Probabilités et statistiquesThéorème · Glossaire
paradoxe des cravates
Le paradoxe des cravates, attribué à Maurice Kraitchik, met en scène deux joueurs qui échangent leur cravate selon une règle : celui qui porte la plus courte reçoit celle de l'autre. La symétrie des rôles peut faire croire à chacun qu'il a intérêt à parier, puisqu'il peut gagner une cravate plus longue. Mais un tel gain moyen ne peut être calculé sans loi de probabilité précisant les longueurs possibles et leurs chances.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Comprendre la scène du pari et sa symétrie.
- Identifier la loi de probabilité manquante.
- Contrôler les gains dans les deux cas de longueurs différentes.
En clair
Imaginez deux cravates de longueurs différentes. La personne qui porte la plus courte gagne celle de l'autre, tandis que la personne qui porte la plus longue la perd. Comme chacun peut se placer dans le rôle du gagnant ou du perdant, la situation est parfaitement symétrique.
Le piège apparaît quand on transforme cette histoire en calcul d'espérance. Une cravate adverse peut être plus longue, mais sa longueur et sa probabilité ne sont pas précisées. Sans cette information, l'impression d'un gain moyen n'est pas un calcul de probabilité valide.
Définition
Le paradoxe des cravates est une situation de pari à deux joueurs, attribuée à Maurice Kraitchik, dans laquelle le joueur portant la cravate la plus courte reçoit la cravate de l'autre. Les joueurs occupent des positions symétriques : chacun possède une cravate et peut être le plus court ou le plus long.
Appelons ℓ₁ la longueur de la première cravate et ℓ₂ celle de la seconde. Le résultat du pari dépend du signe de ℓ₁ − ℓ₂ : si ℓ₁ < ℓ₂, le premier joueur gagne la cravate de longueur ℓ₂ ; si ℓ₂ < ℓ₁, le second joueur gagne la cravate de longueur ℓ₁. Le cas ℓ₁ = ℓ₂ n'est pas tranché par la règle et doit être réglé séparément.
Le paradoxe ne révèle pas un gain réel pour chacun. Il révèle qu'une espérance mathématique exige une loi de probabilité, c'est-à-dire les valeurs possibles des longueurs et leurs probabilités. Une intuition fondée sur la seule possibilité de recevoir une cravate plus longue ne suffit donc pas.
Le principe
Pour évaluer rationnellement le pari, il faut d'abord spécifier la loi de probabilité des longueurs ℓ₁ et ℓ₂. Il faut ensuite attribuer un gain à chaque issue, selon la règle qui donne la cravate de l'adversaire au joueur ayant la plus courte. L'espérance du gain se calcule alors en pondérant chaque gain par la probabilité de l'issue correspondante. Sans loi spécifiée, aucune espérance numérique ne peut être conclue.
Quand l'utiliser
Le raisonnement s'applique si deux joueurs possèdent chacun une cravate, si la comparaison porte sur leur longueur et si le joueur ayant la plus courte reçoit celle de l'adversaire. Les longueurs ℓ₁ et ℓ₂ doivent être définies dans la même unité, et leur loi conjointe doit être connue pour calculer une espérance.
Un contre-cas concret est celui où le tiers annonce seulement que l'une des cravates peut être plus longue, sans donner les probabilités ni les longueurs possibles. Le pari reste descriptible, mais son gain moyen n'est pas calculable. Il faut alors préciser la loi ou renoncer à une conclusion probabiliste.
Un exemple, pas à pas
Considérons deux longueurs ℓ₁ et ℓ₂, mesurées dans la même unité. Le gain d'un joueur est défini comme la longueur de la cravate reçue moins celle qu'il abandonne.
Si ℓ₁ < ℓ₂, le premier joueur reçoit la seconde cravate : son gain est ℓ₂ − ℓ₁, tandis que celui du second est ℓ₁ − ℓ₂.
Si ℓ₂ < ℓ₁, les rôles s'inversent : le gain du premier est ℓ₂ − ℓ₁ et celui du second est ℓ₁ − ℓ₂.
Dans les deux cas, les gains sont opposés et leur somme vaut zéro.
Pour obtenir une espérance, il faudrait encore connaître la probabilité de chaque couple (ℓ₁, ℓ₂). Cette donnée manque dans le paradoxe : la symétrie des rôles ne fournit pas à elle seule une loi de probabilité.
Si ℓ₂ < ℓ₁, les rôles s'inversent : le gain du premier est ℓ₂ − ℓ₁ et celui du second est ℓ₁ − ℓ₂.
Dans les deux cas, les gains sont opposés et leur somme vaut zéro.
Pour obtenir une espérance, il faudrait encore connaître la probabilité de chaque couple (ℓ₁, ℓ₂). Cette donnée manque dans le paradoxe : la symétrie des rôles ne fournit pas à elle seule une loi de probabilité.
Le contrôle est immédiat : échanger les indices 1 et 2 échange aussi les gains. Une conclusion qui annoncerait simultanément un avantage moyen strict pour les deux joueurs contredirait cette symétrie.
En pratique
Dans un pari réel, commencez par demander quelles longueurs sont possibles et comment elles sont distribuées. Le critère observable est la présence d'une règle de tirage ou d'une population de cravates décrite.
Pour une décision concrète, comparez ensuite le gain associé à chaque issue, plutôt que de retenir seulement l'image d'une cravate potentiellement plus longue. Si les probabilités sont inconnues, une comparaison qualitative ou une mesure directe est préférable à une espérance inventée.
À ne pas confondre
Le paradoxe des cravates ne doit pas être confondu avec un véritable avantage stratégique. Le critère qui les sépare est la symétrie : si les joueurs et la règle sont interchangeables, un avantage strict pour chacun ne peut pas être déduit du seul récit.
Il ne faut pas non plus le confondre avec le calcul d'une espérance bien définie. Dans un modèle où les valeurs possibles et leurs probabilités sont explicites, le calcul peut être effectué et contrôlé ; dans le pari des cravates tel qu'il est formulé, cette information manque.
Limites et pièges
Le cas charnière ℓ₁ = ℓ₂ n'a ni cravate plus courte ni gagnant selon la règle donnée. Il faut prévoir une règle d'égalité, comme l'annulation du pari, avant de calculer une espérance.
Une autre limite concerne les distributions non spécifiées ou impropres. Décrire une cravate comme « potentiellement plus longue » ne donne ni seuil, ni probabilité, ni espérance finie. Le bon réflexe consiste à écrire la loi complète et à vérifier que le gain moyen existe.
Pour aller plus loin
Le [paradoxe des deux enveloppes](/articles/les-deux-enveloppes) reprend une difficulté comparable : une symétrie apparente peut encourager un raisonnement d'espérance mal défini. La comparaison permet de reconnaître le rôle central de la loi de probabilité.
Le glossaire [espérance mathématique](/articles/glossaire-esperance-mathematique) fournit le cadre général pour pondérer des gains par leurs probabilités et vérifier qu'une valeur moyenne est effectivement définie.
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