Histoire et cultureNotion · Glossaire
Schoenberg Isaac
Isaac Jacob Schoenberg (1903–1990) est un mathématicien roumain dont le nom reste associé à la théorie des splines. Ces fonctions assemblent des morceaux polynomiaux raccordés avec une régularité contrôlée ; il entreprend ses travaux fondamentaux sur cette théorie pendant ses recherches en balistique, de 1943 à 1945.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier Isaac Schoenberg et suivre les principales étapes de sa formation et de sa carrière.
- Comprendre le principe d'une spline comme assemblage de morceaux polynomiaux raccordés.
- Distinguer la régularité imposée d'une spline de l'apparence d'un tracé.
- Relier ses travaux sur les splines à la balistique et rappeler sa contribution aux fonctions de fréquence de Pólya.
En clair
Imaginez une règle souple qui suit plusieurs points connus sans former une ligne brisée. En mathématiques, une spline assemble des morceaux de fonctions polynomiales ; les morceaux se raccordent avec une douceur contrôlée. Isaac Schoenberg a entrepris ses travaux fondamentaux sur cette théorie pendant ses recherches en balistique, entre 1943 et 1945. Cette idée est devenue un outil important pour approcher des données et dessiner des courbes régulières.
Définition
Isaac Jacob Schoenberg est un mathématicien roumain né en 1903 et mort en 1990. Son apport le plus durable est lié à la théorie des splines, qui étudie des fonctions constituées de morceaux polynomiaux raccordés en certains points. Selon le degré des polynômes et la régularité imposée aux raccords, ces fonctions peuvent représenter une courbe avec une continuité adaptée au problème. Cette formulation précise ne réduit pas l'œuvre de Schoenberg à un seul sujet : il a aussi contribué de manière significative aux fonctions de fréquence de Pólya.
Sa formation relie plusieurs centres mathématiques européens. Après l'université de Iasi, il étudie à Berlin, où il rencontre Issai Schur, puis à Göttingen, où il travaille avec Edmund Landau. En 1926, il soutient à Iasi une thèse en théorie analytique des nombres sur un sujet proposé par Schur. Une bourse de la Fondation Rockefeller le conduit aux États-Unis en 1930, avec des séjours à Chicago puis à Harvard. Il obtient ensuite un poste à Princeton en 1935 et rejoint l'université de Pennsylvanie en 1941.
De 1943 à 1945, Schoenberg travaille pour le département de recherche en balistique de l'armée américaine ; c'est dans cette période qu'il entreprend ses travaux fondamentaux sur les splines. En 1966, il rejoint l'université du Wisconsin, où il enseigne jusqu'à sa retraite en 1973 et continue ensuite à publier.
Un exemple, pas à pas
Pour situer le rôle de Schoenberg, suivons un cas simple : la courbe doit passer par quatre points ordonnés, sans angle visible : P₀=(0,0), P₁=(1,1), P₂=(2,0) et P₃=(3,1). On retient trois morceaux cubiques, un sur chaque intervalle [0,1], [1,2] et [2,3], avec une continuité de la courbe et de sa pente aux raccords.
1. Les points sont rangés dans l'ordre de leur abscisse, c'est-à-dire leur position horizontale.
2. Pour rendre le cas contrôlable, on choisit les morceaux cubiques suivants : p₁(x)=3x²−2x³ sur [0,1], p₂(x)=1−3(x−1)²+2(x−1)³ sur [1,2], et p₃(x)=3(x−2)²−2(x−2)³ sur [2,3]. Chaque morceau décrit localement la courbe et prend les valeurs imposées aux deux extrémités de son intervalle.
3. Les morceaux sont raccordés aux points communs. On contrôle la continuité en vérifiant p₁(1)=1=p₂(1) et p₂(2)=0=p₃(2). Pour la régularité choisie, on contrôle aussi les pentes : p₁′(1)=p₂′(1)=0 et p₂′(2)=p₃′(2)=0.
4. Ici, le degré choisi est 3 et les nœuds intérieurs sont x=1 et x=2 ; les pentes nulles aux deux raccords constituent la condition supplémentaire qui évite un changement brutal de direction. D'autres conditions aux extrémités conduiraient à une autre construction.
Le résultat est une courbe par morceaux, plus souple qu'un unique polynôme qui devrait tout représenter à la fois. Le contrôle consiste à vérifier les quatre points, les deux égalités de valeurs et les deux égalités de pentes indiquées ; il ne suffit pas de constater que le tracé paraît lisse.
En pratique
En pratique, une spline sert à représenter des données par une courbe régulière lorsque l'on veut éviter les cassures d'une simple jonction de segments. On choisit les points disponibles, le degré des morceaux et la régularité attendue, puis on vérifie les raccords.
Le contexte historique de la balistique donne un exemple concret de recherche appliquée : entre 1943 et 1945, Schoenberg travaille au département de recherche en balistique de l'armée américaine et entreprend alors ses travaux fondamentaux sur les splines.
Pour une courbe très simple, une interpolation affine peut constituer une alternative. Elle convient si chaque intervalle peut être représenté par un segment et si la continuité de la pente n'est pas nécessaire ; une spline devient préférable lorsque la douceur du raccord est un critère observable.
À ne pas confondre
Une spline ne se confond pas avec une interpolation affine. L'interpolation affine relie des points par des morceaux de droites ; une spline utilise des morceaux polynomiaux et peut imposer une régularité plus élevée aux raccords. Le cas qui tranche est celui d'une courbe dont la pente doit rester compatible au point de jonction : les segments peuvent former un angle, tandis que la spline est construite pour éviter cette rupture selon les conditions choisies.
Limites et pièges
Une spline n'est pas automatiquement une courbe parfaitement lisse. La régularité dépend des conditions imposées au raccord entre deux morceaux ; il faut donc vérifier la continuité demandée au lieu de se fier à l'apparence du tracé.
Le mot spline recouvre plusieurs choix de degré, de nœuds et de conditions aux extrémités. Dans le cas guidé, le degré 3, les nœuds x=1 et x=2 et les pentes nulles aux raccords définissent un choix précis ; modifier l'un de ces paramètres peut produire une autre courbe. Pour éviter une conclusion abusive, il faut préciser le type de spline et les contraintes retenues.
Enfin, l'histoire de Schoenberg ne se réduit pas à la théorie des splines. La source mentionne aussi sa contribution aux fonctions de fréquence de Pólya ; attribuer indistinctement tous ses travaux aux splines efface cette autre partie de son œuvre.
Pour aller plus loin
Pour replacer la formation de Schoenberg dans son environnement mathématique, consultez Schur Issai. Vous y trouverez la notion associée au mathématicien rencontré par Schoenberg à Berlin et au sujet proposé pour sa thèse de 1926.
Pour comprendre le contexte professionnel de ses travaux de 1943 à 1945, consultez mathématiques et balistique. Cette ouverture aide à relier une recherche mathématique à l'étude des trajectoires et aux besoins de la balistique, sans confondre ce contexte avec la définition d'une spline.
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