AnalyseObjet mathématique · Glossaire
suite de Héron
Pour A > 0 et x₀ > 0, la suite de Héron est définie par xₙ₊₁ = (xₙ + A/xₙ)/2 et converge vers √A. Elle rééquilibre à chaque étape les côtés xₙ et A/xₙ d’un rectangle d’aire A, ce qui fournit rapidement une approximation de plus en plus précise de la racine carrée.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier les données et la récurrence de la suite de Héron.
- Calculer quatre itérations pour approcher √2.
- Relier l’algorithme aux rectangles d’aire constante et à la méthode de Newton.
- Reconnaître les cas où le terme initial ou le nombre A pose problème.
En clair
Imaginez un rectangle d’aire 2, long de 2 et large de 1. Sa longueur et sa largeur encadrent la forme carrée recherchée. En remplaçant la longueur par la moyenne des deux côtés, on obtient 1,5. Le côté associé, qui conserve l’aire 2, vaut alors 2 ÷ 1,5, soit environ 1,333.
Répéter ce rééquilibrage rend les côtés presque égaux. Leur valeur commune se rapproche de √2 : les nombres successifs forment la suite de Héron.
Définition
Soit un nombre réel A strictement positif. On choisit un premier terme x0 strictement positif, puis la suite de Héron est définie par la relation suivante :
Ici, l’indice n compte les itérations. Chaque terme reste strictement positif et la suite converge vers la racine carrée positive √A. L’algorithme est aussi appelé méthode de Babylone. Il s’agit de la méthode de Newton appliquée à la fonction qui associe à x le nombre x² − A. En posant en = xn − √A, on obtient exactement en+1 = en²/(2xn). Près de √A, cette relation donne une convergence quadratique et le nombre de décimales exactes tend alors, localement, à doubler d’une étape à la suivante. Le même principe se généralise à l’approximation d’une racine n-ième.
De quoi c'est fait
La construction repose sur quatre éléments. Le nombre positif A fixe à la fois l’aire conservée et la racine cherchée. Le terme initial x0, non nul et positif, lance le calcul. À l’étape n, le terme xn forme avec A/xn les deux côtés d’un rectangle d’aire A. Leur moyenne devient le terme suivant xn+1, tandis que A/xn+1 rétablit l’autre côté sans changer l’aire.
Pour A = 2 et x0 = 2, ces rectangles deviennent de moins en moins allongés. La figure rend visible l’aire constante et le rapprochement des deux côtés vers √2 ; la couleur et l’échelle du dessin ne définissent pas la suite.
Un exemple, pas à pas
On cherche une approximation de √2. Les données sont A = 2 et le terme initial x0 = 2. Ce choix correspond au côté long du rectangle initial 2 × 1. Les fractions exactes sont conservées pendant le calcul afin de ne pas accumuler des arrondis.
1. On moyenne 2 et 2/2 : x1 = (2 + 1)/2 = 1,5.
2. On moyenne 1,5 et 2/1,5 : x2 = (1,5 + 4/3)/2 = 17/12 ≈ 1,416666667.
3. On recommence avec 17/12 : x3 = 577/408 ≈ 1,414215686.
4. Une nouvelle itération donne x4 = 665857/470832 ≈ 1,414213562.
2. On moyenne 1,5 et 2/1,5 : x2 = (1,5 + 4/3)/2 = 17/12 ≈ 1,416666667.
3. On recommence avec 17/12 : x3 = 577/408 ≈ 1,414215686.
4. Une nouvelle itération donne x4 = 665857/470832 ≈ 1,414213562.
Ainsi, √2 ≈ 1,414213562 à neuf décimales. Dès la troisième itération, les cinq premiers chiffres décimaux affichés sont déjà ceux du résultat final. Un contrôle refaisable consiste à élever l’approximation obtenue au carré : 1,414213562² ≈ 1,999999999, très proche de 2. L’écart résiduel vient ici de l’arrondi à neuf décimales, et non d’une égalité exacte.
En pratique
À la main, la suite fournit rapidement plusieurs décimales d’une racine carrée. On choisit une valeur positive proche de la racine attendue, puis on répète la moyenne. Une table de carrés suffit plutôt lorsque la valeur exacte recherchée y figure déjà.
Dans un tableur ou un programme, chaque ligne réutilise le résultat précédent. On fixe une tolérance ε et on arrête les itérations lorsque |xn+1 − xn| ≤ ε. Si une garantie sur la précision est nécessaire, on complète ce test par un contrôle du résidu |xn² − A| avec une tolérance adaptée. Une fonction de racine carrée intégrée reste préférable si le but est seulement d’obtenir le résultat, sans étudier l’algorithme.
Pour résoudre une équation plus générale que x² = A, la méthode de Newton est l’alternative naturelle. La suite de Héron correspond précisément au cas où la fonction étudiée est x² − A.
À ne pas confondre
La suite de Héron et la fonction racine carrée. La fonction associe directement √A au nombre A ; la suite produit des approximations successives à partir d’un terme initial. Pour A = 2, √2 est la limite, tandis que 2, 1,5 et 17/12 sont des termes de la suite.
La suite de Héron et la méthode de Newton en général. La première applique la seconde à l’équation x² − A = 0. Si l’équation n’a pas cette forme, la formule d’itération de Newton dépend de la fonction et de sa dérivée ; la moyenne de xn et A/xn ne s’applique plus telle quelle.
Limites et pièges
Terme initial nul. Si x0 = 0, le quotient A/x0 n’est pas défini. Pour approcher la racine carrée d’un nombre strictement positif, il faut choisir x0 > 0.
Nombre nul. Pour A = 0 et x0 non nul, la relation devient xn+1 = xn/2. La suite tend bien vers 0, mais le doublement approximatif des décimales ne décrit plus cette convergence.
Nombre négatif dans les réels. Si A < 0, √A n’est pas un nombre réel. La version réelle de la suite ne fournit donc pas la racine annoncée ; il faut changer de cadre numérique.
Arrondi trop précoce. Arrondir fortement chaque terme peut figer ou dégrader l’approximation. Il faut conserver davantage de chiffres pendant les itérations, puis arrondir seulement le résultat final à la précision voulue.
Pour aller plus loin
La fonction racine carrée replace la limite √A dans son domaine et ses variations.
La méthode de Newton montre le cadre plus général dont l’itération de Héron est un cas particulier.
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