Passer au contenu principal
AnalyseNotion · Glossaire

Mascheroni Lorenzo

Lorenzo Mascheroni est un mathématicien italien associé à deux objets. Le théorème de Mohr-Mascheroni affirme que les points constructibles à la règle et au compas peuvent aussi l’être au compas seul. Son nom reste attaché à la constante d’Euler-Mascheroni γ, un nombre voisin de 0,5772.
Approche numérique de la constante d’Euler-Mascheroni Dix valeurs de H indice n moins logarithme de n décroissent vers la ligne gamma, sans l’atteindre entre n égal à 1 et n égal à 10. Hₙ − ln n γ ≈ 0,5772 n = 1 n = 10
De n = 1 à n = 10, la différence Hₙ − ln n se rapproche de la ligne γ ≈ 0,5772 sans encore l’atteindre.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier le rôle de Lorenzo Mascheroni dans le théorème du compas seul.
  • Distinguer le résultat général du problème de Napoléon.
  • Restituer la priorité de Jørgen Mohr en 1672.
  • Calculer H₁₀ − ln 10 et interpréter son écart avec γ ≈ 0,5772.
  • Comprendre pourquoi 32 décimales annoncées ne signifient pas 32 décimales exactes.

En clair

En 1797, Lorenzo Mascheroni publie Geometria del compasso. Il y expose une idée étonnante : le compas peut retrouver tous les points qu’une construction à la règle et au compas permet d’obtenir. La règle devient donc inutile pour ce type de construction.
Son nom reste aussi attaché au nombre γ, voisin de 0,5772. Ce nombre apparaît lorsque l’on compare les sommes 1 + 1/2 + 1/3 + … avec le logarithme naturel. Mascheroni en calcula 32 décimales, mais seulement les 19 premières étaient exactes.

Définition

Lorenzo Mascheroni (1750–1800) est un abbé, poète et mathématicien italien. Son traité Geometria del compasso, paru en 1797, expose le résultat aujourd’hui appelé théorème de Mohr-Mascheroni : toute construction réalisable à la règle et au compas peut être accomplie avec le seul compas. Le théorème affirme donc une équivalence de possibilités, et non que les deux procédures utilisent les mêmes étapes.
L’attribution double rappelle que Jørgen Mohr (1640–1697) avait déjà établi ce résultat dans Euclides Danicus, publié en 1672, mais que son travail était passé inaperçu. Le « problème de Napoléon », qui demande de retrouver au compas seul le centre d’un cercle donné, est quant à lui une construction due à Mascheroni. Celui-ci rencontra Napoléon pendant la campagne d’Italie en 1797.
Mascheroni travailla aussi sur la constante d’Euler-Mascheroni, notée γ. Pour un entier positif n, on additionne les inverses de 1 à n, puis on soustrait le logarithme naturel de n. Dans la somme, la lettre k désigne l’indice entier qui va de 1 à n. La limite de cette différence est γ :
γ=limn(k=1n1klnn)\gamma=\lim_{n\to\infty}\left(\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{k}-\ln n\right)
Sa valeur approchée est 0,5772. Sur les 32 décimales calculées par Mascheroni, seules les 19 premières se révélèrent exactes.

Un exemple, pas à pas

Approchons γ avec l’entier n = 10. Les données sont les dix inverses de 1 à 10 et le logarithme naturel de 10. La valeur de référence donnée pour le contrôle est γ ≈ 0,5772.
1. Notons H10 la somme des dix inverses, puis additionnons-les :
H10=1+12+13++110=73812520H_{10}=1+\frac12+\frac13+\cdots+\frac1{10}=\frac{7381}{2520}
2. En écriture décimale, cette somme vaut environ 2,928968253968254.
3. Le logarithme naturel de 10 vaut environ 2,302585092994046.
4. La différence recherchée est donc :
H10ln102,9289682539682542,3025850929940460,626383160974208H_{10}-\ln 10\approx 2{,}928968253968254-2{,}302585092994046\approx 0{,}626383160974208
La figure rend visible l’évolution de cette même différence entre n = 1 et n = 10.
Le résultat 0,626383160974208 est encore différent de γ ≈ 0,5772 : n = 10 ne donne pas directement quatre décimales exactes.
Pour refaire le contrôle avec n = 5, la somme vaut 137/60, soit environ 2,283333333333333. Après soustraction de ln 5 ≈ 1,609437912434100, on obtient environ 0,673895420899233. Le résultat pour n = 10 est plus proche de 0,5772.

En pratique

Dans un problème de géométrie où seule l’ouverture du compas est autorisée, le théorème de Mohr-Mascheroni garantit que les points d’une construction classique à la règle et au compas restent constructibles. Si la restriction d’outil disparaît, la procédure classique peut être conservée.
Pour étudier numériquement γ, on choisit un entier positif n, on calcule la somme des inverses jusqu’à n, puis on retranche ln n. Recommencer avec des valeurs de n croissantes permet de comparer les résultats à 0,5772.
Dans une lecture historique, les dates évitent une attribution trop rapide : Mohr publie le résultat en 1672, tandis que Mascheroni l’expose en 1797. Le nom composé du théorème conserve ces deux traces.

À ne pas confondre

Théorème de Mohr-Mascheroni et problème de Napoléon. Le premier porte sur toutes les constructions possibles à la règle et au compas. Le second est un cas précis : retrouver le centre d’un cercle donné au compas seul. Une construction particulière ne constitue donc pas à elle seule l’énoncé général.
Lorenzo Mascheroni et la constante d’Euler-Mascheroni. Mascheroni est une personne, née en 1750 et morte en 1800. La constante est un nombre, noté γ et voisin de 0,5772. Le contexte tranche immédiatement : une date ou un traité renvoie au mathématicien ; une limite ou une valeur décimale renvoie à la constante.

Limites et pièges

Une garantie d’existence n’est pas une recette. Le théorème assure qu’une construction au compas seul existe lorsqu’elle est réalisable à la règle et au compas. Il ne suffit pas de supprimer la règle des étapes initiales : il faut remplacer la procédure par une construction adaptée.
« Au compas seul » ne signifie pas tracer une droite au compas. Le résultat concerne les points que la construction doit produire. Lire l’énoncé comme une reproduction matérielle de chaque trait à l’identique ferait perdre le sens de l’équivalence.
Le nom court masque une priorité historique. Dire seulement « théorème de Mascheroni » omet que Mohr avait publié le même résultat en 1672, avant le traité de 1797. L’appellation Mohr-Mascheroni rend cette chronologie visible.
Une longue écriture décimale n’est pas forcément exacte. Mascheroni donna 32 décimales de γ, mais seules les 19 premières étaient correctes. De même, γ ≈ 0,5772 est un arrondi : il ne faut pas remplacer le signe d’approximation par une égalité.

Pour aller plus loin

Constante d’Euler-Mascheroni — Pour approfondir la limite numérique à laquelle le nom de Mascheroni reste attaché.
Série harmonique — Pour situer la somme d’inverses utilisée dans la définition de γ.
Continuez avec Tangente

Explorez les mathématiques autrement

Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.

Découvrir les offres