Donnons-nous un nombre ainsi qu'un entier naturel et considérons l'expression . Vers quoi s'approche cette expression quand tend vers l'infini ? Un résultat fondamental de l'analyse, que l'on doit à l'inévitable Euler, indique que la réponse est , où est la base des logarithmes népériens (qui vaut environ 2,718). Ce qui est une propriété pour un nombre réel peut alors être pris comme définition pour le nombre . Après tout, on sait qu'on peut le multiplier et l'ajouter à d'autres nombres, donc il est tout à fait possible de calculer pour n'importe quel entier positif . Il est un peu moins simple de s'assurer que cette expression aussi a une limite quand tend vers l'infini, mais tel est bien le cas. Notons alors cette limite. Pour que cette notation soit légitime il convient de démontrer les propriétés que l'on attend d'une exponentiation (par exemple l'équivalent de la formule ). Une fois ce travail fait, voilà définie la puissance -ième de .

Leonhard Euler (1707-1783), peint par Jakob Emanuel Handmann en 1750 (Munich, Deutsches Museum). ©PD-Art
La plus belle formule des mathématiques
Beaucoup de choses sont à explorer à partir de cette définition initiale de la puissance -ième et de ses possibles généralisations. En travaillant un peu sur la notion d'exponentiation complexe, on peut démontrer l'égalité suivante : .
Dans les années 1990, un sondage mené dans la communauté des mathématiciens a élu cette égalité « plus belle formule des mathématiques ». Un tel titre n'est pas usurpé, tant cette égalité rassemble d'une façon extraordinairement compacte tout ce que les mathématiques contiennent de plus fondamental : le 0 et le 1, point de départ de l'arithmétique ; le nombre , constante fondamentale de la géométrie ; le nombre , constante fondamentale de l'analyse ; et enfin le nombre , constante fondamentale de l'algèbre. La formule met aussi en scène les opérations de base des mathématiques : somme, produit, exponentiation.



