polyèdre adouci
Un polyèdre adouci — également désigné par les termes polyèdre camus ou snub polyèdre — est obtenu à partir d'un polyèdre de départ en écartant et en tournant ses faces de manière cohérente, puis en assurant leurs nouveaux raccords par des faces ajoutées, notamment triangulaires. La construction doit former un solide fermé, sans dégénérescence. Elle donne notamment le cube adouci et le dodécaèdre adouci.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Visualiser l’écartement et la rotation des faces d’origine.
- Identifier le rôle des triangles dans la fermeture du solide.
- Contrôler les nombres de faces, d’arêtes et de sommets du cube adouci.
- Distinguer l’adoucissement d’un arrondi ou d’une troncature.
En clair
Imaginez les faces d’un cube légèrement écartées, puis tournées toutes dans un même sens. Des ouvertures apparaissent entre les carrés. On les referme avec des triangles : les faces de départ restent reconnaissables, mais elles sont désormais séparées par de nouvelles faces.
Dans cet exemple, le solide ainsi réorganisé est le cube adouci. Le mot « adouci » ne signifie donc pas que ses arêtes deviennent rondes. Il nomme ici une construction géométrique globale : les faces sont déplacées de manière cohérente et de nouvelles faces, notamment triangulaires, assurent leurs raccords.
Définition
Un polyèdre adouci, aussi appelé polyèdre camus ou snub polyèdre, résulte d’une opération appliquée à un polyèdre de départ. Celui-ci peut être convexe ou étoilé lorsque la construction produit un solide fermé, sans dégénérescence. Dans la construction géométrique usuelle, les faces d’origine sont écartées et tournées de manière cohérente, puis de nouvelles faces, notamment triangulaires, assurent les raccords entre elles. Localement, une ancienne arête aide à repérer un contact à réorganiser, mais elle ne correspond pas à elle seule à une nouvelle face déterminée.
Les faces issues du polyèdre initial restent donc identifiables, tandis que les triangles ajoutés assurent leurs nouvelles connexions. Le sens de rotation doit être choisi de façon cohérente sur tout le solide. Quand les deux sens sont possibles, ils donnent des formes images l’une de l’autre dans un miroir, sans changer les types ni les nombres de faces.
Le cube adouci et le dodécaèdre adouci sont deux réalisations classiques de cette opération. Le mot « adouci » décrit ici la structure obtenue, et non un polissage physique ou une simple modification visuelle des arêtes.
De quoi c'est fait
La construction met en jeu quatre éléments. Le polyèdre de départ fournit l’organisation générale. Ses faces d’origine sont conservées comme types de faces, mais changent de position. Ses anciennes arêtes indiquent où les contacts doivent être réorganisés. Enfin, des faces triangulaires ajoutées ferment les espaces et relient les faces déplacées.
La position des triangles dépend donc du déplacement des faces d’origine, et la fermeture du solide dépend de la cohérence de tous ces raccords. La figure schématise localement cette dépendance : deux faces auparavant jointives sont séparées, puis l’espace est triangulé. Ce motif local doit se poursuivre sur l’ensemble du polyèdre pour former un solide fermé.
La couleur, l’échelle du dessin et l’orientation du solide dans l’espace ne définissent pas l’objet. Ce sont les types de faces et leur manière de se rejoindre qui suffisent à décrire sa structure combinatoire.
Un exemple, pas à pas
Prenons le cube adouci comme exemple conducteur.
Données : le cube de départ possède 6 faces carrées ; le solide obtenu conserve 6 carrés et comporte 32 triangles ; il possède 24 sommets.
Données : le cube de départ possède 6 faces carrées ; le solide obtenu conserve 6 carrés et comporte 32 triangles ; il possède 24 sommets.
1. On écarte les 6 carrés qui correspondent aux faces du cube.
2. On les tourne tous selon un même sens de rotation.
3. On ferme chaque espace restant avec des triangles.
4. On compte alors 38 faces au total, car 6 + 32 = 38.
2. On les tourne tous selon un même sens de rotation.
3. On ferme chaque espace restant avec des triangles.
4. On compte alors 38 faces au total, car 6 + 32 = 38.
Le comptage des côtés de faces fournit un premier contrôle. Les 6 carrés apportent 24 côtés et les 32 triangles en apportent 96. Chaque arête étant commune à deux faces, le total de 120 côtés correspond à 60 arêtes.
Un second contrôle utilise la relation d’Euler : avec 24 sommets, 60 arêtes et 38 faces, le résultat vaut bien 2.
En pratique
Reconnaître un modèle. Pour un modèle supposé représenter le cube adouci, on cherche les 6 carrés hérités du cube et les 32 triangles, puis on vérifie leurs incidences. Deux carrés directement voisins excluent le cube adouci, mais leur séparation ne suffit pas à elle seule à l’identifier.
Contrôler une construction. Sur une maquette ou un patron, on vérifie que chaque ouverture entre les faces d’origine est fermée et que les raccords se poursuivent sans bord libre. Un simple dessin éclaté convient mieux si l’objectif est seulement de montrer le déplacement des faces.
Identifier le sens d’adoucissement. On suit la rotation apparente des faces correspondantes tout autour du solide. Si ce sens s’inverse en cours de route, l’assemblage ne suit plus l’une des deux orientations cohérentes de la construction.
À ne pas confondre
Un polyèdre aux arêtes arrondies. Un arrondi modifie l’apparence ou la matière près des arêtes. L’adoucissement géométrique ajoute au contraire des faces polygonales : des triangles entre les faces d’origine constituent un indice lorsqu’ils résultent de cette construction, mais leur seule présence ne suffit pas à identifier un polyèdre adouci.
Un polyèdre tronqué. La troncature coupe des sommets ou des arêtes et fait apparaître des faces de coupe. Dans un polyèdre adouci, les faces d’origine sont écartées et tournées, puis reliées par des triangles ; le geste de construction n’est pas le même.
Un polyèdre étoilé. « Étoilé » peut qualifier le polyèdre de départ, tandis que « adouci » nomme l’opération qui lui est appliquée. Un pointement en étoile ne suffit donc pas à reconnaître un adoucissement.
Limites et pièges
Un écartement arbitraire ne suffit pas. Si les faces sont déplacées indépendamment, les espaces peuvent ne pas se fermer avec des triangles réguliers ou même laisser des bords libres. Il faut imposer un déplacement cohérent sur tout le polyèdre.
Le sens de rotation est une donnée. Inverser partout ce sens peut produire une image miroir de la première réalisation. Les deux objets ont le même inventaire de faces ; une vue non orientée peut donc masquer cette différence. Il faut suivre l’ordre des faces autour des sommets.
Le départ peut être étoilé sous conditions. Il faut alors que les faces déplacées et les faces ajoutées forment un polyèdre fermé, sans dégénérescence. Sur un dessin en perspective, on distingue les croisements liés au polyèdre étoilé de départ des raccords créés par l’adoucissement.
Pour aller plus loin
La fiche polyèdre précise le vocabulaire des faces, arêtes et sommets utilisé pour décrire la structure de départ.
Le cube adouci permet d’étudier en détail le cas conducteur composé de carrés et de triangles.
Le dodécaèdre adouci montre comment la même opération part de faces pentagonales.
Explorez les mathématiques autrement
Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.
Découvrir les offres
