Histoire et cultureNotion · Glossaire
Graves John
John Thomas Graves (1806–1870), juriste et mathématicien irlandais, a découvert en 1843 les octonions, ou octaves : ces nombres hypercomplexes forment une algèbre de dimension huit qui généralise les quaternions. Comme Graves a tardé à publier, Arthur Cayley a construit les mêmes structures et les a publiées en 1845 ; la priorité de la découverte revient donc à Graves, tandis que le nom « octaves de Cayley » rappelle la publication de Cayley.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier la priorité de découverte de Graves en 1843.
- Comprendre pourquoi le nom d'octaves de Cayley subsiste.
- Repérer la dimension huit des octonions.
- Distinguer non-commutativité et non-associativité.
En clair
John Graves est un mathématicien irlandais qui a découvert les octonions en 1843. Un octonion est un nombre hypercomplexe : il prolonge l'idée de nombre au-delà des nombres réels, des nombres complexes et des quaternions. Ici, ce nouvel univers possède huit dimensions.
L'histoire est aussi celle d'une priorité scientifique. Graves a fait connaître sa découverte à William Rowan Hamilton dans une lettre, mais il a tardé à publier. Arthur Cayley a ensuite construit les mêmes objets dans un article paru en mars 1845. Le nom « octaves de Cayley » rappelle donc la publication de Cayley, sans effacer la priorité de découverte de Graves.
Définition
Les octonions, ou octaves, forment une algèbre de dimension huit sur les réels. Une algèbre est ici un espace vectoriel réel muni d'une multiplication bilinéaire, avec éventuellement un élément unité ; cette multiplication est distributive par rapport à l'addition et compatible avec la multiplication par les scalaires réels. La dimension huit signifie qu'un octonion se décrit à l'aide de huit composantes réelles une fois une base choisie.
Cette algèbre généralise les quaternions, eux-mêmes placés après les nombres complexes dans la chaîne des extensions évoquée par la source. Elle est non commutative : en général, le produit de deux octonions dépend de leur ordre. Elle est aussi non associative : en général, les deux regroupements d'un produit triple ne coïncident pas, de sorte que a·(b·c) et (a·b)·c ne représentent pas nécessairement le même octonion.
Sur les réels, les octonions constituent le dernier maillon de la classification des algèbres à division normées réelles de dimension finie mentionnée dans la définition de référence : réels, complexes, quaternions, puis octonions. Cette place décrit à la fois une extension de la notion de nombre et l'apparition de propriétés nouvelles, notamment la perte de la commutativité et de l'associativité.
Un exemple, pas à pas
Prenons un octonion après le choix d'une base. Écrivons ses huit composantes réelles sous la forme (x₀, x₁, x₂, x₃, x₄, x₅, x₆, x₇). Cette écriture ne donne pas encore le produit : elle sert d'abord à vérifier ce que signifie « dimension huit ».
1. On compte les composantes : il y en a huit, et chacune est un nombre réel.
2. On identifie la structure : l'addition s'effectue composante par composante après le choix de la base, tandis que la multiplication est celle de l'algèbre des octonions. Pour un contrôle concret, adoptons une convention dont on donne ici les produits utiles : e₁e₂ = e₃, e₂e₁ = −e₃, e₂e₄ = e₆, e₃e₄ = e₇ et e₁e₆ = −e₇.
3. On contrôle les propriétés annoncées : l'ordre des facteurs change le résultat, puisque e₁e₂ = e₃ alors que e₂e₁ = −e₃. Le regroupement aussi compte : (e₁e₂)e₄ = e₃e₄ = e₇, tandis que e₁(e₂e₄) = e₁e₆ = −e₇. Les deux résultats diffèrent ; ce produit triple illustre donc la non-associativité.
Cet exemple montre pourquoi « nombre à huit composantes » est une première description, mais pas une définition complète de l'algèbre : il faut aussi connaître la règle de multiplication. La source permet d'en retenir les deux traits décisifs, non-commutativité et non-associativité, sans réduire les octonions à un simple tableau de huit nombres.
En pratique
Pour lire une présentation d'un octonion, on commence par repérer ses huit composantes réelles. Cette étape situe l'objet dans un espace de dimension huit, mais elle ne suffit pas à effectuer une multiplication. La règle de produit propre à l'algèbre doit être précisée séparément.
Pour vérifier qu'une opération ne se comporte pas comme la multiplication ordinaire, on peut comparer l'ordre des facteurs, puis les deux parenthésages d'un produit triple. Une différence entre les deux ordres signale la non-commutativité ; une différence entre a·(b·c) et (a·b)·c signale la non-associativité. Ces contrôles portent sur la loi de multiplication, pas sur le simple comptage des composantes.
À ne pas confondre
Octonions et octaves de Cayley. Ces deux noms désignent les mêmes structures. « Octaves de Cayley » met en avant l'article publié par Arthur Cayley en mars 1845 ; la priorité de la découverte revient toutefois à John Graves, qui l'avait obtenue en 1843.
Octonions et quaternions. Les octonions généralisent les quaternions dans la classification des algèbres à division normées réelles de dimension finie. Ils ne sont donc pas deux noms pour le même objet : les octonions constituent l'étape de dimension huit et possèdent, contrairement aux quaternions, la propriété de non-associativité indiquée par la définition de référence.
Dimension et nombre de composantes. Dire qu'un octonion a huit composantes après choix d'une base décrit sa dimension. Cela ne suffit pas à définir sa multiplication : une liste de huit nombres réels n'est pas automatiquement un octonion.
Limites et pièges
La dimension ne détermine pas à elle seule l'algèbre. Après le choix d'une base, huit composantes réelles donnent une représentation d'un octonion, mais la loi de multiplication doit encore être spécifiée. Deux listes de huit réels ne permettent donc pas, à elles seules, de calculer un produit.
Les parenthèses ne sont pas décoratives. Pour les octonions, la non-associativité interdit de supprimer sans précaution les parenthèses d'un produit triple. Une expression comme a·b·c doit être accompagnée d'un regroupement explicite lorsque la loi utilisée ne garantit pas l'associativité.
La priorité et la publication ne coïncident pas. Graves est présenté comme l'inventeur en 1843, mais Cayley publie les mêmes structures en mars 1845 après le délai de publication de Graves. Attribuer l'objet à Cayley seul confond donc la date de découverte avec la date de publication.
La classification a un cadre précis. La place des octonions comme dernier maillon concerne la classification des algèbres à division normées réelles de dimension finie. Elle ne signifie pas que toute algèbre de dimension huit possède les propriétés des octonions, ni que toute structure algébrique possible se réduit à cette chaîne.
Pour aller plus loin
La fiche octonion approfondit l'objet algébrique lui-même et complète le rappel historique consacré à Graves.
La fiche quaternion permet de situer la généralisation des octonions dans la chaîne des nombres hypercomplexes.
Les fiches William Hamilton et Arthur Cayley prolongent l'histoire de la correspondance, de la découverte et de la publication.
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