AnalyseNotion · Glossaire
équations de Cauchy-Riemann
Les équations de Cauchy-Riemann sont deux relations entre les dérivées partielles des parties réelle et imaginaire d’une fonction complexe. Si cette fonction est différentiable au sens réel en un point, elles y sont nécessaires et suffisantes pour qu’elle soit dérivable au sens complexe : elles traduisent la compatibilité de ses variations réelles et imaginaires avec une même approximation complexe.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Interpréter l’accord imposé entre les variations des parties réelle et imaginaire.
- Énoncer les deux équations avec l’hypothèse de différentiabilité réelle.
- Vérifier le critère et calculer la dérivée de f(z)=z² au point 1+i.
- Distinguer dérivabilité en un point, holomorphie sur un ouvert et simple existence des dérivées partielles.
En clair
Imaginez que l’on approche un même point du plan complexe horizontalement, verticalement ou en biais. Pour qu’une fonction complexe possède une dérivée unique, ces différentes approches doivent donner un résultat compatible.
Les équations de Cauchy-Riemann imposent précisément cet accord. Elles relient les variations horizontales et verticales des parties réelle et imaginaire de la fonction. Avec la régularité nécessaire, elles rendent le comportement local semblable à une multiplication par un nombre complexe. Celle-ci combine une rotation et un agrandissement, sans étirement privilégié dans une direction.
Définition
Soit U un ouvert du plan complexe et f une fonction de U vers ℂ. Pour un nombre complexe z=x+iy, on sépare f(z) en une partie réelle P(x,y) et une partie imaginaire Q(x,y), de sorte que f(z)=P(x,y)+iQ(x,y). Les équations de Cauchy-Riemann au point z0=x0+iy0 sont le système suivant :
Si f est différentiable au sens réel en z0, ce système équivaut à l’existence de la dérivée complexe en ce point. Cette hypothèse réelle porte sur l’approximation linéaire complète de P et Q ; la seule existence des quatre dérivées partielles au point ne suffit pas en général. Lorsque la dérivée complexe existe dans un voisinage ouvert de chaque point considéré, f est dite holomorphe sur cet ouvert. Sa dérivée au point vaut alors .
Un exemple, pas à pas
Considérons la fonction f(z)=z2 au point z0=1+i. Les données sont x=1, y=1, P(x,y)=x2−y2 et Q(x,y)=2xy. La figure représente les deux directions coordonnées après l’approximation linéaire en ce point.
1. On calcule les dérivées partielles : Px=2x, Py=−2y, Qx=2y et Qy=2x.
2. Au point (1,1), elles valent respectivement 2, −2, 2 et 2.
3. La première équation donne Px=Qy=2. La seconde donne Py=−Qx=−2.
4. Les deux égalités sont vérifiées ; comme P et Q sont des polynômes, f est différentiable au sens réel.
5. La dérivée complexe est donc f′(1+i)=2+2i.
2. Au point (1,1), elles valent respectivement 2, −2, 2 et 2.
3. La première équation donne Px=Qy=2. La seconde donne Py=−Qx=−2.
4. Les deux égalités sont vérifiées ; comme P et Q sont des polynômes, f est différentiable au sens réel.
5. La dérivée complexe est donc f′(1+i)=2+2i.
Le contrôle direct retrouve le même résultat : pour tout incrément complexe non nul h, , qui tend vers 2z0=2+2i lorsque h tend vers 0.
En pratique
Pour tester une fonction donnée par ses parties réelle et imaginaire, on calcule quatre dérivées partielles puis on confronte les deux paires imposées. Si P et Q sont continûment différentiables dans un voisinage et que les égalités y sont satisfaites, la fonction est holomorphe dans ce voisinage.
Pour écarter rapidement l’holomorphie sur un domaine, un seul point où une égalité échoue suffit. Si les égalités ne peuvent être contrôlées ou si la régularité réelle manque, il faut revenir directement à la limite du quotient de différences plutôt que conclure.
Pour construire une fonction holomorphe à partir d’une partie réelle P, les équations donnent les dérivées recherchées de Q. On vérifie ensuite leur compatibilité avant d’intégrer ; une constante réelle d’intégration dans Q devient une constante imaginaire ajoutée à f.
À ne pas confondre
Différentiabilité réelle et différentiabilité complexe. Une fonction de ℝ2 vers ℝ2 peut avoir une approximation linéaire réelle sans que celle-ci soit une multiplication complexe. Par exemple, f(z)= est différentiable au sens réel partout, mais ses dérivées partielles ne satisfont pas les équations de Cauchy-Riemann.
Équations de Cauchy-Riemann et harmonicité. Pour une fonction holomorphe dont les dérivées sont suffisamment régulières, P et Q sont harmoniques. La réciproque ne vaut pas pour deux fonctions harmoniques choisies séparément : P(x,y)=x et Q(x,y)=x sont harmoniques, mais Px=1 diffère de Qy=0.
Limites et pièges
Des dérivées partielles isolées ne suffisent pas. Les quatre dérivées peuvent exister en un point et vérifier le système sans que f y soit différentiable au sens réel. Il faut établir cette différentiabilité, ou employer une condition suffisante comme la continuité des dérivées partielles dans un voisinage.
Un point n’est pas un domaine. Vérifier les équations et la différentiabilité réelle en z0 prouve la dérivabilité complexe en ce point. Pour qualifier f d’holomorphe, il faut que la dérivée complexe existe sur un ouvert, et non seulement en un point isolé.
Le signe moins est structurel. Écrire Py=Qx au lieu de Py=−Qx change le critère. Avec f(z)=z2 au point (1,1), les valeurs sont −2 et 2 : seule l’égalité avec le signe moins est vraie.
Les coordonnées polaires ont une autre écriture. Les deux égalités affichées ici utilisent les coordonnées cartésiennes x et y. En coordonnées polaires, des facteurs liés au rayon apparaissent ; il ne faut pas recopier le système cartésien tel quel.
Pour aller plus loin
La fonction holomorphe replace le critère local dans le cadre d’un ouvert et présente les conséquences de cette régularité complexe.
La dérivée partielle précise le calcul des variations suivant x ou y qui interviennent dans les deux équations.
La fonction harmonique approfondit une propriété des parties réelle et imaginaire lorsque la fonction holomorphe possède la régularité requise.
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