S’il n’est pas courant de parler en des termes de pédagogie d’un illustre scientifique, il reste qu’il existe un lien très fort entre l’enseignement et la recherche fondamentale. Mais rendre compte d’une pédagogie, laquelle opère directement sur un auditoire selon des schèmes difficiles à décrypter et à reproduire, est un exercice difficile. En outre, une pédagogie est adaptée à un esprit du temps, qui n’est plus forcément le nôtre. Tentons néanmoins ici l’expérience, pour évoquer le rôle de Laplace dans l’enseignement.
Une faible charge d’enseignement --------------------------------
Dans le cas de Laplace, le travail d’expérience devant des élèves ou étudiants est temporellement réduit à bien peu de choses : quelques années à l’École militaire de Paris lorsque Laplace avait 20 ans et qu’il enseignait à ce qui serait aujourd’hui le niveau d’un collège, et quelques mois surprenants à Paris au début de l’année 1795, pour la création de l’École normale. En outre, depuis 1783, Laplace agit comme examinateur de mathématiques pour le Génie et l’Artillerie, puis il devient un membre majeur du Conseil de perfectionnement de l’École polytechnique, de 1800 à sa mort, vingt-sept années plus tard. C’est là que se discutaient tous les programmes de cette École qui se trouvait à la base du système méritocratique institué par la Convention. Ainsi Laplace préside-t-il la réunion du 12 brumaire an 9, comme en témoigne sa signature à la fin de la séance, où fut discuté notamment le programme de calcul différentiel.
À la séance suivante, du 15 brumaire an 9, que Laplace préside à nouveau, un membre non nommé du Conseil de perfectionnement voudrait que tout candidat « prouve » qu’il sait la langue française et la langue latine. La réaction est nette :
« Le conseil, quoique pénétré de l’importance et de la vérité de ces observations, a cru que les circonstances actuelles ne permettaient pas d’exiger des connaissances aussi étendues qu’on le pourra par la suite, lorsque les institutions républicaines de l’instruction publique auront eu le temps d’exercer une action efficace sur la masse du peuple français. En conséquence il s’est borné, quant à présent, à adopter l’article suivant qui devra être ajouté au programme et au procès verbal de la séance précédente, ainsi qu’il suit :