Passer au contenu principal
AnalyseThéorème · Glossaire

Riesz-Fischer (théorème de)

Le théorème de Riesz-Fischer affirme que, pour 1 ≤ p ≤ ∞, tout espace L^p est complet : toute suite de Cauchy pour sa norme converge vers un élément de L^p. Dans le cadre usuel des séries de Fourier, il relie L^2 aux suites de coefficients de carré sommable, garantissant leur correspondance avec des fonctions de carré intégrable et fondant ainsi la reconstruction en norme.
Convergence de l’énergie des coefficients vers quatre tiers Les sommes S zéro égale un, S un égale cinq quarts et S deux égale vingt et un seizièmes progressent sur un axe linéaire vers la limite quatre tiers. S₀ = 1 S₁ = 5/4 S₂ = 21/16 limite 4/3 + 1/4 + 1/16 Somme cumulée des carrés |cₙ|²
L’énergie cumulée gagne 1/4 puis 1/16 ; les sommes partielles se rapprochent de la limite exacte 4/3.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier la complétude garantie pour chaque espace Lp lorsque 1 ≤ p ≤ ∞.
  • Lire la formulation du théorème en termes de coefficients de Fourier de carré sommable.
  • Vérifier le mécanisme sur une suite géométrique de coefficients dont l’énergie vaut 4/3.
  • Distinguer convergence dans L2, convergence point par point, complétude et compacité.

En clair

Imaginez une suite d’approximations d’un signal. À mesure qu’on avance, deux approximations deviennent aussi proches qu’on le souhaite, même si aucune formule évidente ne donne encore le signal limite. Le théorème de Riesz-Fischer garantit que cette limite existe parmi les signaux dont le carré est intégrable.
En langage de Fourier, la même idée porte sur l’énergie des coefficients. Si la somme de leurs modules au carré reste finie, ils décrivent réellement une fonction de L2, et pas seulement une liste formelle de nombres.

Définition

Soit X un ensemble muni d’une mesure μ. Pour un nombre réel fini p supérieur ou égal à 1, l’espace Lp rassemble les classes de fonctions mesurables dont la puissance p du module est intégrable ; deux fonctions égales presque partout y représentent le même élément. Lorsque p est fini, la norme est fp=(Xfpdμ)1/p\lVert f\rVert_p=\left(\int_X |f|^p\,d\mu\right)^{1/p}. Pour p égal à l’infini, elle est la borne supérieure essentielle du module de la fonction.
Le théorème de Riesz-Fischer affirme que chacun de ces espaces Lp est complet : toute suite de Cauchy pour cette norme converge, dans la même norme, vers un élément de Lp. Un espace vectoriel normé complet est appelé espace de Banach. Le cas p = 2 possède en plus un produit scalaire et forme un espace de Hilbert.
Sur le cercle représenté par l’intervalle [0, 2π), soit n un entier et cn le coefficient cn=12π02πf(x)einxdxc_n=\frac{1}{2\pi}\int_0^{2\pi}f(x)e^{-inx}\,dx. La version L2 dit qu’une suite complexe indexée par les entiers est constituée des coefficients d’une fonction de carré intégrable exactement lorsque la série nZcn2\sum_{n\in\mathbb Z}|c_n|^2 est finie. La fonction obtenue est unique comme élément de L2, donc à modification sur un ensemble de mesure nulle près.

Le principe

Si une suite de fonctions de Lp, avec 1 ≤ p ≤ ∞, est de Cauchy pour la norme Lp, alors il existe une fonction de Lp vers laquelle elle converge dans cette norme.
Dans le cas de Fourier sur le cercle, si les nombres complexes cn, indexés par les entiers, vérifient nZcn2<\sum_{n\in\mathbb Z}|c_n|^2<\infty, alors ils sont les coefficients de Fourier d’un unique élément de L2. Réciproquement, les coefficients de toute fonction de L2 satisfont cette condition.

Quand l'utiliser

La complétude concerne la norme de Lp, et non la convergence point par point. Il faut travailler sur un espace mesuré, prendre 1 ≤ p ≤ ∞ et considérer des fonctions modulo l’égalité presque partout. Une suite est de Cauchy lorsque, pour tout seuil positif, la norme de la différence entre deux termes assez éloignés devient inférieure à ce seuil.
La formulation par coefficients suppose un système trigonométrique complet sur le cercle et une normalisation fixée. Le critère à contrôler est la convergence de la somme des carrés des modules. Si cette somme diverge, Riesz-Fischer ne fournit aucune fonction de L2 ayant ces coefficients ; il faut alors changer d’espace ou étudier une autre forme de convergence.

