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AnalyseNotion · Glossaire

analyse fonctionnelle

L'analyse fonctionnelle étudie les espaces vectoriels de fonctions et les opérateurs qui agissent sur eux, afin de traiter des problèmes d'analyse dans un cadre commun. Elle porte notamment sur les espaces de Banach, complets pour une norme sur les réels ou les complexes, et sur les espaces de Hilbert, cas particuliers dont la norme provient d'un produit scalaire.
Projection de la fonction t sur les fonctions constantes La droite rouge f de t égale t et la constante un demi se coupent en t égale un demi. Deux triangles jaunes égaux montrent les écarts signés. 0 1/2 1 1/2 1 t valeur f(t)=t P(f)=1/2 t=1/2
La projection remplace la droite f(t)=t par la constante 1/2 ; les écarts signés de part et d'autre de t=1/2 se compensent.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Distinguer espace normé, espace de Banach et espace de Hilbert.
  • Identifier le rôle d'un opérateur sur un espace de fonctions.
  • Refaire une projection orthogonale simple dans un espace de Hilbert.
  • Repérer les pièges liés à la complétude, à la continuité et aux modes de convergence.

En clair

Imaginez qu'un signal sonore soit une courbe plutôt qu'une courte liste de nombres. On peut additionner deux signaux, les agrandir, mesurer leur taille ou les transformer pour isoler certaines composantes. L'analyse fonctionnelle traite alors les fonctions elles-mêmes comme des points d'un vaste espace.
Une règle qui transforme chaque fonction en une autre est un opérateur. La distance entre fonctions précise ce que signifie « se rapprocher », tandis que la complétude garantit qu'une suite de Cauchy, dont les termes finissent par être arbitrairement proches entre eux, possède une limite dans l'espace étudié.

Définition

L'analyse fonctionnelle étudie des espaces vectoriels, souvent formés de fonctions, ainsi que les opérateurs qui agissent entre ces espaces. Les scalaires sont réels ou complexes. Une norme associe à chaque élément une taille positive ou nulle, qui vaut zéro si et seulement si cet élément est nul, et induit une distance. Un espace normé est un espace de Banach lorsqu'il est complet : toute suite de Cauchy, dont les termes finissent par être arbitrairement proches entre eux, converge vers un élément du même espace.
Un espace de Hilbert est un espace vectoriel complet muni d'un produit scalaire. Pour un élément noté x, sa norme provient alors du produit scalaire de x avec lui-même : x=x,x\lVert x\rVert=\sqrt{\langle x,x\rangle}. Tout espace de Hilbert est donc un espace de Banach pour cette norme, mais une norme quelconque ne provient pas toujours d'un produit scalaire.
Un opérateur associe un élément d'un espace à un élément d'un autre espace. La théorie examine notamment sa linéarité, sa continuité, son noyau, son image et son spectre lorsque ces notions sont définies. Elle s'est développée autour des transformations comme celle de Fourier et des équations différentielles ou intégrales. Les espaces de Hilbert fournissent aussi le cadre où les états et les opérateurs de la mécanique quantique sont formulés.

Un exemple, pas à pas

Dans l'espace des fonctions réelles de carré intégrable sur [0,1], cherchons la projection de la fonction f définie par f(t)=t sur le sous-espace des fonctions constantes. La fonction constante g vaut 1. Le produit scalaire de deux fonctions u et v est l'intégrale de leur produit sur [0,1]. La figure représente f et sa projection constante.
Données.
Intervalle : [0,1].
Fonctions : f(t)=t et g(t)=1.
Sous-espace : toutes les fonctions constantes.
Produit scalaire : u,v=01u(t)v(t)dt\langle u,v\rangle=\int_0^1u(t)v(t)\,dt.
Étape 1. Calculons le produit scalaire de f avec g et le carré de la norme de g.
f,g=01tdt=12,g2=011dt=1\langle f,g\rangle=\int_0^1t\,dt=\frac12,\qquad \lVert g\rVert^2=\int_0^1 1\,dt=1
Étape 2. Le coefficient de projection vaut donc un demi. La projection de f sur les constantes est la fonction qui vaut partout 1/2.
P(f)=f,gg2g=12gP(f)=\frac{\langle f,g\rangle}{\lVert g\rVert^2}g=\frac12g
Étape 3. L'écart résiduel est la fonction r définie par r(t)=t−1/2. Sa norme vaut r=1/12\lVert r\rVert=\sqrt{1/12}.
Contrôle. L'intégrale de r sur [0,1] vaut 0. Le résidu est donc orthogonal à toutes les fonctions constantes, ce qui caractérise bien la projection recherchée.

En pratique

Pour étudier un signal, on choisit un espace de fonctions et une norme adaptées à l'information que l'on veut conserver. Une transformation de Fourier devient alors un opérateur qui révèle des composantes fréquentielles ; une étude directe dans le temps reste préférable lorsque leur localisation temporelle est décisive.
Face à une équation différentielle ou intégrale, on reformule souvent le problème comme une équation portant sur un opérateur. On cherche alors des conditions assurant existence, unicité ou stabilité. Lorsque la solution exacte est inaccessible, un calcul numérique peut être utile ou nécessaire selon l'objectif, mais le cadre fonctionnel indique ce que l'approximation doit préserver.
En mécanique quantique, les états sont décrits dans un espace de Hilbert et les grandeurs observables par des opérateurs appropriés. Le produit scalaire sert notamment à comparer les états. Ce formalisme ne remplace pas les hypothèses physiques : il leur fournit une structure mathématique précise.

À ne pas confondre

Analyse fonctionnelle et étude d'une fonction. Étudier les variations ou les zéros d'une fonction donnée relève de l'analyse classique. Examiner un espace entier de fonctions et les opérateurs qui y agissent relève de l'analyse fonctionnelle. La recherche du minimum d'une courbe isolée tranche en faveur de la première.
Analyse fonctionnelle et analyse numérique. L'analyse fonctionnelle établit un cadre, des propriétés d'espaces et d'opérateurs. L'analyse numérique construit et évalue des approximations calculables. Produire une valeur approchée sur ordinateur relève de la seconde, même si sa convergence peut être justifiée par la première.

Limites et pièges

Une norme ne suffit pas à garantir la complétude. Une suite peut être de Cauchy tout en ayant sa limite hors de l'espace choisi. Il faut alors compléter cet espace ou travailler dans un espace de Banach qui contient les limites nécessaires.
Banach ne signifie pas Hilbert. Un espace normé complet n'admet pas forcément un produit scalaire qui engendre sa norme. Avant d'utiliser orthogonalité ou projection orthogonale, il faut vérifier la présence d'une structure hilbertienne.
Linéaire ne signifie pas automatiquement continu. En dimension infinie, un opérateur linéaire peut être non borné. Il faut préciser son domaine et contrôler sa continuité ou sa bornitude avant de passer une limite à travers l'opérateur.
La convergence dépend du cadre. Une suite peut converger en chaque point sans converger pour la norme étudiée. Il faut nommer le mode de convergence et vérifier ses critères, au lieu de conclure à partir des seules valeurs ponctuelles.

Pour aller plus loin

L'espace de Banach précise le rôle de la complétude et explique pourquoi les limites restent dans l'espace de travail.
L'espace de Hilbert développe le produit scalaire, l'orthogonalité et les projections utilisées dans l'exemple.
Le produit scalaire détaille la mesure d'angle et de longueur qui distingue la structure hilbertienne.
L'article De la transformation de Fourier à la transformée en cosinus discrète montre comment une transformation fonctionnelle intervient dans le traitement du signal.
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