ArithmétiqueNotion · Glossaire
répunit
Un répunit est un entier naturel dont l’écriture, dans une base donnée, ne contient que le chiffre 1. En base 10, la suite commence par 1, 11, 111 et 1111 : chaque nouveau terme ajoute un 1 à droite.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Reconnaître un répunit à son écriture dans une base précisée.
- Calculer R₆ = 111111 par les positions et par la formule.
- Vérifier que 111111 est composé par divisibilité puis factorisation.
- Relier les répunits en base 2 aux nombres de Mersenne.
- Distinguer condition nécessaire sur l’indice et primalité effective du répunit.
En clair
Écrivez six fois le chiffre 1 à la suite : vous obtenez 111111, le sixième répunit décimal, noté R6. Chaque 1 occupe une position différente. Le nombre vaut donc 100000 + 10000 + 1000 + 100 + 10 + 1. Ajouter un chiffre 1 à droite revient à multiplier le nombre précédent par 10, puis à ajouter 1. Cette construction explique pourquoi tous les répunits ont une écriture très régulière, sans dire pour autant qu’ils sont premiers.
Définition
En base 10, le répunit d’indice n est l’entier formé de n chiffres 1 consécutifs. L’indice n est un entier au moins égal à 1. On le note Rn et il vérifie . Cette égalité vient de la somme des n puissances de 10 correspondant aux positions des chiffres.
Dans une base b au moins égale à 2, le même principe donne un nombre composé de n chiffres 1 dans cette base. Si k désigne le rang d’une position, en partant de 0, la définition générale est :
L’écriture « uniquement avec des 1 » dépend donc de la base choisie.
Le mot, contraction de l’anglais repeated unit, a été introduit en 1966 par Albert H. Beiler. Les appellations « nombre uniforme », « nombre polymonadique » et « multi-as » existent aussi, mais « répunit » ou « rep-unit » est la plus répandue. Certains auteurs réservent toutefois le nom aux répunits premiers. En base 2, ces nombres valent 2n − 1 et rejoignent les nombres de Mersenne lorsque n est premier. En base 9, les répunits sont des nombres triangulaires. Leur étude s’inscrit notamment dans les mathématiques récréatives et la recherche de factorisations.
Un exemple, pas à pas
Construisons R6 en base 10. Les données sont la base 10, l’indice n = 6 et les six positions associées aux puissances de 10 allant de 0 à 5.
1. Écrivons un chiffre 1 dans chacune des six positions : R6 = 111111.
2. Développons les valeurs de position : 100000 + 10000 + 1000 + 100 + 10 + 1 = 111111. La décomposition en six colonnes rend visible la contribution exacte de chaque chiffre.
3. Appliquons la formule : . Les deux constructions donnent le même entier.
4. Vérifions si ce répunit est premier. La factorisation exacte est 111111 = 3 × 7 × 11 × 13 × 37 ; il est donc composé.
5. Un contrôle direct suffit déjà : la somme de ses chiffres vaut 6, donc 111111 est divisible par 3. Le quotient 37037, multiplié par 3, redonne bien 111111.
En pratique
Pour reconnaître un répunit décimal, on regarde son écriture : tous les chiffres doivent être des 1. Ainsi, 111111 convient, tandis que 111011 ne convient pas. Si les chiffres sont tous identiques mais différents de 1, il faut employer une autre désignation.
Pour calculer un grand terme sans recopier une longue chaîne de chiffres, on utilise la formule avec la base et l’indice voulus. Pour un petit indice, la somme des valeurs de position offre un contrôle plus lisible.
Dans un problème de divisibilité, la régularité des chiffres fournit souvent un premier test. Pour R6, la somme des chiffres révèle immédiatement le facteur 3. Une factorisation complète est nécessaire si l’on veut connaître tous les facteurs plutôt que seulement établir que le nombre est composé.
À ne pas confondre
Répunit décimal et nombre de Mersenne. Un répunit décimal d’indice n vaut (10n − 1) / 9. Le répunit de même indice en base 2 vaut 2n − 1 ; lorsque n est premier, il appartient à la famille des nombres de Mersenne. Par exemple, l’écriture binaire 11111 vaut 31 en base 10 : 31 est un nombre de Mersenne, mais son écriture décimale n’est pas un répunit.
Le critère qui tranche est donc la base de numération. Avant de conclure qu’un entier est un répunit parce que son écriture ne montre que des 1, il faut toujours préciser dans quelle base cette écriture est lue.
Limites et pièges
Le premier terme n’est pas premier. R1 = 1 est bien un répunit selon la définition par l’écriture, mais 1 n’est pas un nombre premier. La convention qui réserve « répunit » aux nombres premiers exclut donc ce cas.
Un indice composé force une factorisation. Si n s’écrit comme un produit a × b avec a et b supérieurs à 1, alors Ra divise Rn. Par exemple, R2 = 11 divise R6 = 111111. Pour chercher un répunit premier, un indice premier est donc nécessaire, mais cette condition ne suffit pas.
La base fait partie de l’objet. Une même suite de chiffres ne représente pas la même valeur selon la base. Le symbole Rn sans indication désigne habituellement le cas décimal dans cette fiche ; pour une autre base, la notation Rn(b) évite l’ambiguïté.
La rareté observée n’est pas une preuve de finitude. Les listes de répunits premiers connus dépendent de la date et des calculs disponibles : un relevé historique ne doit donc jamais être lu comme exhaustif. La question de savoir s’il existe une infinité de répunits premiers reste ouverte.
Pour aller plus loin
Le glossaire nombre de Mersenne prolonge le cas des répunits en base 2 et précise le rôle d’un exposant premier.
L’article La factorisation des grands entiers : replace la recherche de facteurs dans le problème plus large du traitement des grands nombres.
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