Un exemple, pas à pas

Sur le cercle, prenons les coefficients complexes cn = 2−n pour les entiers n ≥ 0, et cn = 0 pour n < 0. Pour chaque entier N ≥ 0 et chaque point x du cercle, la somme de Fourier partielle est fN(x)=n=0N2neinxf_N(x)=\sum_{n=0}^{N}2^{-n}e^{inx}. La norme L2 est ici normalisée par la moyenne sur un tour.
1. Calculons la somme des carrés des modules : nZcn2=n=04n=111/4=43\sum_{n\in\mathbb Z}|c_n|^2=\sum_{n=0}^{\infty}4^{-n}=\frac{1}{1-1/4}=\frac43. Elle est finie.
2. Les premières sommes cumulées valent 1, puis 5/4, puis 21/16. La figure montre leur progression exacte vers 4/3.
3. Pour deux entiers M > N, l’orthogonalité des exponentielles donne fMfN22=n=N+1M4n4N3\lVert f_M-f_N\rVert_2^2=\sum_{n=N+1}^{M}4^{-n}\leq\frac{4^{-N}}{3}. Cette borne tend vers 0 : la suite des sommes partielles est donc de Cauchy dans L2.
4. Riesz-Fischer fournit une limite f dans L2, dont les coefficients sont exactement les cn. Le contrôle se refait avec Parseval : la norme au carré de f vaut 4/3 avec la normalisation choisie.

En pratique

En analyse de Fourier, on contrôle la somme des carrés des coefficients. Lorsqu’elle est finie, Riesz-Fischer transforme cette information numérique en l’existence d’un signal dans L2. Si l’on a besoin de convergence point par point, ce théorème seul ne suffit pas et il faut rechercher des hypothèses supplémentaires.
Pour construire une limite de fonctions, on estime la norme des différences. Une borne qui tend vers zéro prouve que la suite est de Cauchy ; la complétude assure alors que la limite reste dans Lp. Quand les estimations portent plutôt sur la norme uniforme, l’espace de fonctions continues peut être plus adapté.
Dans les problèmes d’approximation, le résultat autorise à définir une fonction par limites successives sans disposer d’abord d’une formule fermée. Le geste décisif consiste à établir une estimation de Cauchy dans la bonne norme.

À ne pas confondre

Complétude et compacité. La complétude garantit une limite aux suites de Cauchy. La compacité garantit qu’une suite possède une sous-suite convergente. Un espace L2 peut être complet sans que sa boule unité soit compacte.
Convergence dans L2 et convergence point par point. La première mesure la moyenne quadratique de l’erreur. Elle peut avoir lieu sans convergence en chaque point ; observer un point isolé ne tranche donc pas la convergence en norme.
Riesz-Fischer et égalité de Parseval. Riesz-Fischer assure notamment l’existence d’une fonction à partir de coefficients de carré sommable. Parseval identifie ensuite exactement sa norme L2 à la somme des carrés de ses coefficients, selon la normalisation choisie.

Limites et pièges

Le seuil p = 1 est inclus, mais p < 1 ne l’est pas. Pour 0 < p < 1, l’expression usuelle ne définit pas une norme et Lp n’est pas un espace de Banach pour cette structure. Il faut parler d’un espace quasi-normé.
Les représentants ne sont pas uniques. Deux fonctions qui diffèrent seulement sur un ensemble de mesure nulle désignent le même élément de Lp. Une affirmation sur la valeur de la limite en un point précis exige donc un représentant et des hypothèses supplémentaires.
Le cas p = ∞ change de formule. On emploie la borne supérieure essentielle, et non une intégrale élevée à la puissance 1/p. Utiliser mécaniquement la formule des p finis masque cette différence.
La carré-sommabilité ne promet pas une convergence partout. Elle construit une limite dans L2. Pour conclure à une convergence ponctuelle, uniforme ou absolue de la série de Fourier, il faut appliquer des résultats adaptés et vérifier leurs hypothèses.

Pour aller plus loin

La suite de Cauchy précise le critère interne qui annonce l’existence d’une limite dans un espace complet.
L’espace de Banach replace les espaces Lp dans le cadre général des espaces vectoriels normés complets.
La série de Fourier montre comment une fonction périodique est représentée par ses coefficients trigonométriques.
L’égalité de Parseval relie quantitativement la norme L2 d’une fonction à l’énergie de ses coefficients de Fourier.
Continuez avec Tangente

Explorez les mathématiques autrement

Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.

Découvrir les offres