AnalyseObjet mathématique · Glossaire
Suite exhaustive de compacts
Une suite exhaustive de compacts d'un espace topologique X est une suite croissante (K_n) de compacts telle que tout compact de X est contenu dans l'un des K_n. Son existence implique que X est sigma-compact, mais la réciproque est fausse en général.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier les trois conditions à vérifier : compacité, croissance et absorption de tout compact.
- Construire l'exhaustion Kₙ = [−n, n] de la droite réelle.
- Déterminer par ses bornes le premier des trois termes montrés qui contient [−2,4 ; 1,7].
- Distinguer hémicompacité et σ-compacité dans un espace topologique général.
- Relier l'exhaustion à la convergence uniforme sur les compacts et aux arguments diagonaux.
En clair
Sur la droite réelle, imaginez des fenêtres qui s'élargissent : [−1, 1], puis [−2, 2], puis [−3, 3], et ainsi de suite. Chacune est compacte et contient la précédente. Tout morceau compact de la droite finit par tenir dans l'une de ces fenêtres.
Une suite exhaustive de compacts transforme ainsi une question posée sur tout un espace en une succession de questions sur des zones compactes maîtrisables. Elle doit absorber chaque compact entier, pas seulement atteindre chaque point un jour ou l'autre.
Définition
Soit X un espace topologique. Pour chaque entier n ≥ 1, notons Kn un compact de X. La suite (Kn) est exhaustive lorsque les compacts sont croissants et cofinaux parmi les compacts de X :
Le mot « cofinal » exprime que chaque compact C est finalement absorbé par un terme de la suite.
Cette condition entraîne que X est la réunion des Kn, puisque tout singleton {x} est compact. Elle entraîne donc la σ-compacité. La réciproque n'est toutefois pas vraie pour un espace topologique arbitraire : être une réunion dénombrable de compacts ne garantit pas que ces compacts dominent tous les autres. L'existence d'une telle suite est souvent appelée hémicompacité.
Sous des hypothèses usuelles, la nuance disparaît. Un espace localement compact, séparé et σ-compact admet une suite exhaustive de compacts, que l'on peut choisir avec Kn contenu dans l'intérieur de Kn+1. Dans ℝd, les cubes [−n, n]d conviennent. Sur une variété riemannienne complète, des boules fermées dont les rayons tendent vers l'infini fournissent l'exhaustion compacte attendue.
De quoi c'est fait
La structure repose sur quatre éléments. L'espace topologique X fixe le cadre. L'indice entier n ordonne une infinité dénombrable d'étapes. Chaque terme Kn est un sous-ensemble compact de X. Enfin, deux relations organisent l'ensemble : l'inclusion Kn ⊆ Kn+1 assure la croissance, et la propriété d'absorption place tout compact C de X dans au moins un Kn.
La compacité de chaque terme ne suffit pas sans croissance ; la croissance ne suffit pas sans absorption de tous les compacts. Le choix d'une forme géométrique, d'un centre ou d'une échelle n'appartient pas à la définition. Ces choix servent seulement à construire une suite commode. Dans ℝ, les intervalles centrés rendent les deux relations immédiatement vérifiables.
Un exemple, pas à pas
Prenons l'espace X = ℝ. Pour chaque entier n ≥ 1, posons Kn = [−n, n]. Considérons aussi le compact C = [−2,4 ; 1,7]. Les données utiles sont donc les deux bornes de C et les rayons entiers des intervalles Kn.
1. Chaque intervalle Kn est fermé et borné dans ℝ ; il est donc compact.
2. Comme −(n + 1) ≤ −n et n ≤ n + 1, chaque Kn est inclus dans Kn+1. La figure matérialise cette croissance avec les trois premiers intervalles.
3. Tout compact de ℝ est borné. S'il est contenu dans [−M, M] pour un réel M ≥ 0, un entier n ≥ M donne son inclusion dans Kn. La suite absorbe donc tous les compacts de ℝ.
4. Pour le compact annoncé, C n'est pas contenu dans K2 = [−2, 2], car −2,4 < −2. En revanche, −3 ≤ −2,4 et 1,7 ≤ 3, donc C ⊆ K3. Le contrôle consiste à comparer séparément les deux bornes.
En pratique
Pour localiser une démonstration sur ℝd, on traite d'abord le problème sur [−n, n]d, puis on fait croître n. Si le phénomène dépend d'informations situées à l'infini, cette localisation seule ne suffit pas et il faut ajouter un contrôle uniforme lorsque n augmente.
Pour étudier une suite de fonctions, on peut vérifier la convergence uniforme sur chaque Kn. Comme tout compact C finit dans un Kn, le même contrôle vaut alors sur C. Si une convergence uniforme sur tout l'espace est exigée, il faut la vérifier directement : elle est plus forte.
Dans les arguments de familles normales, notamment autour du théorème de Montel pour les fonctions holomorphes, l'exhaustion permet d'extraire successivement sur K1, K2, puis K3. Un procédé diagonal sert ensuite à conserver une même sous-suite sur tous les compacts.
À ne pas confondre
Suite exhaustive et simple recouvrement croissant. Une réunion égale à X contrôle les points séparément ; une exhaustion compacte contrôle chaque compact d'un seul coup. Dans ℝ, les intervalles ouverts ]−n, n[ forment un recouvrement croissant, mais leurs termes ne sont pas compacts. Tester uniquement la réunion ne prouve donc ni la compacité des termes ni la cofinalité parmi les compacts.
Hémicompacité et σ-compacité. La première exige une suite croissante qui absorbe tout compact ; la seconde exige seulement une réunion dénombrable de compacts égale à l'espace. Les deux coïncident dans de nombreux cadres localement compacts, mais pas dans tous les espaces topologiques.
Limites et pièges
La σ-compacité seule ne suffit pas. L'espace ℚ, muni de la topologie héritée de ℝ, est une réunion dénombrable de singletons compacts, donc il est σ-compact. Il n'admet pourtant aucune suite cofinale de compacts. Le symptôme est l'impossibilité d'absorber simultanément toutes les suites rationnelles convergentes ; il faut vérifier l'hémicompacité, ou ajouter des hypothèses comme la locale compacité et la séparation.
Une union exhaustive peut rester insuffisante. Même si Kn ⊆ Kn+1 et si leur réunion vaut X, un compact C peut rencontrer indéfiniment de nouveaux termes sans être contenu dans aucun. Il faut tester la propriété « C ⊆ Kn pour un certain n », pas seulement l'égalité de la réunion.
L'indice n n'est pas un seuil universel. Pour C = [−2,4 ; 1,7], le premier terme de l'exemple qui convient est K3. Un autre compact peut exiger un indice bien plus grand. L'exhaustion affirme l'existence d'un indice pour chaque compact, sans fournir une même borne pour tous.
Pour aller plus loin
convergence uniforme — Distinguer le contrôle uniforme sur tout l'espace du contrôle obtenu séparément sur chaque compact de l'exhaustion.
fonction holomorphe — Situer le cadre fonctionnel où les exhaustions compactes interviennent dans les arguments de familles normales et de Montel.
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