ArithmétiqueNotion · Glossaire
nombre univers
Un nombre univers est un nombre réel dont le développement décimal contient, à des positions consécutives, toute suite finie de chiffres. Autrement dit, aussi long soit le motif numérique choisi, il apparaît quelque part dans ses décimales.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier le critère décimal d'un nombre univers.
- Vérifier l'occurrence d'un motif fini sans confondre ce test avec une preuve d'universalité.
- Distinguer nombre univers, nombre normal et nombre irrationnel.
- Savoir pourquoi les rationnels sont exclus et pourquoi le cas de π reste ouvert.
En clair
Imaginez une décimale écrite sans fin. Vous choisissez le motif 314, puis un autre de mille chiffres : chacun doit apparaître d'un seul tenant quelque part dans cette écriture. Un réel qui accueille ainsi toute suite finie de chiffres est appelé nombre univers.
La propriété ne dit ni où chercher ni combien de fois le motif revient. Une portion déjà calculée peut révéler 314, mais aucune portion finie ne suffit à garantir que tous les motifs possibles apparaîtront.
Définition
Soit un nombre réel x écrit en base dix. Ses chiffres après la virgule sont notés d1, d2, d3, et ainsi de suite. Le nombre x est univers si tout mot fini formé avec les dix chiffres de 0 à 9 apparaît dans cette suite à des positions consécutives.
Pour tout nombre de chiffres k au moins égal à 1 et tout choix de chiffres a1, …, ak, il doit donc exister une position n telle que les k chiffres de x à partir de cette position reproduisent le mot choisi :
Cette condition porte sur l'existence de chaque bloc, pas sur sa fréquence ni sur la rapidité avec laquelle il apparaît.
Un développement décimal rationnel devient périodique après un certain rang et ne peut pas contenir tous les blocs finis : aucun nombre rationnel n'est donc univers. L'ensemble des nombres univers est néanmoins non dénombrable. Pour un irrationnel donné, la décision peut rester hors de portée ; on ignore notamment si π et √2 satisfont ce critère.
Un exemple, pas à pas
Considérons un réel fictif x dont les premiers chiffres sont 0,271828314159265… Nous voulons seulement vérifier si le motif 314 apparaît dans ce préfixe ; ce contrôle local ne dira pas si x est univers.
Données :
préfixe observé : 271828314159265 ;
motif recherché : 314 ;
longueur du motif : 3 chiffres.
préfixe observé : 271828314159265 ;
motif recherché : 314 ;
longueur du motif : 3 chiffres.
1. Parcourir le préfixe de gauche à droite par groupes de trois chiffres consécutifs.
2. À partir du septième chiffre, lire successivement 3, puis 1, puis 4.
3. Comparer ce groupe au motif recherché : 314 = 314.
4. Noter l'occurrence aux positions 7 à 9 après la virgule.
2. À partir du septième chiffre, lire successivement 3, puis 1, puis 4.
3. Comparer ce groupe au motif recherché : 314 = 314.
4. Noter l'occurrence aux positions 7 à 9 après la virgule.
Le contrôle est refaisable en comptant les chiffres du préfixe : 2, 7, 1, 8, 2, 8 précèdent bien 314. Une occurrence est établie, mais il resterait une infinité de motifs à traiter pour démontrer que x est univers.
En pratique
Pour explorer les décimales d'un nombre, on peut choisir un motif fini et lancer une recherche exacte dans les chiffres disponibles. Le résultat établit une occurrence, jamais la propriété universelle entière.
Face à un développement finalement périodique, il est inutile de multiplier les recherches : sa répétition exclut l'universalité. Pour un développement non périodique, l'absence d'un motif dans le préfixe calculé signifie seulement qu'il faut chercher plus loin.
L'image du singe tapant au hasard aide à se représenter l'accumulation de tous les textes finis. Elle éclaire l'intuition, tandis que la définition décimale reste le critère à appliquer à un nombre.
À ne pas confondre
Un nombre normal impose une répartition régulière des blocs de chiffres. Un nombre univers exige seulement leur présence : trouver chaque bloc, sans connaître ses fréquences, répond au second critère mais pas au premier.
Un nombre irrationnel a un développement décimal infini non périodique, mais cette seule propriété ne garantit pas qu'il contienne tous les blocs finis. Le cas de π illustre la différence : il est irrationnel, alors que son universalité n'est pas établie.
Limites et pièges
Un long préfixe ne constitue pas une preuve. Même si des millions de chiffres contiennent tous les motifs testés, un motif non testé peut manquer. Il faut distinguer l'observation finie du critère portant sur toutes les suites finies.
Irrationnel ne signifie pas univers. L'absence de période exclut le cas rationnel, mais elle ne fournit pas tous les motifs. Pour π comme pour √2, il faut donc conserver le verdict indiqué par l'état des connaissances : leur universalité n'est pas connue.
L'analogie aléatoire ne remplace pas une démonstration. Le singe et la machine à écrire font sentir pourquoi tout texte fini est attendu au cours d'une frappe indéfinie et équiprobable. Pour un réel précis, seule une preuve portant sur ses décimales permettrait de conclure.
Pour aller plus loin
Le glossaire nombre normal ajoute à la présence des blocs une condition sur leurs fréquences.
La fiche Développement décimal précise le support sur lequel les suites finies sont recherchées.
L'article Face aux développements décimaux prolonge l'exploration des écritures décimales et de leurs structures.
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