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AlgèbreNotion · Glossaire

Réduction simultanée

La réduction simultanée consiste à chercher une même base dans laquelle deux formes quadratiques, représentées par des matrices symétriques A et B, deviennent diagonales. Lorsque B est définie positive, une telle base existe ; elle permet notamment d’étudier les modes propres en mécanique et certains problèmes d’optimisation quadratique.
Deux directions propres généralisées orthogonales pour B Depuis une même origine, x1 est horizontal et x2 est diagonal. Les valeurs associées sont 2 et 5, et leur produit pour B est nul. Une même base, deux valeurs généralisées O x₁ = (1, 0) x₂ = (1, 1) λ₂ = 5 λ₁ = 2 orthogonaux pour B x₁ᵀBx₂ = 0
Les deux directions ne sont pas perpendiculaires à l'œil, mais leur produit pour B est nul : elles forment la base adaptée.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Distinguer une congruence simultanée d'une diagonalisation séparée ou par similitude.
  • Relier la base commune au problème Ax = λBx lorsque B est définie positive.
  • Refaire la réduction exacte de deux matrices 2 × 2 et contrôler le résultat.
  • Reconnaître ce qui peut échouer lorsque B est indéfinie ou presque singulière.

En clair

Imaginez deux cartes de niveaux tracées sur la même feuille. Chacune possède ses propres courbes inclinées, si bien que les lire ensemble paraît compliqué. Un même changement de repère peut parfois redresser les deux familles à la fois : chaque mesure devient alors une somme de contributions indépendantes selon les nouveaux axes.
La réduction simultanée accomplit ce rangement pour deux formes quadratiques. Lorsque l'une des deux fournit une mesure strictement positive dans toute direction non nulle, ses axes adaptés servent de repère commun à l'autre.

Définition

Soient A et B deux matrices symétriques réelles de même taille, représentant deux formes quadratiques dans une même base. Les réduire simultanément signifie trouver une matrice de passage inversible P telle que les deux matrices obtenues par congruence soient diagonales :
PTAP=DA,PTBP=DBP^{\mathsf T}AP=D_A,\qquad P^{\mathsf T}BP=D_B
Les symboles DA et DB désignent les deux matrices diagonales. Le mot « simultanée » signifie que la même matrice P sert dans les deux transformations ; il ne signifie pas que P est unique. Il s'agit d'un changement de variables dans les formes quadratiques, donc d'une congruence, et non en général d'une similitude.
Si B est définie positive, c'est-à-dire si la forme associée à B prend une valeur strictement positive sur tout vecteur réel non nul, on peut choisir les colonnes de P orthonormales pour le produit scalaire défini par B. Ces colonnes sont des vecteurs propres généralisés : pour chaque colonne x et une valeur réelle λ, elles vérifient Ax=λBxAx=\lambda Bx. Dans cette normalisation, DB est l'identité et les éléments diagonaux de DA sont les valeurs propres généralisées. Ce résultat explique l'emploi de la réduction simultanée pour les modes propres en mécanique et pour certaines formes d'optimisation quadratique.

Un exemple, pas à pas

On veut réduire simultanément deux formes quadratiques de ℝ2. Dans la base usuelle, elles sont représentées par les matrices symétriques A et B suivantes :
A=(2227),B=(1112)A=\begin{pmatrix}2&-2\\-2&7\end{pmatrix},\qquad B=\begin{pmatrix}1&-1\\-1&2\end{pmatrix}
1. Vérifier l'hypothèse. Le premier coefficient diagonal de B vaut 1 et son déterminant vaut 1 × 2 − (−1)2 = 1. Ces deux nombres étant strictement positifs, B est définie positive.
2. Trouver les valeurs propres généralisées. On résout l'équation obtenue en annulant le déterminant de A − λB :
det(AλB)=(2λ)(72λ)(2+λ)2=(λ2)(λ5)\det(A-\lambda B)=(2-\lambda)(7-2\lambda)-(-2+\lambda)^2=(\lambda-2)(\lambda-5)
Les deux valeurs sont donc λ1 = 2 et λ2 = 5.
3. Calculer les directions. Pour λ1 = 2, on choisit x1 = (1, 0). Pour λ2 = 5, on choisit x2 = (1, 1). Les égalités Ax1 = 2Bx1 et Ax2 = 5Bx2 se vérifient directement. De plus, les deux vecteurs sont orthogonaux pour B.
4. Former la base commune. La matrice P a pour colonnes x1 et x2. Les deux congruences donnent alors :
P=(1101),PTBP=I2,PTAP=(2005)P=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix},\qquad P^{\mathsf T}BP=I_2,\qquad P^{\mathsf T}AP=\begin{pmatrix}2&0\\0&5\end{pmatrix}
Le contrôle est refaisable colonne par colonne : x1TBx1 = 1, x2TBx2 = 1 et x1TBx2 = 0. La même base normalise donc B et diagonalise A, avec les coefficients 2 et 5.

