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Probabilités et statistiquesThéorème · Glossaire

paradoxe de Patarin

Le paradoxe de Patarin montre que chaque pari pris séparément a une espérance nulle, tandis que l'acceptation simultanée de toute la famille produit un résultat global défavorable. Le cas fini obéit à l'addition usuelle des espérances ; lorsque le paramètre x parcourt [0, 1[, cette famille non dénombrable demande une analyse mesure-théorique.
Trois trajectoires du pari de Patarin Pour x dans [0,1[, une trajectoire de perte et deux trajectoires de gain donnent les valeurs de y non nulles. xy 01/21 01/21 Perte −1 € Gain +1 €
Pour chaque x, une trajectoire correspond à la perte et deux aux gains ; les trois trajectoires parcourent l'intervalle des y possibles.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Définir le mécanisme du paradoxe.
  • Calculer un pari fixé avec x = 1/2.
  • Distinguer le cas fini de la famille non dénombrable.

En clair

Imaginez une collection de jeux où chaque jeu ne produit, en moyenne, ni gain ni perte : sous un tirage uniforme continu, les trois valeurs précises qui déclenchent un paiement ont chacune une probabilité nulle. Si vous en choisissez un nombre fini, le bilan moyen reste donc nul pour cette construction. Le paradoxe de Patarin montre qu'une collection infinie peut se comporter autrement. Accepter tous les jeux à la fois organise ces valeurs sur tout l'intervalle des résultats possibles et produit un bilan global défavorable. L'infini ne se manipule donc pas comme un très grand nombre fini.

Définition

Le paradoxe de Patarin est un résultat contre-intuitif sur l'addition d'espérances mathématiques. Pour chaque paramètre réel x appartenant à [0, 1[, le pari p(x) dépend d'un tirage uniforme y dans [0, 1]. Il verse −1 euro lorsque y = (3/4)x, +1 euro lorsque y vaut 3/4 + x/8 ou 7/8 + x/8, et 0 euro dans les autres cas.
Pour un x fixé, les trois valeurs non nulles sont distinctes, mais chacune est atteinte avec une probabilité nulle sous la loi uniforme continue ; l'espérance du pari vaut donc 0. En revanche, la famille indexée par tous les x de [0, 1[ n'est pas une suite dénombrable : ses indices forment un intervalle continu. L'analyse mesure-théorique de la famille entière donne alors un pari global défavorable. La difficulté vient de l'absence d'une somme non dénombrable définie par la simple addition des espérances, et non d'une non-additivité établie de l'espérance.
La distinction essentielle porte donc sur le passage d'un nombre fini de paris à une famille continue de paris. Elle ne contredit pas l'additivité usuelle des espérances pour une somme finie : pour ces paris précis, une telle somme a une espérance nulle. Elle signale que cette propriété ne s'étend pas automatiquement à cette construction infinie.

Le principe

Si un nombre fini de paris possède chacun une espérance mathématique strictement positive, alors leur somme a une espérance strictement positive. Cette règle ne permet pas de conclure pour la famille continue des paris p(x) lorsque x parcourt [0, 1[ : dans la construction de Patarin, l'acceptation simultanée de cette famille conduit à un résultat global défavorable.
Le critère de vigilance est le suivant : avant de remplacer une famille infinie par une somme d'espérances individuelles, il faut vérifier que l'opération d'addition est définie dans le cadre probabiliste considéré.

Quand l'utiliser

La construction utilise un paramètre x réel dans [0, 1[, un résultat y tiré uniformément dans [0, 1], et des gains mesurés en euros. Pour chaque x, les trois valeurs indiquées pour y déterminent les seules issues non nulles du pari.
Le raisonnement sur un nombre fini de paris suppose que chaque espérance existe et qu'elle est strictement positive. Le cas paradoxal exige ensuite l'acceptation de tous les paris indexés par l'intervalle [0, 1[, donc d'une famille non dénombrable.
Si l'on ne retient qu'un nombre fini de valeurs de x, l'addition finie reste valide, mais elle donne ici une espérance nulle puisque chaque pari a une espérance nulle ; la positivité ne concernerait qu'une hypothèse distincte. Si l'on remplace le tirage uniforme ou les gains de la construction, il faut refaire l'analyse : le verdict du paradoxe ne se transfère pas automatiquement à un autre jeu.

