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AlgèbreObjet mathématique · Glossaire

matrice d'une isométrie

Soit E un espace euclidien réel de dimension finie et f une isométrie vectorielle de E. Dans une base orthonormée, sa matrice M est orthogonale : M−1 = MT, ou de façon équivalente MTM = I. Ce critère signifie que les colonnes de M forment une base orthonormée et permet de vérifier que f conserve les longueurs et les angles.
Rotation d’un quart de tour des vecteurs de base Le vecteur horizontal e1 devient vertical et le vecteur vertical e2 devient horizontal vers la gauche. e₁ e₂ M e₁ M e₂
Le quart de tour envoie le premier vecteur de base vers le haut et le second vers la gauche, sans changer leur longueur.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Reconnaître une matrice d’isométrie par le calcul de sa transposée fois elle-même.
  • Interpréter les deux valeurs possibles du déterminant.
  • Refaire le calcul complet pour une rotation d’un quart de tour.
  • Adapter le critère au cadre hermitien complexe.

En clair

Imaginez une flèche dessinée sur une feuille, puis faites tourner la feuille d’un quart de tour. La flèche change de direction, mais pas de longueur. La matrice de cette transformation est un tableau de nombres qui indique où vont les directions de départ.
Dans une base dont les axes sont perpendiculaires et gradués de la même façon, les colonnes de ce tableau restent des directions unitaires perpendiculaires. Cette organisation permet à la transformation de conserver les longueurs et les angles.

Définition

Dans un espace euclidien réel de dimension finie, une isométrie vectorielle est une application linéaire qui conserve le produit scalaire, donc les longueurs et les angles. Soit M sa matrice dans une base orthonormée. La matrice est orthogonale : sa transposée, notée MT, est aussi son inverse. Le critère complet s’écrit :
MTM=MMT=InM1=MTM^{T}M=MM^{T}=I_n\quad\Longleftrightarrow\quad M^{-1}=M^{T}
Le symbole In désigne la matrice identité de même taille que M. Cette égalité équivaut à dire que les colonnes de M forment une base orthonormée. En prenant les déterminants, on obtient det(M) = +1 ou det(M) = −1. Le premier cas préserve l’orientation ; dans le plan, il correspond à une rotation. Le second renverse l’orientation et comprend notamment les réflexions. Dans un espace vectoriel complexe muni d’un produit scalaire hermitien, la transposée est remplacée par l’adjointe M* : la condition M−1 = M* définit alors une matrice unitaire.

De quoi c'est fait

Quatre éléments interviennent. L’espace euclidien fournit le produit scalaire à conserver. La base orthonormée fixe des axes unitaires perpendiculaires. L’isométrie vectorielle transforme les vecteurs sans modifier leur produit scalaire. Enfin, la matrice M rassemble dans ses colonnes les images des vecteurs de la base.
Le choix d’une base orthonormée relie directement la conservation géométrique au calcul MTM = In. Cette identité impose à la fois une longueur égale à 1 pour chaque colonne et un produit scalaire nul entre deux colonnes distinctes. Ces données suffisent à reconstruire l’application linéaire et à contrôler qu’elle est isométrique. Le déterminant ne définit pas à lui seul l’isométrie : son signe indique seulement si l’orientation est préservée ou renversée.

Un exemple, pas à pas

Dans le plan muni de sa base orthonormée habituelle, on considère la rotation d’un quart de tour dans le sens direct. Les données sont l’image du premier vecteur de base, de coordonnées (1, 0), qui devient (0, 1), et celle du second, de coordonnées (0, 1), qui devient (−1, 0).
1. Placez ces deux images en colonnes pour obtenir la matrice M.
2. Échangez ses lignes et ses colonnes pour former sa transposée MT.
3. Multipliez MT par M et calculez le déterminant :
M=(0110),MT=(0110),MTM=(1001),det(M)=1M=\begin{pmatrix}0&-1\\1&0\end{pmatrix},\quad M^{T}=\begin{pmatrix}0&1\\-1&0\end{pmatrix},\quad M^{T}M=\begin{pmatrix}1&0\\0&1\end{pmatrix},\quad \det(M)=1
Le produit donne exactement la matrice identité : M est donc orthogonale. Son déterminant positif confirme que l’orientation est préservée. Pour refaire un contrôle concret, appliquez M au vecteur de coordonnées (2, 1) : il devient (−1, 2), et les deux longueurs au carré valent 5.

En pratique

Pour vérifier qu’une matrice carrée réelle décrit une isométrie dans une base orthonormée, on calcule MTM. Si le résultat est la matrice identité, le contrôle est concluant ; sinon, au moins une longueur ou un angle est modifié.
Pour savoir si cette isométrie préserve l’orientation, on calcule ensuite son déterminant. La valeur +1 signale une isométrie directe, tandis que −1 signale une isométrie indirecte. Ce second calcul classe l’isométrie, mais ne remplace pas le test d’orthogonalité.
Avec des coordonnées complexes, on emploie l’adjointe, qui transpose la matrice et conjugue ses coefficients. Le test devient M*M = In ; utiliser seulement la transposée ferait perdre l’information portée par les nombres complexes.

À ne pas confondre

Une matrice orthogonale n’est pas une matrice dont tous les coefficients hors diagonale sont nuls. « Orthogonale » décrit ici ses colonnes et ses lignes : elles sont unitaires et perpendiculaires entre elles. La matrice du quart de tour possède des coefficients non nuls hors diagonale, tout en vérifiant MTM = I2.
Une matrice symétrique vérifie MT = M, tandis qu’une matrice orthogonale vérifie MT = M−1. La matrice du quart de tour est orthogonale mais non symétrique, car sa transposée diffère d’elle.
Une matrice unitaire est l’analogue complexe d’une matrice orthogonale. Le critère décisif est la présence de l’adjointe M*, qui conjugue les coefficients en plus de transposer la matrice.

Limites et pièges

Le critère MTM = In suppose une base orthonormée. Dans une base quelconque, les colonnes peuvent sembler non orthonormées avec le produit scalaire usuel sur les coordonnées. Il faut alors tenir compte de la matrice du produit scalaire dans cette base.
Le signe du déterminant ne suffit jamais à prouver qu’une matrice est orthogonale. Par exemple, une matrice peut avoir un déterminant égal à +1 tout en déformant les longueurs ; le test MTM = In reste indispensable.
En dimension supérieure à 3, une matrice orthogonale de déterminant +1 peut combiner des rotations dans plusieurs plans orthogonaux. Le terme sûr est alors « isométrie directe » ; la description par une unique rotation plane serait trop restrictive.
Dans le cadre complexe, remplacer l’adjointe M* par la seule transposée MT peut donner un verdict faux. La conjugaison des coefficients fait partie du critère unitaire.

Pour aller plus loin

La fiche matrice orthogonale approfondit le critère MTM = In et les propriétés propres à cette famille de matrices.
La fiche isométrie vectorielle replace la matrice dans l’étude des applications linéaires qui conservent le produit scalaire.
La fiche rotation vectorielle développe le cas des isométries directes représentées par une rotation.
La fiche Unitaire (matrice) prolonge le critère dans les espaces complexes à l’aide de l’adjointe.
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