire
loi bêta
La loi bêta de paramètres α > 0 et β > 0 est une loi de probabilité continue sur [0, 1] dont la densité est proportionnelle à xᵅ⁻¹(1 − x)ᵝ⁻¹. Souple, elle sert notamment à modéliser une proportion inconnue et constitue en statistique bayésienne une loi a priori conjuguée pour un paramètre binomial.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Relier α et β à la forme d'une densité sur [0, 1].
- Refaire une mise à jour Beta(1, 1) vers Beta(2, 3).
- Distinguer loi bêta continue et loi binomiale discrète.
- Repérer les cas de bord et la différence entre moyenne et sommet.
En clair
Imaginez une proportion inconnue, comme la chance de succès d'une expérience, forcément comprise entre 0 et 1. Une loi bêta répartit les valeurs plus ou moins plausibles sur cet intervalle. Deux paramètres, α et β, règlent sa forme : la courbe peut être plate, concentrée au centre, attirée vers un bord ou creusée en U.
Avec α = β = 1, aucune zone n'est privilégiée : on retrouve la loi uniforme sur [0, 1].
Définition
Une variable aléatoire continue X suit une loi bêta de paramètres α et β lorsque ses valeurs appartiennent à [0, 1], que α et β sont strictement positifs et que sa densité est donnée par la formule suivante. La fonction B normalise l'aire sous la courbe à 1.
Les paramètres pilotent la forme sans changer le support. Beta(1, 1) est uniforme. Lorsque α et β sont supérieurs à 1, la densité s'annule aux deux bords et présente un sommet intérieur. D'autres choix donnent une densité monotone ou en U. Une transformation affine transporte cette loi de [0, 1] vers n'importe quel intervalle borné.
Le principe
Si U1, …, Un sont indépendantes et uniformes sur [0, 1], puis rangées par ordre croissant, alors leur k-ième valeur U(k) suit la loi Beta(k, n − k + 1).
En statistique bayésienne, une autre règle s'applique à une probabilité de succès p. Avec un a priori Beta(α, β), s succès et f échecs binomiaux conduisent à l'a posteriori suivant : .
Quand l'utiliser
La loi bêta directe s'applique à une variable continue comprise entre 0 et 1, avec deux paramètres α > 0 et β > 0. Pour la règle bayésienne, les observations doivent être codées en succès ou échecs et partager une même probabilité de succès p dans le modèle binomial. Les nombres s et f sont alors ajoutés aux paramètres initiaux.
Une mesure non bornée, comme une durée positive sans maximum fixé, ne suit pas directement une loi bêta. Il faut choisir une loi adaptée à ce support. Si la grandeur reste bornée entre deux valeurs a et b, une transformation affine peut d'abord la ramener sur [0, 1].
Un exemple, pas à pas
On modélise une probabilité inconnue p. L'a priori est uniforme, donc Beta(1, 1). Les données contiennent un succès et deux échecs.
1. Le paramètre associé aux succès devient α = 1 + 1 = 2.
2. Le paramètre associé aux échecs devient β = 1 + 2 = 3.
3. L'a posteriori est donc Beta(2, 3).
4. Comme B(2, 3) = 1/12, sa densité vaut sur [0, 1].
2. Le paramètre associé aux échecs devient β = 1 + 2 = 3.
3. L'a posteriori est donc Beta(2, 3).
4. Comme B(2, 3) = 1/12, sa densité vaut sur [0, 1].
Le contrôle consiste à intégrer cette densité : . La courbe culmine en x = 1/3 et la moyenne vaut 2/5 = 0,4. Ces deux repères ne coïncident pas, car la distribution est dissymétrique.
En pratique
Pour estimer une probabilité de succès à partir d'essais binaires, la loi bêta permet de représenter l'incertitude avant les observations, puis de la mettre à jour en ajoutant succès et échecs. Une valeur unique suffit moins bien lorsqu'on veut conserver cette incertitude.
Pour décrire une proportion continue observée sur [0, 1], on choisit α et β afin d'obtenir une forme compatible avec les valeurs plausibles. Si chaque observation vaut seulement 0 ou 1, une loi de Bernoulli la modélise ; la loi binomiale modélise le nombre de succès sur un nombre fixé d'essais, et la loi bêta peut décrire leur probabilité inconnue.
Pour étudier la k-ième valeur d'un échantillon uniforme trié, le résultat Beta(k, n − k + 1) donne directement sa distribution, sans simuler tous les classements.
À ne pas confondre
Loi bêta et loi binomiale. La loi bêta est continue sur [0, 1], tandis que la loi binomiale porte sur un nombre entier de succès. Dans l'exemple, Beta(2, 3) décrit la probabilité p après observation ; le total d'un succès sur trois essais est une donnée binomiale.
Loi bêta et loi uniforme. La loi uniforme continue n'est pas une famille concurrente dans ce cadre : elle est exactement le cas Beta(1, 1). Beta(2, 3), en revanche, attribue des densités différentes aux valeurs de [0, 1].
Limites et pièges
Paramètres au bord. α et β doivent rester strictement positifs. Fixer l'un d'eux à 0 ne produit pas une densité bêta ordinaire ; il faut reformuler le modèle au lieu d'utiliser la même formule.
Densité infinie, probabilité finie. Si α < 1, la densité diverge lorsque x tend vers 0 ; si β < 1, elle diverge lorsque x tend vers 1. Cela ne donne pas une probabilité infinie au bord : la probabilité d'un point isolé reste nulle pour cette loi continue.
Moyenne et sommet. Dans Beta(2, 3), la moyenne 0,4 n'est pas le sommet 1/3. Employer l'une comme si elle désignait automatiquement la valeur la plus dense fausse la lecture d'une distribution dissymétrique.
Pour aller plus loin
La loi binomiale précise le modèle des nombres de succès auquel la loi bêta s'associe comme loi a priori conjuguée.
La notion de densité de probabilité aide à interpréter l'aire sous une courbe bêta et sa normalisation.
Explorez les mathématiques autrement
Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.
Découvrir les offres
