GéométrieMéthode · Glossaire
méthode de descente infinie
La méthode de descente infinie est un raisonnement par l’absurde qui prouve l’inexistence de certaines solutions en associant à chacune une taille dans les entiers naturels. Si une solution supposée permet toujours de construire une autre solution admissible de taille strictement plus petite, l’ensemble non vide des tailles aurait un plus petit élément tout en contenant une taille plus petite encore, contradiction.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier le principe du plus petit entier qui fonde la descente.
- Vérifier les trois conditions d’une règle de descente valide.
- Distinguer la descente infinie du raisonnement par l’absurde général et de la récurrence.
- Repérer les échecs dus à une diminution non stricte ou à un mauvais domaine.
En clair
Imaginez qu’une solution existe et choisissez celle qui porte le plus petit entier possible. La descente infinie montre alors que cette solution obligerait à en construire une autre, repérée par un entier encore plus petit. Le même raisonnement pourrait recommencer sans fin.
Or les entiers naturels ne permettent pas de descendre indéfiniment. La contradiction ne vient donc pas d’un calcul raté : elle prouve que la première solution supposée n’existait pas.
Définition
La méthode de descente infinie est un raisonnement par l’absurde destiné à établir l’impossibilité d’une solution en entiers naturels. On suppose qu’au moins une solution existe, puis on associe à chaque solution un entier naturel qui en mesure la « taille ». Comme l’ensemble de ces tailles serait non vide, il posséderait un plus petit élément, noté .
Le cœur de la preuve consiste à partir d’une solution de taille et à construire une nouvelle solution de taille , avec . Cette nouvelle solution contredit directement le choix de comme plus petite taille. On peut aussi présenter le même mécanisme comme la production impossible d’une suite infinie d’entiers naturels strictement décroissante.
La méthode apparaît déjà dans les Éléments d’Euclide. Fermat l’a notamment employée pour le résultat selon lequel aucun triangle rectangle à côtés entiers n’a une aire égale à un carré parfait. Elle intervient aussi dans les cas d’exposant 4 et 5 du grand théorème de Fermat, le cas 5 étant traité par Legendre.
Le principe
Supposons qu’un problème admette une solution en entiers naturels. Associons à chaque solution une taille entière naturelle. Choisissons une solution dont la taille est minimale. Si la structure du problème permet d’en déduire une autre solution de taille telle que , la minimalité de est contredite. L’hypothèse de départ est donc fausse : le problème n’a aucune solution de la forme considérée. Le schéma des tailles rend visible la contradiction produite par cette baisse répétable.
Quand l'utiliser
La descente s’applique lorsque les solutions supposées sont liées à une taille dans les entiers naturels. Il faut vérifier trois points : l’ensemble des tailles est non vide sous l’hypothèse d’existence ; toute solution fournit réellement une solution admissible plus petite ; la taille diminue strictement tout en restant naturelle.
Si la taille peut être un nombre rationnel positif, la seule diminution ne suffit pas : 1, 1/2, 1/4, … est une descente infinie possible. Si la construction produit seulement un objet plus simple sans entier strictement plus petit, le principe du minimum ne conclut pas. Il faut alors trouver une mesure entière bien fondée ou employer un autre argument.
Un exemple, pas à pas
Montrons qu’il n’existe pas d’entiers naturels strictement positifs et tels que . Supposons au contraire qu’une telle paire existe et choisissons-en une pour laquelle est minimal.
1. L’égalité montre que est pair. Donc est pair : il existe un entier naturel strictement positif tel que .
2. En remplaçant par , on obtient , puis . Le même argument de parité donne pour un entier naturel strictement positif .
3. En remplaçant à son tour par dans , il vient , donc . La paire satisfait ainsi la même équation et reste formée d’entiers naturels strictement positifs.
4. Sa taille est pourtant plus petite : puisque , on a . Nous avons donc construit, à partir de la paire minimale , une paire admissible dont la seconde coordonnée est strictement plus petite.
Cette nouvelle paire contredit la minimalité de . L’équation n’a donc aucune solution en entiers naturels strictement positifs.
En pratique
Pour montrer qu’une équation n’a pas de solution entière, on cherche une grandeur naturelle attachée à toute solution supposée. Si une transformation conserve l’équation tout en diminuant strictement cette grandeur, la descente est adaptée. Une congruence est souvent préférable lorsqu’un reste modulo un entier suffit déjà à produire la contradiction.
Pour réfuter l’existence d’un objet arithmétique, on peut choisir un contre-exemple minimal et étudier sa structure. Le geste décisif n’est pas de répéter « plus petit », mais de construire un nouvel objet qui respecte toutes les conditions initiales. Si cette conservation échoue, la descente échoue aussi.
Dans le résultat de Fermat sur les triangles rectangles à côtés entiers, l’objectif est une impossibilité : une aire carrée parfaite. La descente convient parce que le raisonnement vise à transformer une solution supposée en une solution entière plus petite ; une vérification numérique isolée ne pourrait pas exclure tous les triangles.
À ne pas confondre
Raisonnement par l’absurde. La descente infinie en est une forme particulière. Un raisonnement par l’absurde quelconque cherche une contradiction ; une descente doit en plus fabriquer, à partir d’une solution, une solution strictement plus petite selon une mesure naturelle.
Récurrence. Une récurrence monte des premiers entiers vers tous les suivants en prouvant un cas initial puis un passage. La descente part d’une solution supposée et descend vers une taille interdite par la minimalité. La direction et le rôle logique ne sont pas les mêmes.
Algorithme itératif. Un algorithme cherche habituellement un résultat après un nombre fini d’étapes. Dans une preuve par descente, nul besoin d’exécuter indéfiniment la construction : obtenir une seule solution plus petite que la solution minimale suffit à conclure.
Limites et pièges
Diminution non stricte. Si la construction donne , elle peut rendre la même taille. Le symptôme est une boucle sans progrès. Il faut prouver .
Mauvais domaine. Les nombres positifs ne sont pas tous bien ordonnés de la même façon. Parmi les rationnels positifs, 1, 1/2, 1/4, … décroît sans atteindre un minimum. Il faut une taille dans les entiers naturels ou un ordre dont toute partie non vide possède un élément minimal.
Nouvel objet non admissible. Une taille plus petite ne sert à rien si l’objet construit cesse de satisfaire l’équation, l’intégralité ou la positivité exigée. Chaque hypothèse du problème doit être vérifiée de nouveau avant d’invoquer la contradiction.
Zéro mal traité. Si zéro est une solution autorisée, demander seulement une taille naturelle plus petite peut bloquer au seuil 0. Il faut exclure explicitement ce cas, le traiter séparément ou choisir une autre mesure positive pour les solutions visées.
Pour aller plus loin
Avec la descente infinie de Fermat — Suivez cette méthode dans un développement consacré à son usage chez Fermat.
Raisonnement par l’absurde — Replacez la descente parmi les preuves qui réfutent une hypothèse en produisant une contradiction.
Entiers naturels — Précisez le domaine dont le principe du plus petit élément rend la descente impossible.
Théorème de Fermat — Situez l’un des grands résultats arithmétiques auxquels la méthode est historiquement reliée.
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