GéométrieNotion · Glossaire
Orthonormale (famille)
Une famille de vecteurs d'un espace préhilbertien est dite orthonormale si ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux et chacun est de norme un. Dans un espace de Hilbert, une famille orthonormale totale est appelée base hilbertienne. Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls peut être orthonormalisée par le procédé de Gram-Schmidt. Les bases orthonormales simplifient considérablement les calculs de projections et de coordonnées.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Reconnaître une famille orthonormale à partir du produit scalaire et des normes.
- Normaliser deux vecteurs orthogonaux et vérifier les coordonnées d'un vecteur dans la base obtenue.
- Distinguer famille orthonormale, famille orthogonale, base algébrique et base hilbertienne.
- Repérer les cas où Gram-Schmidt ou la condition de totalité exigent une précaution.
En clair
Imaginez deux flèches partant du même point : l'une monte vers la droite à 45° de l'horizontale, l'autre descend vers la droite à 45°. Leurs directions sont perpendiculaires : elles forment un angle droit. Si chacune mesure exactement une unité, elles constituent une famille orthonormale.
Ces directions servent de repères indépendants et calibrés. Pour décrire un autre vecteur, on mesure sa part dans chaque direction. Comme les directions ne se mélangent pas et ont la même échelle, les coordonnées et les projections se calculent directement.
Définition
Dans un espace vectoriel réel ou complexe muni d'un produit scalaire, une famille de vecteurs est orthonormale, ou orthonormée, lorsque deux conditions sont réunies. Deux vecteurs distincts de la famille ont un produit scalaire nul. Chaque vecteur a une norme égale à 1. En notant les vecteurs ei, ces conditions se condensent ainsi : , où le symbole δij vaut 1 si les indices i et j sont égaux, et 0 sinon.
Une famille orthonormale n'est pas nécessairement assez grande pour décrire tout l'espace. Dans un espace de Hilbert, elle devient une base hilbertienne lorsqu'elle est totale : l'adhérence de l'espace engendré par ses vecteurs est l'espace entier. En dimension finie, cette totalité revient à engendrer tout l'espace. En dimension infinie, elle autorise des développements convergents, pas forcément des sommes finies.
Une famille orthogonale de vecteurs non nuls devient orthonormale en divisant chaque vecteur par sa norme. Le procédé de Gram-Schmidt étend cette idée : appliqué dans un ordre fixé à une famille linéairement indépendante, il construit des vecteurs orthogonaux, puis les normalise, tout en conservant les sous-espaces successivement engendrés.
Un exemple, pas à pas
Dans le plan ℝ2 muni du produit scalaire usuel, prenons les vecteurs u = (1, 1) et v = (1, −1), puis le vecteur x = (3, 1) à décomposer. Les données sont donc les quatre coordonnées de u et v, ainsi que les deux coordonnées de x.
1. Le produit scalaire de u et v vaut 1 × 1 + 1 × (−1) = 0. Les deux vecteurs sont orthogonaux.
2. Les deux normes valent √2. On obtient donc les vecteurs unitaires e1 = (1/√2, 1/√2) et e2 = (1/√2, −1/√2). La figure matérialise leur angle droit et leur longueur commune.
3. Les coordonnées de x dans cette base sont ses produits scalaires avec les deux vecteurs : et .
4. La reconstruction donne . Le résultat est bien le vecteur annoncé. Le contrôle consiste à refaire les deux composantes : 2 + 1 = 3 et 2 − 1 = 1.
En pratique
Pour calculer les coordonnées d'un vecteur, une base orthonormale permet de prendre directement ses produits scalaires avec les vecteurs de base. Avec une base quelconque, il faut plutôt résoudre un système linéaire ou utiliser la base duale.
Pour projeter un vecteur sur un sous-espace engendré par une famille orthonormale finie, on additionne ses composantes dans les directions de cette famille. En dimension infinie, la projection porte sur l'adhérence du sous-espace engendré et s'obtient par la série convergente de ces composantes. Cette écriture est préférable lorsqu'une famille orthonormale du sous-espace est disponible ; sinon, une orthonormalisation préalable évite les termes croisés.
Dans un calcul numérique, Gram-Schmidt transforme des directions indépendantes en repère orthonormal. La variante choisie compte lorsque les vecteurs sont presque dépendants : une version numériquement plus stable est alors préférable au procédé classique effectué sans précaution.
À ne pas confondre
Famille orthogonale. Ses vecteurs distincts sont perpendiculaires, mais leur norme peut différer de 1. Ainsi, (2, 0) et (0, 3) sont orthogonaux sans former une famille orthonormale.
Base algébrique. Chaque vecteur s'y écrit comme une combinaison linéaire finie et unique. Une base hilbertienne décrit plutôt les vecteurs par une limite de combinaisons finies ; en dimension infinie, les deux notions ne coïncident pas.
Matrice orthogonale réelle. C'est une matrice carrée dont les colonnes, et aussi les lignes, forment une famille orthonormale. Une famille orthonormale incomplète placée en colonnes d'une matrice rectangulaire ne rend donc pas cette matrice « orthogonale » au sens usuel.
Limites et pièges
Le vecteur nul bloque la normalisation. Sa norme vaut 0, donc la division par la norme est impossible. Il faut retirer ce vecteur avant de chercher une famille orthonormale.
Orthonormale ne signifie pas totale. Dans ℝ3, la famille réduite au vecteur (1, 0, 0) est orthonormale, mais elle ne décrit que son axe. Il faut vérifier que l'espace engendré, ou son adhérence en dimension infinie, remplit l'espace visé.
Gram-Schmidt dépend de l'ordre. Des vecteurs d'entrée permutés peuvent produire des vecteurs orthonormaux différents. Si une étape donne le vecteur nul, les données sont linéairement dépendantes ; il faut supprimer la direction redondante plutôt que tenter de la normaliser.
Le produit scalaire fixe la géométrie. Une même famille peut être orthonormale pour un produit scalaire et ne plus l'être pour un autre. Toute vérification doit donc utiliser le produit scalaire déclaré dans l'espace considéré.
Pour aller plus loin
Le produit scalaire donne le critère qui mesure l'orthogonalité et la norme de chaque vecteur.
La projection montre comment extraire la composante d'un vecteur portée par une direction ou un sous-espace.
L'espace de Hilbert fournit le cadre complet où une famille orthonormale totale devient une base hilbertienne.
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