Un exemple, pas à pas

Considérons le pari correspondant au paramètre x = 1/2. Le tirage y reste uniforme dans [0, 1] et le gain vaut −1 euro, +1 euro ou 0 euro selon la règle de la construction.
Les trois valeurs non nulles se calculent ainsi : (3/4) × (1/2) = 3/8 ; 3/4 + (1/2)/8 = 13/16 ; 7/8 + (1/2)/8 = 15/16.
Le pari perd 1 euro si y = 3/8.
Le pari gagne 1 euro si y = 13/16 ou si y = 15/16.
Pour tout autre résultat y, le gain est nul.
Le contrôle est immédiat : 3/8, 13/16 et 15/16 appartiennent à [0, 1] et sont distincts. Ce cas particulier montre la règle locale avec une perte et deux gains ; il ne suffit pas à prévoir le bilan de la famille entière lorsque x parcourt [0, 1[.

En pratique

Dans un calcul de probabilité, commencez par préciser si vous additionnez un nombre fini de variables aléatoires ou si vous décrivez une famille continue. Cette distinction observable dans l'indexation détermine le type de justification nécessaire.
Pour présenter un pari de la famille, fixez d'abord x, listez les valeurs de y qui donnent un gain ou une perte, puis séparez ce calcul local de l'analyse globale. Comme ces trois événements ont une probabilité nulle sous le tirage uniforme continu, l'espérance locale vaut 0. Une simulation numérique finie peut illustrer le mécanisme, mais elle ne remplace pas l'analyse mesure-théorique de la famille complète.
La bonne alternative à une addition intuitive est de vérifier les hypothèses du théorème ou de l'opération d'intégration utilisée. Si la famille est seulement finie, l'addition finie est le cadre adapté ; si elle est indexée par un intervalle, il faut conserver cette structure dans le raisonnement.

À ne pas confondre

Le paradoxe de Patarin ne dit pas qu'un pari fini, dont chaque espérance est strictement positive, devient défavorable par simple addition. Dans ce cas fini, la somme des espérances reste l'espérance de la somme. La différence testable est la cardinalité de la famille : un nombre fini d'indices d'un côté, tout l'intervalle [0, 1[ de l'autre.
Il ne s'agit pas non plus d'une égalité entre les probabilités de gain et de perte. Pour un pari fixé, la construction attribue deux valeurs gagnantes et une valeur perdante parmi les issues non nulles ; le paradoxe porte sur le passage à la famille entière, pas sur le décompte isolé.

Limites et pièges

Le seuil conceptuel est le passage de tout nombre fini de paris à une famille indexée par [0, 1[, qui contient une infinité non dénombrable de paramètres. Une vérification portant sur 10, 100 ou tout autre nombre fini de paris ne tranche donc pas le cas global.
Un autre piège consiste à lire « deux gains et une perte » comme une comparaison complète des probabilités. Les trois valeurs non nulles sont déterminées par le paramètre et le tirage ; les autres valeurs donnent un résultat nul, et l'analyse globale ne se réduit pas à ce seul comptage.
Enfin, la conclusion défavorable appartient à la construction décrite et à son analyse mesure-théorique. Pour un autre intervalle, une autre loi de tirage ou une autre famille de gains, il faut établir séparément l'existence et la valeur du bilan global.

Pour aller plus loin

Pour prolonger cette lecture, l'article « Quand l'espérance mathématique se fait paradoxale » relie le phénomène à la notion d'espérance et aide à situer pourquoi une intuition locale peut échouer lorsque l'on change de cadre d'addition.
L'article « La poussière dans les coins » offre une ouverture vers la théorie de la mesure, le langage mathématique qui permet de formuler rigoureusement les phénomènes liés aux familles continues et aux ensembles de mesure nulle.
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