En pratique

En mécanique, une matrice peut décrire la rigidité et une autre la masse. Lorsque la matrice de masse est définie positive, les vecteurs propres généralisés fournissent des modes indépendants. Si la matrice de masse est déjà l'identité, une diagonalisation ordinaire de la matrice de rigidité suffit.
En optimisation quadratique, le changement de variables sépare les directions d'une forme tout en normalisant la mesure donnée par l'autre. On lit alors chaque direction indépendamment. Si la seconde forme n'est pas définie positive, cette normalisation en produit scalaire n'est plus disponible et il faut étudier le couple de matrices autrement.
Pour un calcul exact, on résout le problème aux valeurs propres généralisées puis on normalise les vecteurs avec B. Pour des données numériques, une factorisation adaptée de B transforme d'abord le problème en un problème symétrique ordinaire ; elle est préférable à la manipulation directe d'un inverse de B.

À ne pas confondre

Diagonaliser séparément. Trouver une base pour A et une autre pour B ne donne pas une réduction simultanée. Dans l'exemple, le critère décisif est qu'une seule matrice P produit les deux matrices diagonales.
Diagonalisation simultanée par similitude. Pour deux matrices symétriques réelles, une même base orthonormée pour le produit scalaire usuel les diagonalise par similitude lorsqu'elles commutent. Ici, la transformation est une congruence et l'hypothèse décisive porte sur B définie positive ; A et B n'ont pas besoin de commuter.
Vecteur propre ordinaire. Il vérifie Ax = λx. Un vecteur propre généralisé du couple vérifie Ax = λBx. Dans l'exemple, x2 = (1, 1) satisfait la seconde relation pour λ = 5, mais ce n'est pas un vecteur propre ordinaire de A.

Limites et pièges

Sans positivité, l'existence n'est plus automatique. Si B est indéfinie, des valeurs propres généralisées peuvent ne pas être réelles. Par exemple, avec B diagonale de coefficients 1 et −1 et A ayant des 0 sur la diagonale et des 1 ailleurs, l'équation caractéristique donne λ2 + 1 = 0. Aucune base réelle de vecteurs propres généralisés n'existe alors.
La base commune n'est pas unique. Une valeur propre généralisée répétée laisse plusieurs choix de directions dans son sous-espace propre. Même avec des valeurs distinctes, changer le signe d'un vecteur normalisé donne une autre matrice P.
Définie positive ne signifie pas seulement inversible. Une matrice symétrique peut être inversible tout en prenant des valeurs positives et négatives. Le symptôme est l'existence d'un vecteur non nul x pour lequel xTBx ≤ 0 ; le théorème fondé sur le produit scalaire défini par B ne s'applique plus.
Une matrice presque singulière fragilise le calcul. Lorsque la plus petite valeur propre positive de B approche 0, la normalisation amplifie les erreurs d'arrondi. Il faut alors contrôler le conditionnement et employer une méthode numérique conçue pour le problème généralisé.

Pour aller plus loin

La diagonalisation simultanée situe les différents cadres dans lesquels plusieurs matrices peuvent partager une base adaptée.
La fiche Symétrique positive (matrice) précise la condition qui transforme B en produit scalaire et garantit la construction.
La notion de valeur propre donne le point de comparaison nécessaire pour lire l'équation généralisée et ses vecteurs.
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