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AlgèbreObjet mathématique · Glossaire

sous-groupe distingué

Un sous-groupe H d'un groupe (G, ∗) est dit distingué, ou normal, lorsque la conjugaison par tout élément de G le laisse invariant. Autrement dit, pour tous x ∈ G et h ∈ H, le conjugué x ∗ h ∗ x⁻¹ appartient encore à H. Cette propriété permet de munir l'ensemble des classes modulo H d'une structure de groupe : le groupe quotient G/H.
Partition du groupe S₃ modulo le sous-groupe H Le sous-groupe H contient l'identité et les deux cycles de longueur trois. L'autre classe contient les trois transpositions. S₃ = H ∪ (12)H = H ∪ H(12) H (12)H = H(12) e (123) (132) (12) (13) (23) quotient S₃/H : 2 classes
Dans S₃, les classes à gauche et à droite modulo H donnent la même partition en deux paquets de trois permutations.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier les critères équivalents xHx⁻¹ = H et xH = Hx.
  • Vérifier la normalité sur le sous-groupe des permutations paires de S₃.
  • Savoir pourquoi la normalité rend la multiplication des classes bien définie.

En clair

Imaginez que l'on range les six permutations de trois objets en deux paquets : les trois permutations paires d'un côté, les trois autres de l'autre. Multiplier tous les éléments d'un paquet par une même permutation, à gauche ou à droite, conduit au même paquet.
Le paquet contenant l'identité forme ici un sous-groupe distingué. Il reste cohérent quand on change de point de vue par conjugaison. Cette stabilité autorise à manipuler les paquets comme de nouveaux éléments d'un groupe plus petit, appelé groupe quotient.

Définition

Soit G un groupe, dont la loi est notée multiplicativement, et soit H un sous-groupe de G. Le sous-groupe H est distingué dans G, ou normal, lorsque la conjugaison par chaque élément de G conserve H. Autrement dit, pour tout élément x de G et tout élément h de H, le conjugué xhx−1 appartient encore à H. On note alors H ◁ G.
Cette condition admet deux formulations équivalentes. Pour tout élément x de G, l'ensemble des conjugués de H est H lui-même, et la classe à gauche de x modulo H coïncide avec sa classe à droite : xHx1=HxH=HxxHx^{-1}=H \quad\Longleftrightarrow\quad xH=Hx. L'égalité doit valoir pour chaque x, pas seulement pour quelques éléments choisis.
La normalité est exactement la condition qui rend bien définie la multiplication des classes : (xH)(yH) = (xy)H. L'ensemble des classes forme alors le groupe quotient G/H. Sans normalité, les classes à gauche partitionnent toujours G, mais leur produit ne définit pas nécessairement un groupe.

De quoi c'est fait

Quatre éléments structurent la notion. Le groupe G fournit la loi, l'identité et les inverses. Le sous-groupe H est la partie dont on teste la stabilité. La conjugaison transforme un élément h de H en xhx−1, où x appartient à G. Enfin, les classes latérales xH et Hx regroupent les produits obtenus à gauche et à droite.
La loi de G détermine donc à la fois les conjugaisons et les classes. Si chaque conjugaison renvoie H sur H, les classes à gauche et à droite coïncident. Elles suffisent alors à construire le quotient G/H et sa multiplication. Dans le groupe S3, le sous-groupe H = {e, (123), (132)} rassemble les permutations paires ; l'autre classe rassemble les trois transpositions. La figure matérialise cette partition commune.

Un exemple, pas à pas

Dans le groupe symétrique S3 des permutations de trois objets, considérons H = {e, (123), (132)}. Les données sont les six éléments de S3, l'identité e, les deux cycles de longueur 3 dans H et les trois transpositions (12), (13), (23) hors de H.
1. Le sous-ensemble H contient e, il est fermé par composition et par passage à l'inverse : c'est un sous-groupe de S3.
2. Prenons la transposition x = (12). La conjugaison renomme les symboles du cycle : (12)(123)(12)−1 = (132), qui appartient à H.
3. De même, conjuguer (132) donne (123), tandis que e reste e. Ainsi, xHx−1 = H pour x = (12).
4. Pour le second générateur y = (23), on calcule aussi (23)(123)(23)−1 = (132) et (23)(132)(23)−1 = (123), donc yHy−1 = H. Or (12) et (23) engendrent S3. La propriété se transmet aux produits : si aHa−1 = H et bHb−1 = H, alors (ab)H(ab)−1 = a(bHb−1)a−1 = H. Elle vaut donc pour tout x de S3.
On conclut que H ◁ S3. Le quotient S3/H possède exactement deux éléments : la classe H et la classe des transpositions. Un contrôle direct consiste à calculer (12)H et H(12) ; dans les deux cas, on obtient {(12), (13), (23)}.

En pratique

Pour construire un groupe quotient G/H, on commence par tester la normalité de H. Le critère xH = Hx est souvent commode lorsque les classes se calculent facilement ; le critère par conjugaison convient mieux quand on connaît des générateurs de G.
Pour prouver rapidement qu'un sous-groupe est distingué, on peut chercher s'il est le noyau d'un homomorphisme : tout noyau est distingué. Si aucun homomorphisme naturel n'apparaît, le calcul des conjugués fournit une vérification directe.
Pour montrer qu'un sous-groupe ne l'est pas, un seul contre-exemple suffit. Il faut trouver x dans G et h dans H tels que xhx−1 sorte de H, ou une classe pour laquelle xH et Hx diffèrent.

À ne pas confondre

Sous-groupe et sous-groupe distingué. Un sous-groupe est fermé pour la loi et les inverses, mais cela ne garantit pas sa stabilité par conjugaison. Dans S3, {e, (12)} est un sous-groupe ; la conjugaison de (12) par (123) donne une autre transposition, donc ce sous-groupe n'est pas distingué.
Classe latérale et classe de conjugaison. La classe xH regroupe les produits xh avec h dans H. La classe de conjugaison d'un élément h regroupe les éléments xhx−1. Pour H distingué, chaque classe de conjugaison d'un élément de H reste dans H, mais ces deux sortes de classes ne deviennent pas identiques.

Limites et pièges

Un seul élément x ne suffit pas. L'égalité xHx−1 = H doit être vérifiée pour tout x de G. On peut toutefois la tester sur un ensemble de générateurs, à condition d'expliquer pourquoi ces éléments engendrent bien tout G.
L'inclusion doit devenir une égalité. Montrer xHx−1 ⊆ H pour chaque x suffit, car appliquer la même inclusion à x−1 donne l'inclusion réciproque. Une inclusion constatée pour un x isolé ne permet pas cette conclusion globale.
Les cas extrêmes ne sont pas informatifs. Le sous-groupe réduit à l'identité et le groupe G tout entier sont toujours distingués. Leur normalité est correcte, mais elle ne révèle pas la structure intermédiaire de G ; il faut chercher des sous-groupes propres non triviaux pour obtenir un quotient plus instructif.
Un quotient d'ensembles n'est pas encore un groupe quotient. Les classes à gauche existent pour tout sous-groupe. Si H n'est pas distingué, il faut conserver cette partition comme ensemble de classes et ne pas lui attribuer la loi (xH)(yH) = (xy)H.

Pour aller plus loin

Permutation paire — Pour approfondir la famille de permutations qui constitue le sous-groupe H dans l'exemple de S3.
Les débuts des groupes — Pour replacer les groupes et les permutations dans le développement de la théorie.
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